LOSSON Édouard, Auguste

Né le 14 août 1842 à Lille (Nord) ; marié, père de deux enfants ; homme de lettres ; militant républicain socialiste.

Losson appartenait à une honorable famille de commerçants : son père, orfèvre à Lille, jouissait d’une certaine aisance et professait des opinions religieuses et légitimistes. La moralité d’Édouard Losson « paraît à l’abri des reproches ainsi que sa conduite privée ». En 1864, il était secrétaire du député de Dunkerque Plichon, opposant protectionniste, ultramontain qui se rallia au Tiers Parti en 1867. Plichon exerçait une si forte influence dans sa circonscription qu’aucun candidat officiel ne lui fut opposé en 1869. En 1863, Édouard Losson dédia au prince impérial un Traité sur l’éducation des princes, puis il changea radicalement d’opinions.
En même temps qu’il exerçait les fonctions de secrétaire de Plichon, Losson était inscrit à la Faculté de Droit de Paris où il se signala en 1864 par ses opinions républicaines et socialistes. Il appartenait au noyau blanquiste, « embryon du Parti » — Voir Casse — et fréquentait les collaborateurs du journal la Rive gauche (octobre 1864-août 1866) qui parut à Bruxelles, Luxembourg puis à Londres, et appartint à la rédaction de l’éphémère Candide de Tridon dont le premier numéro parut le 3 mai 1865. Ce même mois, il introduisit en France, dans une malle à double fond, la brochure de Rogeard, Les Propos de Labienus, imprimée à Bruxelles. Losson participa, au titre de délégué étudiant français, au congrès international de Liège, 29 octobre-2 novembre 1865. Il s’y fit remarquer par la « violence de son langage », ce qui lui valut d’être exclu à vie de l’Université de Paris, puis, pour deux ans, des autres universités françaises — Voir Casse. Et l’on refusa à son oncle, Losson Pierre, capitaine des pompiers à Cassel (Nord), la Légion d’honneur qu’il avait briguée sur les conseils, semble-t-il, de Pichon (février 1866). Losson revint alors à Lille et se reconvertit dans l’exploitation d’une teinturerie.
Le 4 septembre 1870, il apparut comme le principal rédacteur du Franc-Parleur publié à Lille. « Compromis dans une petite émeute » (l’attaque de la Préfecture du Nord, le 19 octobre), Losson passa en Belgique et le journal cessa de paraître. Après le 18 mars, il reparut sous le titre de Travailleur du Nord (24 mars-11 mai). Losson contribua à la fondation d’un Comité central républicain socialiste à Lille et il était le principal rédacteur du journal. Chaque numéro se terminait par « Vive Paris ! Vive la Commune ! Vive la république démocrate et sociale ! ». Une information fut ouverte le 11 mai ; étaient poursuivis : Schmidt comme gérant et Losson comme rédacteur. Schmidt fut acquitté, Losson condamné, le 14 août 1871, par la cour d’assises du Nord, à deux ans de prison, 3 000 F d’amende et aux dépens avec une contrainte par corps fixée à un an.
« Les relations du sieur Losson avec l’Internationale ne sont pas douteuses, quoique la preuve juridique n’en soit pas faite, écrivait le procureur de la République de Lille le 7 juillet 1871. Mais il n’est pas le chef de la secte. Bruyant, peu considéré, il est le porte-voix du parti ; et il facilite, en attirant l’attention sur lui, l’action plus discrète et plus dangereuse d’autres personnages » (cf. Arch. Nat., C 2883). Arrêté le 28 septembre, Losson eut une conduite « régulière » en prison. Le 26 septembre 1872, il écrivit au garde des Sceaux « qu’il ne voulait pas de grâce ». Le 12 septembre 1873, ayant purgé sa peine de prison, il demanda la remise de l’amende ; libéré le 28 septembre 1873, il n’obtint pas cette remise. Le procureur général écrivait au garde des Sceaux, le 15 octobre 1873 : « La possibilité de faire mettre l’amende en recouvrement, si la justice avait de nouveau à se plaindre de lui, me semble un moyen précieux dont il serait imprudent de se dessaisir ; et la menace de cette éventualité sera pour le sieur Losson un motif puissant de rester dans les voies de la prudence. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article64784, notice LOSSON Édouard, Auguste, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 26 juillet 2009.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/762. — Arch. Dép. Nord M, 30/27, 55/201, 121/32-33, 141/68 et 83. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire..., op. cit.

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