Né le 11 décembre 1921 à Aulas (Gard), mort le 28 juillet 1998 à Bréau-et-Salagosse (Gard) ; ouvrier puis chef de brigade d’ouvriers ; membre de la direction de la Fédération CGT des cheminots (1953-1976) ; secrétaire de l’Union CGT Méditerranée (1953-1961) ; secrétaire général adjoint (1961-1965) puis secrétaire général (1965-1976) de la Fédération ; membre de la commission administrative puis exécutive de la CGT (1963-1975).

Issu d’une famille de petits paysans, Charles Massabieaux fut l’aîné de quatre enfants. Il obtint son CAP et un brevet industriel en 1938. Il lui fallut organiser l’entretien de la petite propriété familiale lorsqu’au début de la guerre, son père, bien qu’âgé de cinquante ans, avec quatre enfants mineurs, fut mobilisé. Au retour du père, début 1940, Charles Massabieaux trouva un emploi pour travailler sur les lignes à haute tension jusqu’en 1941.
Il commença à montrer son tempérament contestataire, ce qui lui valut une perquisition à la maison familiale le 15 avril 1941, et une arrestation, le 18 septembre 1941, par les gendarmes du Vigan (Gard). Interrogé sur ses soi-disant activités communistes, il fut relâché au bout de quelques heures, faute de preuve. Charles Massabieaux s’essaya au travail à domicile comme forgeron mais sans beaucoup de succès, faute de moyens et de clients. Il fut alors mobilisé aux Chantiers de jeunesse jusqu’en juillet 1942. En novembre 1942, il entra à la SNCF aux ateliers de Courbessac-Nîmes (Gard) comme aide-ouvrier serrurier-ferreur. Il y fit toute sa carrière professionnelle avant de devenir permanent et accéda au grade de chef de brigade d’ouvriers.
En contact avec la Résistance, il mena des actions sur le plan local : aide aux prisonniers, collage d’affichettes et de tracts et, après le travail, sabotage du matériel. Il fut également en liaison avec les FTP des maquis cévenols. Au début de 1943, il adhéra au syndicat légal comme il était préconisé par l’organisation illégale des cheminots, ce qui posa quelques problèmes dans son environnement familial, mais ce fut une stratégie efficace pour contenir la dérive collaborationniste des syndicats légaux. À la Libération, Charles Massabieaux fut membre du Comité local de Libération de Nîmes de la SNCF, au titre des Forces unies des Jeunesses patriotiques.
C’est à la Libération qu’il commença vraiment son activité syndicale, d’abord au niveau technique dans les ateliers avant de devenir secrétaire général du syndicat de Nîmes après les grèves de 1947. Il devint secrétaire général de l’Union Méditerranée en 1953, en remplacement de Louis Clot, et siégea, à ce titre, au bureau de la Fédération CGT. Il avait quitté Marseille en 1961, laissant la direction de l’Union à Adam Simoncini.
Le secrétaire général Robert Hernio s’apprêtant à partir comme secrétaire à la Fédération syndicale mondiale (FSM), la fonction de secrétaire général échut au secrétaire général adjoint Georges Séguy au congrès de mars 1961. Charles Massabieaux devint secrétaire général adjoint et le resta jusqu’en 1965. Georges Séguy rejoignant le bureau confédéral, il fut remplacé comme secrétaire général par Charles Massabieaux et ce dernier par André Argalon. Charles Massabieaux resta secrétaire général jusqu’au congrès de 1976 et fut alors remplacé par Georges Lanoue. Ainsi, Charles Massabieaux dirigea la Fédération pendant les grèves de 1968 et dans une période marquée par d’importantes mutations au sein de la SNCF et dans l’environnement politique et social. Masquant mal sa sensibilité sous son côté bourru et sa verve méridionale, il ressentait avec justesse les limites du possible dans la conduite des luttes, l’homme de terrain n’étant jamais bien loin du premier dirigeant fédéral. Lorsque la CGT revint au conseil d’administration de la SNCF le 4 avril 1972, il fut l’un des deux représentants de la Fédération avec Guy Thibaut. De 1965 à 1970, il fut membre de la commission exécutive de l’Union internationale des syndicats des transports et ports à la FSM.
Il fut membre de la commission administrative, qui se transforma en commission exécutive de la CGT, de 1963 à 1975. Après son départ du secrétariat général de la Fédération CGT, il fut élu au Conseil économique et social de la Communauté européenne jusqu’en 1981.
Charles Massabieaux avait adhéré au PCF en 1943 après avoir travaillé auprès des communistes dès 1940. En 1948, il fut élu au comité fédéral du Gard, en 1950 au secrétariat de la même Fédération jusqu’en 1952. Il fut ensuite, et jusqu’en 1961, membre du comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône.
Charles Massabieaux fut décoré chevalier de la Légion d’honneur.
Marié en janvier 1943 à Bréau (Gard) avec Jeanine Aurillon, ils eurent deux fils et une fille.

SOURCES : Arch. PPo, SNCF S28. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Comités fédéraux du PCF. —La Tribune des cheminots. — Les Cahiers de l’IHS, n° 67, septembre 1998, p. 20-21. — Pierre Vincent, « La place des dirigeants cheminots dans la confédération, de ses origines à nos jours », Les Cahiers de l’Institut, n° 2. — Notes de Jean-Pierre Bonnet, Marie-Louise Goergen et Georges Ribeill. — Renseignements communiqués par Charles Massabieaux. — État civil.

Pierre Vincent

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