GILLES Paul, Félix dit LAVIOLETTE Paul

Par Henri-Ferréol Billy

Né le 10 juillet 1840 à Lubersac (Corrèze), mort le 10 février 1919 à Paris ; avocat ; membre de l’Internationale (AIT), communard.

Paul Gilles était le fils de Léonard Léon Gilles dit Laviolette, ébéniste à Limoges né en 1804 et issu d’une famille de négociants, et de Jeanne Elisabeth Couvidou, née en 1811, fille d’un porcelainier. Le couple s’était marié en 1832 à Limoges et Paul semble avoir été leur seul enfant.

Paul était probablement un fils adultérin, comme le laisse entendre un jugement de 1861 dans le cadre d’une procédure engagée contre le père déclaré absent par jugement. De plus, la naissance de Paul eut lieu à 60 kilomètres du domicile du couple, loin de la famille de la mère. Au final, il n’aurait jamais connu son père dont on perd la trace. Cependant, il semble avoir quand même conservé un contact avec sa famille paternelle dont il est d’ailleurs le seul descendant survivant.

Bachelier ès lettres à Paris en 1863, il devint ensuite répétiteur au Lycée Louis-Le-Grand de juin 1865 à novembre 1867. C’est sûrement pendant cette période qu’il rejoignit l’Association Internationale des Travailleurs (AIT).

En 1866, il devint bachelier en droit mais ne s’inscrivit au barreau de Paris qu’en 1870 à l’âge de 30 ans et fut par la suite connu sous son surnom familial comme maître Laviolette.

Le 4 septembre 1870, la République fut proclamée. L’Internationale l’envoya comme émissaire à Limoges où il organisa une société populaire. « Cette société, composée des membres de toutes les associations ouvrières, était destinée à diriger le mouvement révolutionnaire et à exercer une pression sur les autorités municipales et préfectorales ». Le 14 septembre il participa à une réunion publique à Limoges au cours de laquelle il prit la parole.

Nommé procureur de la République à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne) par un décret du 29 septembre 1870, il refusa le poste.

Le soulèvement du 31 octobre 1870 fut suivi d’une série de procès. Du 21 au 23 février 1871, Paul Laviolette fut le défenseur de Pierre Vesinier et en mars 1871 il défendit Ranvier (Gabriel ?), Henry Bauër et Jules Vallès.

Le 18 mars 1871, Paris se souleva. La société populaire de Limoges créée par Laviolette adressa un message de félicitation aux insurgés parisiens le 23 mars.

Membre du comité électoral républicain du VIe arr. de Paris, sa signature figure au bas d’une affiche recommandant pour les élections du 26 mars 1871 les candidats suivants : Beslay, Courbet, Goupil, Albert Leroy, Robinet.

Me Laviolette continua son activité pendant la Commune et n’hésita pas à se présenter devant la cour martiale de la Commune pour plaider. Ainsi, le 20 avril 1871, il défendit deux officiers fédérés du 163e bataillon accusés d’avoir refusé de marcher à l’ennemi. Il comparut à d’autres audiences courant mai, provoquant des incidents devant le tribunal.

La Commune fut définitivement vaincue le 28 mai 1871 et Me Laviolette assura la défense de plusieurs communards poursuivis devant les tribunaux versaillais : Alfred-Edouard Billioray, Marie Bonnard, Paul Ferrat, Émile Fortin, [Marguerite Graindaire, Mme Guyard, François Jourde, Kadanski, Pellegrin, ou Augustin Verdure. Il figura également parmi les défenseurs de Louise MicheI, qui lui adressa une lettre le 20 décembre 1871 et le cita dans plusieurs de ses échanges. Les descendants de Laviolette conservent par ailleurs un manuscrit original de cette dernière.

Le 10 août 1872, il épousa Thérèse Vidier à la mairie du Ier arrondissement de Paris. Ce mariage peut sembler surprenant, Thérèse ayant laissé une réputation de bigote. D’ailleurs, la tradition familiale veut qu’elle ait brûlé plusieurs ouvrages de son mari. Le couple semble avoir eu des difficultés. Ils n’eurent qu’une fille, Jeanne, qui décéda 20 jours après sa naissance en 1876. Le couple adopta une orpheline née en 1884 dont le statut ne fut finalisée que par un arrêt de la cour d’appel de Paris de 1905. Cette enfant épousa en 1909 un avocat du barreau de Clermont-Ferrand qui était son cousin par alliance.

Le 15 juillet 1873, Laviolette entra au Grand Orient de France. On trouve ensuite trace dans la presse parisienne de certains de ses procès .

Un article nécrologique présenta ainsi ses activités après 1871 :
« Il appartenait au groupe des amis politiques de Gambetta avec qui il était personnellement lié.
Fils de ses œuvres, il a montré ce que peuvent un travail un acharné et une volonté indomptable, car, avec une courageuse patience, il était parvenu à surmonter toutes les difficultés et à se créer au palais un emploi important.
Fréquentant assidûment les audiences, où l’appelaient ses nombreuses occupations, il poursuivit activement sa longue carrière jusqu’en 1908, époque où, affecté de la cataracte, il dut renoncer à l’exercice de sa profession et de se retirer du monde judiciaire où il avait vécu les meilleurs jours de son existence et dont il conservait les plus chers souvenirs.
À partir de ce moment, il ne fit plus que quelques rares apparitions dans la salle des Pas-Perdus où il aimait retrouver ses contemporains, dont l’aimable causerie le distrayait un peu de la désolante inaction à laquelle l’avait condamné sa cruelle infirmité.
Il voulut jusqu’à la fin rester fidèle à l’Ordre en continuant de figurer au tableau, pour maintenir les liens corporatifs qui le rattachaient à ses confrères. Ceux-ci, d’ailleurs, n’étaient pas indifférents à ce témoignage de constante fidélité, et lui réservaient l’accueil le plus empressé et le plus cordial dans les réunions annuelles –auxquelles il manquait rarement de prendre part – où l’Ordre s’assemble pour choisir son bâtonnier et les membres de son conseil de discipline. »

Laviloette mourut le 10 février 1919 rue de Rennes, trois jours après avoir reçu l’absolution. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre le 13, après que ses obsèques eurent été célébrées à l’église Saint-Sulpice.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article63552, notice GILLES Paul, Félix dit LAVIOLETTE Paul par Henri-Ferréol Billy, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 5 juin 2018.

Par Henri-Ferréol Billy

SOURCES : Georges Soria, La Grande histoire de la Commune, tome IV (p. 332-335). – Gallica. — Murailles..., 1871, op. cit., p. 104. — Henri Dabot, Griffonnages d’un bourgeois du quartier latin : 14/5/1869-2/12/1871 , 1895. — Georges Laronze, Histoire de la Commune de 1871, 1928. — Édith Thomas, Louise Michel, (pages 140 et 141). — Xavière Gauthier, Louise Michel, je vous écris de ma nuit, 1999 – Lissagaray, Histoire de la commune de Paris, 1896. — État civil de Lubersac et de Limoges.

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