HUBERT Benoît [HUBERT J.-F., Benoît]

Par Michel Cordillot

Trésorier et secrétaire-correspondant de langue française au Conseil fédéral (de Spring street, New York) de l’Internationale.

Monteur en instruments de chirurgie, il habitait à New York 19, Catherine str. en octobre 1872.

Hubert fut l’un des fondateurs à New York de l’Union républicaine de langue française (URLF). Élu 1er vice président de la première section new yorkaise (19 mars 1869), il occupa ensuite les mêmes fonctions au sein du Comité central de cette ville à compter du 13 juin suivant, et fut coopté comme membre de la commission chargée de préparer la publication d’un journal (Bulletin de l’Union républicaine, 15 novembre, 15 décembre 1869, 15 juillet 1870). Tout au long des années suivantes, il devait continuer à jouer un rôle important au sein de l’URLF, jusqu’à être élu président de la section new yorkaise résultant de la fusion des sections 1 et 2 au lendemain de la création de l’AIT (Le Socialiste, 29 juin 1872).

Adhérent à l’AIT dès la formation de la première section française de New York, il signa le 16 octobre 1870 avec Fouquet, Charnier et Millot le premier document commun aux sections 1 et 2. Il faisait également partie de la délégation internationaliste qui accueillit lors de leur arrivée à New York O’Donovan Rossa et les militants fenians irlandais. Dans son discours de bienvenue, on relève le passage suivant :

« Les Irlandais ne devraient pas s’isoler, mais bien se joindre à l’association commune et générale, qui lutte contre l’ennemi commun dans le monde entier.

Je suis convaincu que la cause irlandaise a trouvé des sympathies dans le cœur des ouvriers anglais.

Vous ne devez pas permettre que la religion soit une cause de division dans vos rangs. Qu’importe que parmi les hommes il y en aient qui adorent Dieu d’une manière différente de la vôtre ? C’est simplement une affaire de conscience et rien d’autre.

Le grand point pour vous c’est d’agir de concert avec ceux qui luttent pour établir l’indépendance et la supériorité du travail sur l’aristocratie. Oubliez vos souffrances, mais non la cause pour laquelle vous avez souffert, la cause de l’Irlande aussi bien que celle de l’humanité.

Les nationalités sont maintenues pour nous tenir divisés ; perdons de vue les divisions terrestres en faveur de la famille humaine. »
(Messager franco-américain, 10 février 1871)

En août 1871, Hubert fut désigné comme trésorier par le Comité central de l’AIT pour l’Amérique du Nord. Ce fut pourtant en tant que représentant de l’URLF qu’il participa aux négociations pour transférer l’administration et la rédaction du Socialiste aux sections françaises de l’AIT.

Lorsque les dissensions apparurent au sein de l’AIT aux États-Unis, Hubert se rangea instinctivement dans le camp « anti-centraliste ». Du reste, Sorge le considérait comme un proudhonien grand teint, au même titre que Millot, Laugrand ou Debuchy (Lettre à Engels, 17 avril 1872). En décembre 1871, il signa l’appel à la manifestation organisée par les anti-centralistes à la mémoire de Ferré, Bourgeois et Rossel, laquelle eut finalement lieu le 17.

Contrairement à la majorité des Français, Hubert résista à la montée en puissance des blanquistes, qu’il dénonça même en accusant Tuefferd et la section 2 de se préparer à trahir le Conseil fédéral. Hubert était alors membre de la section 22 qui s’était constituée à la fin du printemps1871, et regroupait les éléments « les plus avancés » de la section 2.

Au lendemain du Congrès de La Haye, resté fidèle au Conseil fédéral de Spring street, Hubert fit connaître parmi les Internationaux français les résultats du congrès « anti-autoritaire » de Saint-Imier (Le Socialiste, 27 octobre 1872). Désormais politiquement isolé dans une organisation contrôlée par les blanquistes, il continua de militer : en novembre 1872, il présidait la réunion où fut arrêté le principe de l’organisation d’une souscription nationale en faveur des veuves et des orphelins des combattants de la Commune et, battu par G. May pour le poste de trésorier général, il démissionna de la commission new yorkaise, pour être immédiatement réélu. Il continua de défendre les résolutions de Saint-Imier, notamment contre les Internationaux de Paterson qui avaient fait connaître leur approbation des résolutions de La Haye (Socialiste, 1er décembre 1872, 16 février 1873). C’est à cette même époque qu’il fit parvenir au Bulletin de la Fédération jurassienne un « Mémoire sur l’histoire de l’AIT aux États-Unis » qui reste encore aujourd’hui un témoignage fort utile.

Un des derniers Français membre du Conseil fédéral autonomiste dit « de Spring street », il participa à la création de son organe anglophone The Worker. À la fin du printemps 1873, il rédigea et signa avec Marie Hulek (Marie-Louise David) un Mémoire adressé aux aldermen de la ville de New York pour demander abolition du travail sous contrat et l’ouverture d’un Bureau du travail (Woodhull and Claflin’s Weekly, 14 juin 1873). À la fin de cette même année, il joua un rôle de premier plan dans le lancement du mouvement des chômeurs à New York : il fut notamment avec l’Américain N. Bank un des orateurs lors du grand meeting organisé en décembre 1873 pour protester contre le chômage.

À la même époque, il devint membre de l’Ordre des Sovereigns of Industry et fut invité à assister au conseil national à Springfield, mais ne put s’y rendre. En février 1874, il fut même délégué par le Conseil exécutif des Sovereigns pour initier les nouveaux groupes appelés de se former à New York. Il prônait alors un ralliement des socialistes à l’Ordre, afin de contribuer à la sauvegarde de son caractère ouvrier (Bulletin, 16 mars 1874).

En avril 1874, il était toujours secrétaire correspondant de l’URLF à New York et administrateur du Bulletin. Le 1er octobre 1875, il participa comme observateur et en tant que représentant de l’URLF à une réunion qui rassembla les diverses factions socialistes et internationalistes de New York et des environs en vue d’une éventuelle unification.

On perd ensuite sa trace.

Contrairement à ce qu’affirma l’avocat-policier Oscar Testut (rapport du 28 mai 1876, Arch. PPo. Ba/435), il est certain que B. Hubert n’était pas l’ancien collaborateur du Vengeur, ancien membre de la Délégation des vingt arrondissements, signataire en juillet 1870 de la protestation des sections parisiennes contre la guerre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article61902, notice HUBERT Benoît [HUBERT J.-F., Benoît] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 18 septembre 2019.

Par Michel Cordillot

SOURCES : B. Hubert, « Mémoire sur l’histoire de l’AIT aux États-Unis », Bulletin de la Fédération jurassienne, 1er février 1873 - 20 juillet 1873. — Le Socialiste et le Bulletin de l’Union républicaine, passim. — Hermann Schlüter, Die Internationale in Amerika, Chicago, 1918. — Hubert Perrier, Idées et mouvement socialiste aux États-Unis, 1864-1890, Thèse d’État, Université Paris VIII, 1984.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément