Né à Saint-Étienne (Loire) le 10 mars 1850 ; demeurant, 9, rue du Jeu-de-l’Arc, à Saint-Étienne ; ouvrier aiguiseur ; organisateur de l’Internationale dans le quartier de la rue de Lyon.

En 1872, Gillet adhéra à la section stéphanoise de l’Internationale clandestinement reconstituée par Dupin et y eut un rôle très actif. Il fut chargé de la correspondance et utilisa jusqu’à neuf faux noms pour recevoir des lettres en provenance de la Belgique, de l’Italie, de l’Espagne (Camet à Barcelone), de Suisse (Bakounine, J. Guillaume, Pindy).
Une note de la Sûreté générale, du 7 février 1872, mentionne comme membres de l’Internationale Partouront, Pouillot, Rondelle, Seignovert. Par ailleurs peuvent être également considérés comme adhérents de l’Internationale ceux qui recevaient l’Égalité interdite : Boissonnet, Chapelon, Dumas, Fonteny, Gillet, Girard, Jalie, Jalie-Chardon, Lyonnet, Pallandre, Thevenon (de Saint-Étienne), Billotet Cl. (de Rive-de-Gier), Julien (de Saint-Genest-Lerpt), Bounon (de Firminy).
Une liaison était assurée entre internationalistes et membres de l’Alliance républicaine. Les lettres de Genève parvenaient à Gillet par une épicière de Roanne et par Gouttenoire Louis, membre influent de l’Alliance républicaine. Gillet figurait d’ailleurs sur une liste de l’Alliance, en mars 1872.
En mai-juin 1873, les réunions se firent plus fréquentes. Le 8 juin, se tint, dans la banlieue de Saint-Étienne, un congrès régional dont Gillet fut le principal organisateur. Le 24, il se rendit à Lyon où il rencontra Boriasse, Perroncel, Deville, puis il gagna Genève, Lausanne, Neuchâtel où il eut des conversations avec J. Guillaume, Bakounine, Pindy, Schwitzguébel. Le 3 juillet, il était de retour à Lyon où il rendit compte de son voyage à ses amis politiques et, le 5, il rentrait à Saint-Étienne. Durant son absence étaient arrivés de nombreux exemplaires de la Solidarité révolutionnaire dont le premier numéro était daté du 10 juin (ce journal, dirigé par les réfugiés français Alerini, Brousse et Camet, eut dix numéros). Gillet en organisa la diffusion. Le 15 août, il assista au Congrès régional tenu à Lyon et, contre Audouard qui défendait le point de vue des Lyonnais, il fit adopter le principe de l’autonomie des groupes. Le mouvement dans son ensemble prit le nom de Ligue révolutionnaire dont l’organe devait être le bulletin que Gillet imprimait, dès septembre 1872, au moyen d’une presse autographique cachée dans les caves de la maison habitée par sa tante à Valbenoîte (quartier de Saint-Étienne).
Renvoyé de la manufacture d’armes en raison de son activité révolutionnaire, Gillet continua à se livrer à une active propagande et fit paraître le troisième numéro de son Bulletin dans lequel il rendait compte du 6e congrès de l’Internationale (antiautoritaire) tenu à Genève du 1er au 6 septembre. En octobre, il rencontra plusieurs fois Camet installé à Lyon. Mais la police suivait de près leurs activités (au moins depuis juillet : cf. rapport du 28 juillet, arch. PPo., B a/435) et Camet fut arrêté le 16 novembre alors qu’il s’apprêtait à partir pour Saint-Étienne. Gillet le fut aussitôt après. Il comparut devant le tribunal correctionnel de Lyon et fut condamné, le 25 avril 1874, à cinq ans de prison, 50 f d’amende, et cinq ans de privation de ses droits civiques (affaire dite du Complot de Lyon).
Après sa libération, il fut, en 1876, un des animateurs de la Chambre syndicale des mineurs de la Loire. On perd ensuite sa trace.
Voir Camet C.

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 10 M 63, 66, 68, 70, 74 et 93 M/4, 5, 21. — Arch. Dép. Rhône, série U, procès-verbaux du tribunal correctionnel de Lyon, avril 1874. — Gazette des Tribunaux, 22-26 avril 1874.

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