GÉRARD Adolphe, Mathias

Né à Paris le 5 septembre 1812, mort à Paris (XIVe) le 26 mars 1884 ; cordonnier et teinturier, poète à ses heures, il se dit homme de lettres en 1871 ; commandant de bataillon sous la Commune.

Teinturier, il épousa une fille de cordonnier et embrassa la profession de son beau-père. En mai 1848, il écrivit un poème : La France à l’Assemblée nationale, en vente chez l’auteur, et, au lendemain du coup d’État, préféra s’exiler quelque temps à Londres ; puis il rentra et en 1860 prit parti pour l’indépendance italienne dans des Odes à Garibaldi, vendues au profit du mouvement ; il y célébrait en Garibaldi celui qui ressent « les nobles impressions de l’impérissable justice, du droit des peuples, de la législation en harmonie avec l’humanité ». Cela ne l’empêcha pas d’exercer sa profession. En 1870, il était sur le point de se retirer lorsque éclata la guerre. Jusqu’alors, il était surtout connu pour sa modeste collaboration au Réveil, où Laurent Pichat l’avait présenté à Delescluze. Le Siège lui donna grade de capitaine au 9e bataillon de la Garde nationale. Il était délégué au comité du XVIIe arr., où il avait surtout charge de veiller à l’approvisionnement et reçut le titre d’inspecteur général de ce service (5 au 23 janvier 1871). Il faisait également partie du Comité des anciens condamnés et proscrits politiques qui envoya au Gouvernement de la Défense nationale une proclamation stipulant : "Pas de paix honteuse, intégrité du territoire, défense de Paris à outrance, effort suprême des départements."

Au 19 mars 1871, il commandait les troupes de la place Clichy ; le 30 mars, il fut élu commandant du 155e bataillon fédéré, qu’on vit en avril aux portes d’Auteuil et de Saint-Cloud, puis quelques jours au fort d’Issy. Il était délégué de la XIe légion, mais la Commune le révoqua le 11 mai pour manque d’énergie : il avait refusé la démission de l’un de ses capitaines. En fait, il retrouva son grade quelques jours plus tard, et, en mai, combattit sur les barricades de la rue Truffaut, de la rue des Dames, de la rue Biot (XVIIe arr.).

Il put se réfugier à Londres, puis à Bruxelles, où il s’établit en avril 1872 ; il assista, la même année, au congrès de La Haye. Le 5e conseil de guerre le condamna, par contumace, le 14 janvier 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Sa femme vendait à Bruxelles, sous le marché couvert, beurre, fromages, denrées coloniales ; lui-même « fit la place pour un libraire », mais garda assez de temps pour des activités multiples : travail à la loge maçonnique, — Voir Thirifocq E. — trésorerie du Cercle social (1873), participation au Club français de la Mutualité (1873), tenue chez lui du Cercle du Mouvement intellectuel (1874) et lancement par lui de la Société du Prêt mutuel et de solidarité. Il était lié avec Aconin, Cavalier, Cordhomme, Donat, Perrachon ; la police le surveillait de près et nous devons à ses dossiers un portrait expressif : « Vague ressemblance avec V. Hugo ; assez corpulent ; marche raide et cassée ; tenue très négligée ; toute sa personne respire une certaine placidité ; regard vif et pénétrant pourtant. » Ailleurs on le décrit comme « un homme très intelligent, de décisions rapides et énergiques ».
Remise lui fut faite de sa peine en 1879, et il rentra à Paris en juillet.

Il s’installa alors 188, boulevard du Maine et entreprit de publier ses œuvres à compte d’auteur. Lorsqu’il mourut à son domicile, il était qualifié de "publiciste".

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article60225, notice GÉRARD Adolphe, Mathias, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 13 juillet 2019.

OEUVRE : La Sicile et la prise de Palerme, librairie Garousse et Castel, 1860. – Un déporté, Paris, Pinaud, 1880. – Foudres révolutionnaires, Paris, l’auteur, 1880. – La série des " Rumeurs de la Seine " qui comprend 6 volumes brochés : Une grande et memorable journée, Révolte dans une mansarde, Un rayon de soleil, Après les récoltes, Voix tumultueuses et Voix champêtres.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/861. — Arch. Min. Guerre. 5e conseil, dossier 813. — Arch. PPo., B a/427 et B a/1093. — Arch. Gén. Roy. Belgique, dossier de Sûreté, n° 249921 (en 1880). — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Les Communards en exil. État de la proscription communaliste à Bruxelles et dans les faubourgs, Bruxelles, 1971. – Notes de Michel Cordillot et Louis Bretonnière.

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