GARREAU Maurice

Par Michel Cordillot

Né le 1er février 1847 à Tours (Indre-et-Loire), mort fusillé à Mazas le 26 mai 1871 ; enterré au cimetière de Bercy ; serrurier ; militant révolutionnaire sous le Second Empire, membre du Comité central des vingt arrondissements, signataire de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871 ; directeur de la prison de Mazas durant la Commune de Paris.

Né dans une famille tourangelle d’aisance modeste (son père était chef ouvrier bitumier), il reçut une éducation relativement poussée. Il suivit ensuite un apprentissage de serrurier-mécanicien.

Monté à Paris à la fin de l’Empire, il se perfectionna dans son métier tout en fréquentant les clubs révolutionnaires et les réunions publiques. Prenant lui-même la parole à de nombreuses reprises, il fut compris dans plusieurs procédures d’instruction dirigées contre les orateurs républicains. Il fut notamment condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à un mois de prison et 150 F d’amende pour trouble de la paix publique, incitation à provocation de crime non suivie d’effet, etc., cela à la suite d’une réunion tenue chez Pierre Budaille en mars 1869. De nouveau traîné devant la 6e chambre le 31 décembre 1869, pour avoir organisé avec Pyat, Gambon et Gromier une réunion électorale publique sans déclaration préalable, il fut condamné à 1 mois de prison et 200 F d’amende. Ce qui ne l’empêcha pas d’être l’un des orateurs du Premier banquet des Associations ouvrières organisé à Saint-Mandé le 21 janvier 1870.
Ami de Gustave Flourens, avec qui il avait passé plusieurs semaines en détention, il fut impliqué fin janvier 1870 avec ce dernier dans une tentative de complot contre Napoléon III fleurant la provocation (Voir Beaury) et arrêté. Il était alors célibataire, demeurait en garni, 10, avenue de la Roquette et travaillait dans la maison Bouvet, 4, passage Pecquay (IVe arr.). Les débats ayant tourné à la confusion de l’accusation, Garreau bénéficia d’un non-lieu après cinq mois passés en préventive, au cours desquels il contracta une phtisie.

On ignore tout de ses activités au lendemain de la chute de l’Empire, mais on le retrouve membre du Comité central des vingt arrondissements et signataire de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871 (voir Ansel).

Membre du « parti blanquiste », il fut nommé par Raoul Rigault directeur du Dépôt de la Préfecture de police le 20 mars 1871. Il fut également requis par Varlin et Jourde en tant que serrurier pour ouvrir le coffre-fort de l’Hôtel de ville. Dans la deuxième quinzaine d’avril, Garreau fut promu directeur de Mazas en remplacement de Mouton. Loin de se conduire en tortionnaire, Garreau autorisa le Président Bonjeau et Mgr Darbois à se faire servir des repas chauds apportés de l’extérieur. Il refusa également d’exécuter l’ordre reçu le 25 mai du Comité de Salut public d’incendier Mazas et de brûler les registres d’écrou.

Arrêté le 25 mai, il fut fusillé le lendemain. Il avait entre temps demandé les secours de la religion à un de ses anciens prisonniers, l’abbé Crozes, qu’il avait sauvé lors du transfèrement des otages à la Roquette. Ce fut sans doute ce dernier qui se chargea de transmettre à sa compagne Marie Mercier sa magnifique lettre d’adieu, laquelle fut publiée par Victor Hugo.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article59941, notice GARREAU Maurice par Michel Cordillot, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 5 juillet 2019.

Par Michel Cordillot

SOURCE : Marcel Cerf, Marie Mercier, Victor Hugo et l’infortuné Maurice Garreau, Paris, 1987, Cahiers des Amis de la Commune, n° 2.

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