FONTAINE Jules, Léon

Né le 12 avril 1817 à Calais (Pas-de-Calais) ; professeur de mathématiques ; directeur des Domaines sous la Commune de Paris, déporté en Nouvelle-Calédonie.

Jules Fontaine appartenait à la bourgeoisie libérale : son père était médecin à Douai et son frère, ingénieur, participa aux travaux hydrauliques du port de Cherbourg. Lui-même sortit de l’École polytechnique, mais préféra la carrière professorale ; il enseigna les mathématiques « aux écoles préparatoires et aux lycées de Paris » — à l’institution Barbet, aux lycées Saint-Louis et Bonaparte (Condorcet). Il fut compromis avec Humbert, Protot, etc., dans l’affaire du complot de la Renaissance (novembre 1866) et proclama devant le tribunal : « Dans l’ordre social nous voulons, par la transformation de la propriété, par l’abolition de l’hérédité, par l’application du principe d’association, par la mutualité, arriver à la solidarité des intérêts et à la justice. » Malgré cette profession de foi assez nettement proudhonienne, il fut acquitté. On le soupçonna toutefois de sympathies blanquistes et il fut à nouveau inquiété en février 1870, après les émeutes des 7 et 8 : on l’accusa, sans preuves d’ailleurs, d’avoir fabriqué des bombes, et la Haute Cour de Blois, jugeant l’affaire du complot contre l’Empire, le condamna, le 8 août, à quinze ans de prison. Avec son fils aîné, il avait été emprisonné à la Santé et laissé trois semaines sans jugement. À la fin de l’Empire, on dit que des réunions se tenaient chez lui le dimanche, durant lesquelles on exigeait des ouvriers présents le serment de tout sacrifier à la République démocratique et sociale.

Son activité sous le Siège de Paris n’est mentionnée dans aucun document à notre connaissance. La Commune, au début du mois d’avril 1871, le nomma directeur des Domaines et du Timbre.
Le 5e conseil de guerre ne retint contre lui nul grief politique, mais l’accusa de pillages : École militaire, hôtel de la princesse Mathilde, maison de Pierre Bonaparte, chapelle expiatoire ; on lui reprocha surtout la démolition de l’hôtel Thiers. Sa notoriété avait valu à un inconnu d’être fusillé parce qu’on l’avait pris pour lui. Sa femme dit qu’il eut pour but de sauvegarder des valeurs de toutes sortes et l’enquête parlementaire ne contredit pas cette assertion. L’accusé, en tout cas, ne manifesta ni remords ni servilité : « J’ai trente ans de probité et d’honneur à opposer à l’accusation [...] Condamnez-moi comme homme politique, vous le pouvez ; mais ce que je veux avant tout, c’est rester à vos yeux un honnête homme. » Il fut condamné, le 23 novembre 1871, à vingt ans de travaux forcés : peine confirmée le 4 décembre, mais réduite à dix ans le 8. Il purgea d’abord sa peine à la maison centrale de Clairvaux, mais, pour n’avoir pas voulu, dit-il, témoigner, en 1873, contre Ranc, il fut envoyé à Toulon et en Nouvelle-Calédonie ; il travailla à l’île Nou, mêlé aux bagnards dans l’atelier de chapeaux.
En 1880 encore, un rapport de police suggère qu’il se rallierait peut-être au gouvernement ; rien ne le confirme. Amnistié, il rentra en France par le Tage.
Il mourut le le 1er octobre 1888. Il était marié, père de cinq fils.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article59260, notice FONTAINE Jules, Léon, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 6 juin 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/741. — Le dossier manque aux Arch. Min. Guerre, 11e conseil. — Arch. PPo., B a/429 et B a/468. — Gazette des Tribunaux, 4 janvier 1867 ; 21 juillet 1870 ; 22 novembre 1871. — Le Figaro, 1er juin 1871. — Enquête parlementaire..., op. cit., rapports Chopin (p. 220) et Lagrange. — Note de Louis Bretonnière.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 310.

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