LEGAY Henri

Par Claude Pennetier

Né le 15 décembre 1869 à Nérondes (Cher) ; mort le 13 avril 1932 à Orléans (Loiret) ; marié, père d’un enfant ; cheminot ; anarcho-syndicaliste du Loiret.

Originaire du sud-est du Cher, région de forte tradition socialiste, fils de tisserands, Henri Legay se fixa à Orléans en 1882 et entra comme serrurier aux ateliers des chemins de fer de l’État en 1889. Il milita dans son syndicat dès 1892 et anima les manifestations du 1er Mai 1906. Le Journal du Loiret du 2 mai 1906 le décrivait ainsi : « Il fait preuve d’une violence inouïe. Il est hervéiste, antimilitariste et le proclame furieusement ! Il proteste véhémentement contre le grand complot (de Clemenceau). Pour en être réduit à des pareils moyens, dit-il, il faut que la société ne tienne plus debout. Je n’ai plus de patrie. On l’applaudit et on crie vive l’anarchie. »
En 1919-1920, Legay dirigeait le syndicat CGT des cheminots du Réseau État d’Orléans, secondé par René Bailly et Jules Buissonnière. Il anima les deux grandes grèves de 1920. Anarcho-syndicaliste, il menait au sein de la CGT la lutte contre la majorité réformiste représentée dans le Loiret par le secrétaire de l’UD le cheminot J.-B. Constant. Révoqué des chemins de fer, il travailla un moment avec son ami René Bailly*, dirigeant communiste régional, lui aussi licencié, dans un garage de la ville puis il tenta de gagner sa vie en fabriquant pour son compte des savons qu’il vendait aux coopératives ; ce fut un échec financier. Le patronat local refusant d’embaucher les anciens syndicalistes cheminots, il dut, pour subsister, quitter le Loiret. Henri Legay ne fut réintégré aux chemins de fer que fin 1924, il reprit alors la lutte au sein de la CGTU jusqu’à sa mise à la retraite en 1927. Végétarien, ennemi de toute boisson alcoolisée et du tabac, Legay imposait l’estime par la rigueur de sa vie. Il n’appartenait à aucun groupe politique. Ses idées libertaires ne l’empêchaient pas d’avoir d’excellents rapports avec les dirigeants communistes comme René Bailly, secrétaire régional. Legay militait au Secours rouge et quotidiennement, après sa retraite, il venait à la Maison du Peuple CGTU pour prendre des informations et discuter. Ces contacts avec les communistes avaient-ils modifié ses idées ? Faut-il suivre Bailly lorsqu’il écrit : « douze années d’études et de réflexion avaient conduit le vieux libertaire au seuil de nos conceptions communistes » ? (le Travailleur, 23 avril 1932). Pourtant Jules Buissonnière, dirigeant minoritaire de la CGTU puis secrétaire du syndicat confédéré des chemins de fer État d’Orléans, déclara sur sa tombe : « Dans une lettre qu’il nous écrivit de la maison d’Orléans, quelques jours avant sa mort, et dans laquelle il relate les mauvais traitements dont il a été victime de la part des policiers, on retrouve en lui le disciple de Proudhon et Bakounine ».
Le 2 avril 1932 place de la gare à Orléans, il cria au passage d’une retraite militaire « À bas la guerre ! ». Aussitôt la police l’emmena au poste de la gare où il fut violemment frappé, transféré au poste central, il subit de nouvelles brutalités. Emprisonné sans soins pendant neuf jours, il rentra chez lui pour mourir le 13 avril 1932. Selon le chirurgien légiste, la cause de la mort était une péritonite consécutive à un traumatisme violent de la région thoracique. Un comité Henri Legay, dirigé par l’anarchiste Colin et allant des radicaux aux anarchistes se constitua. Sous la présidence de l’anarcho-syndicaliste Jules Buissonnière, un millier d’Orléanais acclamèrent le 19 mai 1932 le nom de Legay et demandèrent que justice soit faite. Seul le Parti communiste et quelques anarchistes refusèrent de participer au comité estimant « que parmi ces organisations, il y en avait qui avaient une lourde responsabilité morale dans l’assassinat ». Le Parti radical était visé : d’une part certains policiers en étaient membres, d’autre part la municipalité radicale semblait couvrir sa police. Le Parti communiste appuya la formation d’un comité des « amis d’Henri Legay » animé par le postier anarchiste Marius Berger. Deux policiers furent inculpés puis mis hors de cause en juin 1932. Deux mois après le décès du vieil anarcho-syndicaliste, l’affaire, pour la justice, était classée. Pendant plusieurs années des meetings, des articles rappelèrent le souvenir de Henri Legay ; en hommage à son cri de révolte les réunions communistes, socialistes, syndicalistes du Loiret se séparaient au cri de « À bas la guerre ! ». Voir Marius Berger*, Maxime Bétier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5820, notice LEGAY Henri par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 4 avril 2012.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129. — L’Aube sociale, 1919. — L’Avenir syndical du Centre, 1921-1932. — Le Travailleur (Loiret), 1932. — Le Peuple, 15 mai 1932. — Séron, Dampierre, Hauchecorne, Brucy, La CGT dans le Loiret des origines à la Seconde guerre mondiale, Mémoire de Maîtrise, p. 118. — Claude Pennetier, « 1932 : l’affaire Legay », Le Peuple français, octobre-décembre 1976.

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