BAUDEZ André, Léon, Émile

Par Patrick Gaillard, Frédéric Stévenot

Né le 25 mars 1892 à Reims (Marne), mort le 15 avril 1945 à Bergen-Belsen (Allemagne) ; inspecteur principal SNCF, chef d’arrondissement de l’exploitation à Saint-Quentin (Aisne) ; cofondateur du syndicat du personnel d’inspection et de direction (SPID) ; résistant, déporté.

André Baudez (musée de la Résistance et de la Déportation, Tergnier)

Fils naturel de Maria Émélie Baudez, sans profession, demeurant au 49 de la place d’Erlon (chez Aurélie Pétry, épouse Michaud), André fut reconnu le 15 juin 1897 par sa mère. Le 30 décembre 1920, il se maria à Ognes (Aisne) avec Ernestine Eugénie Alizart.

Au moment de son recensement militaire, André Baudez résidait à Ognes (Aisne), dans le canton de Chauny, tandis que sa mère vivait à Nanteuil-la-Fosse (canton de Vailly, Aisne). Il était alors chauffeur. Engagé volontaire pour trois ans à la mairie de Soissons, il fut incorporé le même jour, 18 mars 1913. Il arriva au 3e régiment de hussards deux jours plus tard. Il fut ensuite nommé brigadier le 19 janvier 1914, avant de partir en campagne le 2 août. Le 20 avril 1915, il devint maréchal des logis.
Le 22 juin 1915, il fut blessé au bras et au poignet gauche, des suites d’une chute de cheval. Il s’ensuivit une entorse au poignet gauche.
Promu sous-lieutenant à titre temporaire à compter du 13 avril 1916, il fut alors détaché au 37e régiment d’infanterie. Alors à Curlu (Somme), il fut plus grièvement blessé le 5 juillet 1916, et dut être évacué : il souffrait d’une plaie à la jambe gauche avec lésion osseuse, causée par une ball. André Baudez fut cité à l’ordre de l’armée (n° 373) le 27 juillet 1916, en ces termes : « officier d’une bravoure remarquable, toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses. A entraîné superbement sa section à l’attaque du 1er juillet 1916 ». Il reçut alors la croix de guerre avec palme.
Placé au dépôt de son régiment le 12 novembre 1916, il fut détaché au centre de mitrailleuses de Besançon le 14 novembre suivant, avant de rentrer à nouveau au dépôt le 18 décembre.
Le 17 janvier 1917, il partit dans l’armée d’Orient, et fut affecté au 1er régiment d’Afrique. À nouveau blessé, à Dikovo (Orient), il fut évacué le 9 juillet 1917 : il eut le bras droit broyé au niveau du coude par un éclat d’obus. Il fut alors affecté au 8e régiment de tirailleurs (décision ministérielle du 30 novembre 1917). André Baudez devient lieutenant à titre temporaire (décision ministérielle du 16 octobre 1918), à compter du 28 juillet 1918. Il se vit décerner la Légion d’honneur par arrêté du 19 septembre 1917 (JO du 21 septembre), et fut à nouveau cité : « officier de cavalerie servant dans l’infanterie sur sa demande ; très belle attitude au feu. Blessé grièvement au cours d’une attaque ennemie le 9 juillet 1917. Amputation du bras droit ». La nomination comportait l’attribution d’une nouvelle palme à la croix de guerre déjà acquise.
André Baudez fut proposé pour une pension de retraite de 3e classe par la commission de réforme de la Seine, le 6 février 1919, pour « perte du bras droit au tiers supérieur par amputation », blessure causée par éclats d’obus. De fait, il fut renvoyé dans ses foyers le 8 février suivant, avec une pension de 2 920 francs (arrêté du 8 sept. 1919).

André Baudez débuta à la Compagnie du Nord le 18 février 1919, à la gare de Laon (Aisne). D’abord manœuvre au bureau de la Voie à Tergnier (Aisne), il fut ensuite muté à l’Exploitation.
Admis à l’école des cadres du réseau Nord à Dunkerque (promotion 1925-1926), il en sortit 7e sur 97 élèves de sa promotion, avec les félicitations du jury. Il s’orienta alors vers la filière du contrôle et de l’inspection. Il fut volontaire pour l’exploitation des chemins de fer de la Ruhr, occupée par les Français et les Belges. Rentré comme sous-inspecteur en 1926, il devint inspecteur en 1930 puis inspecteur divisionnaire en 1933. À la déclaration de la guerre, il était inspecteur principal adjoint à l’arrondissement de l’exploitation de la Région, à Paris-Nord. Une citation à l’ordre de la SNCF vint souligner son activité, au cours de laquelle il fut blessé en service. Entre temps, André Baudez fut l’un des co-fondateurs du Syndicat du personnel d’inspection et de direction (SPID).

En août 1942, il fut nommé inspecteur principal, chef d’arrondissement, à Saint-Quentin. On rapporte son attitude catégorique envers les autorités allemandes, qui lui valut d’être l’objet d’une surveillance particulière : l’une de ses premières initiatives aurait été d’afficher dès 1940 les portraits de Foch, Gallieni et Clemenceau dans son bureau, et qu’il modifiait l’étiquetage des wagons afin de désorganiser l’approvisionnement de l’ennemi, sous couvert de tournées d’inspection.

Quoi qu’il en soit, il participa à la création et au développement de Libé-Nord dans l’Aisne sous la direction d’Henri Ribière*. Il assista ainsi à plusieurs réunions à Quessy (Aisne), chez Lionel Lefèvre*, et à Tergnier, dans le courant de 1941 et au début de 1942 qui réunirent des personnalités socialistes locales d’avant-guerre, comme les députés Marcel Levindrey et Élie Bloncourt, mais aussi le secrétaire de la SFIO clandestine pour le Nord, Robert Verdier, de futurs responsables de Libé-Nord comme Robert Cadeau, Marcel Thiéry*, ou Joseph Rault.

Il fut membre du réseau Confrérie Notre-Dame (CND) et notamment au groupe Castille, apparu après la répression qui dévaste le réseau en décembre 1943. Il participa à des activités de renseignement, d’aide aux filières d’évasion des alliés, à la réception d’armes parachutées, prépare un plan d’arrêt des transports ferroviaires en prévision de la libération du territoire.

André Baudez fut arrêté le 6 mars 1943 et incarcéré à la prison de Saint-Quentin pour avoir refusé de participer à une cérémonie officielle en présence des occupants allemands. Relâché une vingtaine de jours plus tard, il continua ses activités.

Il fut à nouveau arrêté le 8 mars 1944, et incarcéré à Saint-Quentin puis Arras. Transféré à Compiègne, il fut du convoi I. 247 qui partit le 15 juillet 1944 vers le camp de Neuengamme (matricule inconnu), où il fut affecté à une Baubrigade non identifiée. Il mourut d’épuisement à Bergen-Belsen avant son rapatriement, peu de temps après l’arrivée des Alliés.

Le 24 juin 1947, une enquête pour crime de guerre fut ouverte contre Erick Walter, Oberreichsbahnrat (chef de l’exploitation ferroviaire) de la région de Saint-Quentin. Celui-ci fut accusé d’avoir contribué la déportation de plusieurs cheminots, dont André Baudez.

André Baudez fut reconnu « mort pour la France » (AC 21 P 15 597), à titre militaire, par avis du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre en date du 21 avril 1960 (n° 587.133/39-45). Son nom a été donné à la place de la gare de Tergnier et de celle de Saint-Quentin. Il figure sur le monument aux morts de cette même ville et sur une plaque commémorative de la gare.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article580, notice BAUDEZ André, Léon, Émile par Patrick Gaillard, Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 24 septembre 2018.

Par Patrick Gaillard, Frédéric Stévenot

André Baudez (musée de la Résistance et de la Déportation, Tergnier)

SOURCES. Arch. dép. Aisne, J. 1461/12 (fonds Berthiault) ; dossier 15205/4018 : crimes de guerre commis dans le département de l’Aisne 1944 - 1949 ; 1R760, reg. matr., Soissons, 1912. Arch. SNCF de Béziers. Arch. de la Fédération française des personnels d’encadrement des chemins de fer et des activités connexes. État civil de Reims — Témoignages oraux. — Musée de la Résistance et de la Déportation, Tergnier. — Sites Internet : Rail et mémoire ; Fondation pour la mémoire de la Déportation ; Mémoire des hommes

ICONOGRAPHIE. Généalogie Aisne

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