DELIMAL Odilon [DELIMAL Napoléon, Joseph, Odilon.]

Né le 15 août 1835 à Hérinnes (Belgique) ; mort le 14 décembre 1888 ; marié, sans enfant ; il serait toutefois le père de deux enfants adultérins. Journaliste très en vue sous la Commune, il fut dit également « homme de lettres » et « propriétaire » — Voir F. Zingé.

Dans sa jeunesse, Odilon Delimal habita tour à tour Lille et Roubaix ; il fit ses études au collège de cette ville et n’était pas encore naturalisé français en 1870. Dès 1857, il débuta dans le journalisme, à l’Écho d’Arras devenu journal politique sous le nom de Propagateur du Nord et du Pas-de-Calais. En 1860-1861, il écrivit dans la Fauvette de Roubaix, puis, en 1862, acheta à Bruxelles le journal satirique Uylenspiegel (l’Espiègle) qui lui valut trois condamnations : le 25 février 1864, à 50 f d’amende pour rébellion et 3.000 f pour diffamation ; en 1866, à un an de prison et 1.000 f d’amende parce que le journal avait représenté les souverains de France, d’Italie, de Prusse et d’Autriche pendus à une potence ; en 1868, à quinze jours de prison et 10 f d’amende pour tapage nocturne et outrages à des agents ; 10.000 f d’amende aussi, pour avoir porté des accusations contre le bourgmestre de Bruxelles. Il était devenu le correspondant du Rappel, et, lorsqu’il gagna Paris, au début de 1870, travailla comme rédacteur de ce journal jusqu’en septembre, puis devint rédacteur en chef du Combat ; très répandu dans les milieux journalistiques, il connut Rochefort à la Marseillaise. Il habita notamment, 66, rue Tiquetonne, IIe arr., 32, rue de Clichy, IXe arr., à partir de janvier 1872, enfin, 59, rue du Rocher, VIIIe arr., en 1873.
Durant le Siège, il était officier d’ordonnance au 36e bataillon et sortit aux avant-postes, à Créteil en particulier. Du Combat — supprimé — il était passé, en janvier, au Vengeur où il était rédacteur en chef et prêchait la résistance à outrance. Il était à Bordeaux avec Pyat, mais n’accepta pas la ligne politique de son journal après l’armistice et, dès le 20 mars 1871, fonda la Commune, de tendance proudhonienne, avec des rédacteurs venus du Vengeur : Brissac, Millière, Maret, etc.
Il avait refusé, en mars, d’être candidat aux élections à la Commune, mais regardait le moment comme capital : « Paris veut être maître de ses destinées. À toute heure et sur toute question, les électeurs ont le droit de se convoquer et d’exprimer leur opinion par un vote ; nous sommes tous d’accord sur ces deux points essentiels » (la Commune, 23 mars). Et le 30 mars : « Convaincus que l’heure décisive a sonné, la Commune tient à honneur de devenir spécialement l’organe de la révolution socialiste dont le peuple de Paris vient de dicter le magnifique programme. » Après avoir montré cet enthousiasme, le journal en vint aux critiques et, le 19 mai, par la plume de G. Duchêne, il dénonça, avec la majorité des membres de l’Assemblée parisienne, « l’ineptie, l’imbécillité des polissons et des drôles qui ont mis la main sur les services publics dont ils ne connaissent pas le premier mot ». Le journal fut supprimé le jour même.
Odilon Delimal gagna Bruxelles après avoir quitté Paris sous un déguisement, puis rentra et donna des articles à l’Émancipation de Toulouse, de Duportal. Il fit valoir devant le 3e conseil de guerre : « J’ai profondément regretté le mouvement du 18 mars, mais, une fois accompli, j’ai cru qu’il fallait en tirer le meilleur parti possible. » Quand on lui rappela qu’il avait accusé le gouvernement de Versailles de s’entendre avec Bismarck pour « étouffer la révolution et assassiner la République », il dit avoir cité un journal anglais sans pouvoir vérifier ses dires ; et il posa au libéral : « Je me suis fait le défenseur de la liberté de la presse, de la liberté individuelle, de la propriété et de la vie des citoyens, [...] en ajoutant quelques grossièretés pour faire passer ces critiques. » Pour ses articles du Vengeur et de la Commune, il fut condamné, le 9 mars 1874, à la déportation dans une enceinte fortifiée, mais, dès le 8 juillet sa peine fut commuée en dix ans de bannissement, et remise en 1879.
Un fils de Delimal mourut à Saint-Rémy-lez-Dalhem (Belgique), en juillet 1888. Delimal mourut la même année, le 14 décembre, sur un bateau qui le transportait de l’île Monu (?) à Mayagüez (Porto-Rico, Antilles).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article57085, notice DELIMAL Odilon [DELIMAL Napoléon, Joseph, Odilon.], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 3 avril 2019.

ŒUVRE : Les Buveurs de sang, Bruxelles, 1865. chez l’auteur (Bibl. Nat., 8° M, pièce 576) : compte rendu du congrès de Liège et, à partir de là, apologie de la libre pensée et du socialisme. Les buveurs de sang ne sont pas les hommes de 93, mais les bourreaux de Spartacus et des Albigeois, les assassins d’Étienne Marcel et de Babeuf ; et Delimal prophétise l’avènement d’un monde fondé sur le travail et réalisé par une révolution politique inévitablement amenée à imposer la réforme sociale. — Articles de journaux.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/804. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil, dossier 1568. — Arch. PPo., B a/925 (notamment : inventaire des journaux saisis chez Delimal et analyse des scellés). — La Commune di Parigi (G. Del Bo), op. cit. — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Belges ralliés à la Commune de Paris, Bruxelles, Ferraton, 1985. — John Bartier, Odilon Delimal, un journaliste franc-tireur au temps de la Première Internationale, édité et présenté par Francis Sartorius, Bruxelles, 1983, Éditions de l’Université de Bruxelles.

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