COURBET Gustave [COURBET Désiré, Jean, Gustave.]

Né le 10 juin 1819 à Ornans (Doubs), mort à la Tour de Peilz près de Vevey (Suisse) le 31 décembre 1877 ; célibataire ; artiste peintre ; considéré l’un des plus grands maîtres du XIXe siècle ; membre de la Commune de Paris.

Ancien élève du séminaire d’Ornans — il haïra les prêtres — puis du collège de Besançon, Gustave Courbet vint à Paris en 1839 pour faire son droit. Il s’adonna à la peinture avec passion et fut admis au Salon en 1844. Mais ses grands succès datent de 1848-1850. Républicain et même socialiste, il fit scandale en 1870 en refusant la Légion d’honneur que lui avait offerte Napoléon III. À ce sujet, Vallès écrivit ces lignes dans le Gil Blas du 9 mai 1882, qui, compte tenu de ce que l’on sait par ailleurs, dépeignent Courbet assez exactement :

— » La Crrouâ, mon nhâmmi ? Mais, si je voullâi, je pourrais me foutrrre un calvairre au cul... — En quârrant-huit i gn’iâvai qu’ deux hômmes de prraîts : moâ et Peurrouddhon [...]

« Et des circonflexes, et des modulations, avec des pétarades de rire éclatant dans sa barbe qu’il torchait ensuite du revers de la main !

« Son ventre dansait, il proutait, riait jusqu’au sanglot, écrasait une larme de son gros pouce, dans le coin de son œil de génisse [...]

« On a pu lui appliquer ce que Michelet disait de Dumas père : « qu’il était une force de la nature ». Mais il en était une farce aussi.

« Si naïvement vaniteux, si grotesquement éloquent, désordonné et patient, bûcheur et soiffeur... »

Vermersch, que citait Le Monde pour rire du 3 juillet 1870, présentait de façon assez semblable ce maître du réalisme, si haut en couleur :

C’est le maître Courbet ! Sa barbe, fleuve noir,
Descend en flots épais sur sa large poitrine.
Pareil au bruit que fait l’eau dans un entonnoir
Un rire olympien fait gonfler sa narine.
Les farouches taureaux dans les vallons du Doubs,
Quand ils le voient passer, jalousent ses épaules.
Comme un Turc il est fort, et, comme un agneau, doux.
Son nom caché longtemps a volé jusqu’aux pôles.
C’est le peintre — le vrai — des rochers et des bois,
Des chevreuils et des bœufs égarés dans les plaines,
Des femmes en chansons laissant mourir leurs voix,
Et des curés béats aux immenses bedaines.
Après le 4 septembre, Courbet devint président de la Commission artistique préposée à la conservation des musées nationaux et objets d’art. À ce titre, il s’adressa, le 14, aux membres du gouvernement de la Défense nationale pour demander la démolition de la colonne Vendôme. Et le 29 octobre, à l’Athénée, on lut des lettres de Courbet à l’armée allemande et aux artistes allemands — parues ensuite en brochure — dans lesquelles Courbet suggérait l’édification d’une colonne d’un nouveau genre, la colonne des peuples :
« Laissez-nous, écrivait-il, vos canons Krupp, nous les fondrons avec les nôtres ensemble ; le dernier canon, gueule en l’air, coiffé du bonnet phrygien, planté sur un piédestal acculé sur trois boulets et ce monument colossal, que nous érigerons ensemble sur la place Vendôme, sera notre colonne, à vous et à nous, la colonne des peuples, la colonne de l’Allemagne et de la France à jamais fédérées. »

Élu le 16 avril 1871 par le VIe arr. avec 2.418 voix, Gustave Courbet appartint à la commission de l’enseignement. Il était membre de la Commission fédérale des artistes élue le 17 avril — Voir François Bonvin.
Il vota contre le Comité de salut public et signa, le 15 mai, la déclaration de la minorité : « La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public. » Voir Jourde. Il figure au nombre des collaborateurs du Journal officiel de la Commune (cf. La Comune di Parigi, G. Del Bo, op. cit.)

Par décret publié au Journal officiel le 13 avril, la Commune avait décidé : « La colonne de la place Vendôme sera démolie. » Elle l’avait décidé parce que la colonne était à ses yeux « un monument de barbarie, un symbole de force brutale et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la république française : la fraternité ». (Cf. Procès-verbaux, t. 1, p. 190.) Le 27 avril, Courbet demanda que le décret soit exécuté, en spécifiant : « On pourrait peut-être laisser subsister le soubassement de ce monument dont les bas-reliefs ont trait à l’histoire de la République ; on remplacerait la colonne par un génie représentant la révolution du 18 mars. » (Ibid., p. 522.). La colonne fut abattue le 16 mai et on rendit par la suite Gustave Courbet personnellement et financièrement responsable.

Arrêté le 7 juin 1871, Gustave Courbet ne se montra pas très courageux devant ses juges et voici une de ses déclarations : « J’assistai fort peu aux séances de l’hôtel de ville [...] lorsque tout à coup survint le décret du Comité de salut publique [1er mai] je m’y opposai avec violence, et ma motion fut mise à l’officiel. » H. Dubief — Voir Sources — qui a publié la défense de Courbet reconnaît à celui-ci « le droit de se désolidariser des excès de la majorité de la Commune puisqu’il les avait combattus », tout en notant que « ce grand homme semble avoir été un illettré ».

Il purgea sa peine à Sainte-Pélagie à partir du 22 septembre. Le 30 décembre, il reçut l’autorisation d’être transféré à la maison de santé du Dr Duval, 34, avenue du Roule. En janvier, il fut opéré d’une inflammation intestinale et libéré le 2 mars.

L’année suivante, en juillet, il eut à répondre de la démolition de la colonne Vendôme, mais le procès fut remis à novembre. Le 23 juillet 1873, Gustave Courbet gagna la Suisse. Il fut condamné aux frais de la restauration du monument et aux dépens. À la requête du directeur des Domaines, une vente des tableaux, meubles et objets d’art provenant de l’atelier de Courbet eut lieu à l’hôtel Drouot, le 26 novembre 1877.

En Suisse, Gustave Courbet se fit peu remarquer, politiquement parlant, et tout au plus peut-on noter sa présence le dimanche 1er août 1875 parmi les délégués de la Fédération jurassienne « antiautoritaire » — antimarxiste — qui tenaient leur congrès dans la ville de Vevey. Courbet y chanta des mélodies franc-comtoises.

Il a eu des contacts suivis avec plusieurs radicaux suisses (Georges Favon, Louis Ruchonnet, etc...) à Genève, Fribourg et La Chaux-de-Fonds, ainsi qu’avec les réfugiés de la Commune Rochefort, Reclus, Cluseret, Paul Pia, Slomzinski, Alfred Morel et autres qui sont documentés soit aux archives PPo de Paris, soit dans les journaux suisses de l’époque. Par solidarité avec ses compatriotes exilés, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale.

Il mourut La Tour-de-Peilz le dernier jour de l’année 1877 et fut enterré civilement à la Tour de Peilz, le 3 janvier 1878. Son père assistait aux obsèques. Arthur Arnould, d’autres encore, prirent la parole et Rochefort, trop ému, ne put achever son discours.

Sa dépouille fut transférée à Ornans en 1919.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article56165, notice COURBET Gustave [COURBET Désiré, Jean, Gustave.] , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 mai 2019.

ŒUVRE : Lettres de Gustave Courbet à l’armée allemande et aux artistes allemands, « chez tous les libraires et chez l’auteur, Paris », 16 p. (se trouve aux Arch. PPo., B a/1020).

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE (relatives au militant, mais non à l’artiste) : Arch. Nat., F 17/2685. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/438 et a/1020. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, op. cit. — « Défense de Gustave Courbet par lui-même », cf. H. Dubief, L’Actualité de l’Histoire, n° 30, janvier-mars 1960. (Les études sur Courbet militant qui ont paru entre 1940 et 1961 sont mentionnées dans la bibliographie de J. Rougerie et G. Haupt, Le Mouvement social, n° 38, janvier-mars 1962. Une revue, Les Amis de Gustave Courbet, paraît depuis 1947.) — Notes de Pierre Chessex.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., B a/1020 et album 286/43. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., pp. 239, 260 bis et passim. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 135.

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