CLÉMENCE Adolphe [CLÉMENCE Hippolyte, Adolphe, dit Roussel] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Notice résumée par Marianne Enckell

Né le 9 décembre 1838, mort à Paris en février 1889 ; ouvrier relieur ; un des fondateurs de l’Internationale, membre de la Commune, exilé en Suisse.

Clémence fut à Paris un des premiers adhérents de l’Internationale. Il collabora à des journaux coopératifs en 1865 et à la Tribune ouvrière (4 juin-9 juillet 1865), publiée par le bureau parisien de l’Internationale, dont le gérant était Charles Limousin et dont la rédaction avait son domicile légal chez Clémence, 19 rue des Juifs. Il créa en 1869 la Revue de la reliure et de la bibliophilie (3 numéros).

Le 9 août 1870, il demanda son incorporation dans la garde mobile parisienne, et le 7 septembre fut nommé dlélégué du IVe arrondissement. Il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. L’affiche se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »

Le 26 mars, il fut élu par son arrodissement membre de la Commune. Il appartint à la commission de la Justice. Il vota contre le Comité de salut public et signa le manifeste de la minorité : « la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature ».

Il parvint à disparaître le 22 mai 1871 et à se réfugier en Suisse sous le nom de Roussel. Le 28 novembre 1872, le 20e conseil de guerre le condamnait à la déportation dans une enceinte fortifiée.

En septembre 1871, il prépara un discours pour défendre la Commune devant le 5e congrès de la Ligue de la paix et de la liberté qui se tenait à Lausanne. Il renonça à prendre la parole mais son discours fut imprimé. Il y glorifiait la Commune et son fédéralisme, seul remède à la centralisation oppressive. Après le congrès de Lausanne, Clémence alla exercer quelque temps son métier à Neuchâtel où il fit la connaissance de James Guillaume*. Au début de 1872 il fut appelé à Lausanne pour travailler avec Paul Pia et, avec Lefrançais*, Montels* et autres, il contribua à y reconstituer la section internationale.

En 1876, Clémence participa avec Elie et Elisée Reclus*, Brousse* et Arnould* à la publication d’un almanach socialiste pour 1877, La Commune. Le 8 septembre 1877, apprenant la mort de Thiers, il écrivit un pamphlet où il maudissait sa mémoire. Le 12 septembre, il signait sa brochure Après le coup d’Etat dans laquelle il s’exprimait ainsi : « La reprise de la terre, des richesses publiques et de l’outillage à ceux qui détienne injustement ces choses est donc de Droit naturel comme de Droit révolutionnaire. Nous ajouterons qu’elle est aussi de Droit légal. »

Clémence rentra en France en 1885. Cette même année, il collabora à la Revue socialiste de Benoît Malon* où il publia un « Eugène Varlin ».

Il fut enterré civilement au cimetière de Bagneux le 6 février 1889, et Lefrançais fit son éloge.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article55619, notice CLÉMENCE Adolphe [CLÉMENCE Hippolyte, Adolphe, dit Roussel] [Dictionnaire des anarchistes] par Notice résumée par Marianne Enckell, version mise en ligne le 25 octobre 2014, dernière modification le 26 octobre 2015.

Par Notice résumée par Marianne Enckell

ŒUVRE : Exposition de 1867. Délégation des ouvriers relieurs. 1re partie : la Reliure aux expositions de l’industrie (1798-1862), Paris, 1868, in-12, XXVII + 278 p., Bibl. Nat. V 38485. — De l’antagonisme social, ses causes et ses effets. Discours n’ayant pu être prononcé au congrès de la paix et de la liberté. [Lausanne, 9 octobre 1871]. Se trouve chez les citoyens qui croient en la justice, 1871, in-8°, 46 p., Bibl. Nat., Lb 57/2818. — À la mémoire de Adolphe Thiers, président de la République versaillaise, Genève, 1877, Imprimerie Ziegler, 8 p. (Arch. PPo., B a/1013). — Après le coup d’État, Bruxelles 1877, 16 p. — L’Amnistie au Parlement. Réponse à MM. de Versailles par Adolphe Clémence, élu à la Commune de Paris, mars 1879, Genève, in-8°, 37 p., Bibl. Nat., 8°, Lb 57/16004.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/855, n° 1762. — Arch. Min. Guerre, 20e conseil. — Arch. PPo., B a/468 et B a/1013 : important dossier Clémence dans lequel figure le carnet personnel de l’intéressé tenu du 14 juillet 1870 au 18 mars 1871 inclus (les feuillets 1er janvier au 1er mars ont été perdus). La date de naissance qui figure sur ce carnet est 9 décembre 1838 et non 9 novembre comme il est souvent indiqué. Ce carnet fut saisi au domicile de Clémence lors de la perquisition qui fut effectuée le 1er août 1871. — M. Vuilleumier, « Les Proscrits de la Commune en Suisse » (1871) », Revue suisse d’histoire, t. 12, fasc. 4, 1962. — Eugène Tartaret, Commission ouvrière de 1867. Recueil des procès-verbaux des assemblées générales des délégués et des membres des bureaux électoraux, Paris, Imp. Augros, 1868, X-320 p. — Notes de R. Skoutelsky.

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