CHEMALÉ Félix, Eugène [CHERMALÉ]

Né à Tours (Indre-et-Loire) le 21 septembre 1838 ; commis architecte ; un des fondateurs de la Première Internationale en France.

Félix Chemalé, qui habitait à Paris, 64, rue de l’Ouest, XIVe arr., appartint à la commission adjointe au premier bureau de Paris de l’Internationale, installé, le 8 janvier 1865, rue des Gravilliers, 44, et dont les secrétaires-correspondants étaient Tolain, Fribourg et Ch. Limousin. Voir Tolain.
Il fit partie de la délégation de onze membres envoyée par le Bureau de Paris pour assister au 1er Congrès de l’AIT tenu à Genève du 3 au 8 septembre 1866. À la suite de ce congrès, le Bureau de Paris se donna un règlement qui institua, en octobre, une commission administrative de quinze membres dont fit partie Félix Chemalé qui remplit les fonctions de secrétaire-général. Voir Tolain.
Félix Chemalé fit partie des neuf délégués parisiens — Voir Tolain — qui assistèrent au second congrès de l’Internationale qui se tint à Lausanne en septembre 1867. Le 4 septembre, troisième jour du congrès, à la séance de l’après-midi, Félix Chemalé déposa la motion suivante qui fut acceptée :
« Je propose que cinq minutes après l’heure indiquée pour l’ouverture de la séance, il soit procédé à l’appel nominal. Constatation des présences sera faite au procès-verbal. Passé les cinq minutes, il sera déposé au bureau d’entrée une seconde liste de présence destinée à constater ceux qui seront arrivés après l’heure, mais qui, cependant, auraient assisté à la séance. » (L’Internationale, J. Freymond, t. I, p. 120.)
Nous donnons ci-dessous le nombre d’appels qui furent manqués par les 17 délégués français :
Marly, —, Vézinaud, —, Vasseur, 2 ; Garbe, —, Chemalé, —, Tolain, 2 ;
Pioley, —, Murat, 2, Aubry, 2 ; Reymond, 1, Ailloud, 2, De Beaumont, 1 ;
Longuet, 7, Chassin, 1, Palix, 2 ; Rubaud, 2, Schettel, 2
Sur les 64 participants au congrès, Longuet, avec ses sept appels manqués, se classa en cinquième position parmi les moins assidus, un des délégués ayant manqué douze fois et trois autres dix fois.
Félix Chemalé, si l’on en croit James Guillaume, fit grande impression à ce congrès. Il le présente ainsi (L’Internationale, t. 1, p. 31) : « C’était le plus intelligent parmi les mutuellistes parisiens. » Il « parle beaucoup », mais, « chose plus difficile, parle bien ». G. Lefrançais, (Souvenirs d’un révolutionnaire, p. 317) apporte une appréciation aussi laudative en ce qui concerne l’intelligence, mais fait quelques réserves sur le caractère de Chemalé, « narquois et brutal jusqu’à la grossièreté ».
Dès l’ouverture du congrès, une discussion embrouillée s’engagea sur la fixation de l’ordre du jour et une commission dut se réunir. Félix Chemalé en fit partie, présenta aussitôt un projet « et le développa avec une telle lucidité, un tel bon sens, que, lorsqu’il eut fini, on s’écria tout d’une voix : « C’est ça ! » Félix Chemalé avait profité de la discussion ; ses propositions conciliaient tout, faisaient droit à toutes les demandes, et, au bout d’une demi-heure de séance, la commission avait adopté à l’unanimité (moins une voix, indiquent les procès-verbaux) le projet de l’intelligent Parisien... » (J. Guillaume, L’Internationale, t. I, p. 33).
Félix Chemalé intervint ensuite sur différentes questions de l’ordre du jour, jugea « acceptable » la nationalisation des banques, mais « injuste et inapplicable » l’entrée du sol dans la propriété collective (L’Internationale, J. Freymond, t. I, p. 128), et se prononça contre la simplification de l’orthographe qui amènerait « la suppression des étymologies sans lesquelles les recherches historiques touchant aux diverses transformations des langues deviennent impossibles. » (Ibid., p. 139). En ce qui concerne le problème de l’enseignement, il refusa l’instruction par l’État pour la raison suivante : « Ou bien l’État, c’est la collectivité des citoyens, c’est nous tous, et alors la chose n’a pas de sens, ou bien l’État n’est pas nous et alors il ne faut rien lui demander » ; et il présenta la proposition suivante :
« Le Congrès affirme la liberté d’enseignement, tout en reconnaissant pour chaque père de famille l’obligation de donner à ses enfants l’instruction indispensable, sans préjuger en rien des moyens à employer. » (Ibid., p. 148.)
En conclusion le congrès n’accorda à l’État que le droit de se substituer au père de famille impuissant à remplir son devoir, spécifiant que tout enseignement religieux doit être écarté du programme.
Félix Chemalé intervint aussi longuement à propos de la seconde question de l’ordre du jour, celle du « crédit mutuel, réciproque et gratuit » dans lequel il voyait la base de l’émancipation humaine. Il se proposait de « démontrer » l’année suivante cette affirmation mais il n’assista pas au troisième congrès.

Le Bureau de Paris renouvela sa commission après le congrès de Lausanne, et quinze membres furent élus ou réélus et, parmi eux, Félix Chemalé — Voir Tolain. Ils démissionnèrent le 19 février 1868 après que des poursuites eurent été engagées contre eux. Le 20 mars, Félix Chemalé fut condamné avec chacun de ses camarades à 100 f. d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à trente jours. La condamnation fut confirmée en appel le 29 avril, en cassation le 12 novembre.
Félix Chemalé n’assista pas au 3e congrès de l’Internationale tenu à Bruxelles en septembre 1868, mais fut présent un an plus tard, à Bâle, au 4e. Il fit partie de la minorité qui se prononça contre l’entrée du sol dans la propriété collective, puisque, dit-il, « notre devise est celle-ci : L’outillage à celui qui le met en œuvre, la matière première à celui qui la transforme et lui donne la valeur, (L’Internationale, J. Freymond, t. II, p. 62). Il vota également contre l’abolition du droit d’héritage. Il ne fut plus mêlé désormais à l’action de l’Internationale dont les buts et surtout les moyens lui semblaient ne plus être ceux définis à l’origine. Il ne prit aucune part à la Commune.
En septembre 1870, Félix Chemalé avait encore signé l’appel rédigé par des délégués de l’Internationale parisienne et de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières pour que le peuple allemand « mette fin à la guerre et fonde, avec le peuple français, les États-Unis d’Europe. » (L’Internationale, 11 septembre 1870).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article55339, notice CHEMALÉ Félix, Eugène [CHERMALÉ], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 5 février 2019.

ŒUVRE : Aux Socialistes, Programme abstentionniste. Mai 1869. Signé : A. Bourgerat, A. Bagniard, R. Chatelain, E. Christe, Ch. Longuet, G. Maillard, L. Marchand, V. Milhes, E. Chemalé, etc... (Bibl. Nat., Lb 56/2287).

SOURCES : État-civil, Tours. — Arch. PPo., B a/441 (à noter une signature autographe de Chemalé). — L’Internationale (J. Freymond), op. cit.. — Journal des débats politiques et littéraires,1er mars, 22 mars, 26 mai 1868.

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