LAFOND André, Henri, Frédéric, dit FONTELA

Par Marie-Louise Goergen

Né le 24 avril 1911 à Paris (XIIe arr.), mort le 7 avril 1999 à Compiègne (Oise) ; employé du PLM aux Services techniques à Chambéry (Savoie), à Dijon (Côte-d’Or) et à Lyon (Rhône), employé à la comptabilité, puis contrôleur, puis contrôleur principal technique, puis inspecteur à Paris ; militant socialiste, puis trotskyste ; résistant ; secrétaire de la Fédération CGT des cheminots (1944-1946), puis de la Fédération Force ouvrière des cheminots (1947-mars 1959) ; membre du secrétariat confédéral de la CGT-FO (1948-1958) ; cofondateur du Comité de liaison et de regroupement syndical (CLARS) à partir de 1962 ; membre du Conseil économique (Groupement des travailleurs) de 1954 à 1959, puis du Conseil économique et social (1959-1964).

Fils d’un gardien de moutons devenu huissier au Palais de justice de Paris, André Lafond fit des études secondaires puis entra à l’École des travaux publics. Ingénieur au terme de trois années d’études, il fut embauché, en 1930, par la société des chemins de fer du PLM au dépôt de Chambéry (Savoie) et occupa ensuite des postes à Dijon et à Lyon. Ayant quitté son emploi en 1933, pour accomplir son service militaire, il ne fut réembauché qu’en 1936, à Paris, après avoir exercé différents métiers.
Membre de la CGT et de la section socialiste de Chambéry, dont il assura un temps le secrétariat général adjoint, il devint rédacteur du Cheminot syndicaliste. Sympathisant avec la tendance trotskyste des bolcheviks-léninistes à l’intérieur de la SFIO, il se solidarisa avec elle lors de son exclusion en octobre 1935. Délégué du XIIe arr. de Paris au congrès fédéral de la Seine (26 et 27 octobre 1935), il présenta une motion reprenant les thèses défendues par les exclus. Élu à la commission exécutive fédérale, il était partisan, à l’époque, d’un large regroupement des révolutionnaires et participa au comité de formation des Groupes d’action révolutionnaire. Cette organisation étant animée par la tendance trotskyste regroupée derrière Pierre Frank et Raymond Molinier, il s’y intégra et participa au lancement du journal La Commune en décembre 1935.

Démissionnaire du Parti socialiste SFIO en avril 1936, il adhéra officiellement au Parti communiste internationaliste et fut l’un des rapporteurs à son premier congrès. Il fut membre du Comité central à partir de mars 1936 et jusqu’en 1938, sous le pseudonyme de Fontela. En janvier 1937, André Lafond donna son point de vue sur l’Union soviétique, lors du débat ouvert par La Commune : « En réalité, le prolétariat russe a été dépossédé du pouvoir politique par une bourgeoisie qui s’appelle bureaucratie. »
Après sa réintégration dans les chemins de fer, André Lafond reprit ses activités syndicales. Mobilisé en 1939-1940, il devint l’un des responsables de la Résistance ferroviaire du Sud-Est, membre de son comité directeur et du bureau d’action immédiate. Sous l’Occupation, il fut employé au service de la comptabilité de la Région Sud-Est. En mars 1941, il fut élu secrétaire adjoint de l’Union des syndicats du Réseau Sud-Est. Suivant Maurice Choury, il aurait été l’un de ces militants résistants qui auraient accepté, « par devoir », de s’infiltrer dans les organisations légales.

Le secrétariat général de l’Association interalliée des résistants du rail lui fut confié après la Libération. Surtout, il fut secrétaire de l’Union des cheminots du Sud-Est, puis de la Fédération nationale CGT des cheminots comme représentant de la tendance ex-confédérée, en attendant le congrès de 1945. Il siégea à la commission d’épuration. À la conférence du 8 février 1945, André Lafond fut présenté comme membre du secrétariat de la Fédération CGT des cheminots.
Privé de ses mandats dès 1946, il devint, en juillet 1947, secrétaire du Comité d’action syndicaliste des travailleurs des chemins de fer de France et de l’Union française (CAS) réunie le 27 juillet 1947 à l’appel de Marcelle Méhudin et de Fernand Laurent et qui rassembla 120 délégués à la mairie du Xe arr. à Paris ; elle constitua l’une des deux composantes de la future Fédération CGT-Force ouvrière des cheminots. Il avait alors atteint le grade de contrôleur principal technique et travailla à la subdivision régionale Matériel et Traction de la Région Sud-Est. Le 7 décembre 1947, l’association se transforma en syndicat et devint la Fédération syndicaliste des travailleurs des chemins de fer de France et de l’Union française. Il en fut le secrétaire, ainsi que de la Fédération syndicaliste confédérée après le congrès de fusion de la Mutualité les 1er-2 mars 1948. Il s’y affirma comme l’un des principaux animateurs, avec Raymond Le Bourre, du comité d’entente des organisations autonomes. C’est comme représentant des autonomes qu’il fut appelé en 1948 à faire partie du bureau confédéral de la CGT-FO où il fut plus spécialement chargé des questions économiques dans les territoires d’Outre-Mer. Il devint un spécialiste des territoires non-métropolitains et notamment de l’Afrique. À ce titre, il fut membre du conseil supérieur du travail d’Outre-Mer, membre du conseil de l’émission AOF-Togo, membre de la commission des transports intérieurs et de la commission de modernisation et d’équipement pour les départements d’outre-mer au Commissariat général au Plan. En 1954, il aurait publié aux Éditions techniques un Code du travail des TOM.

Collaborateur de Résistance ouvrière puis de Force ouvrière, il conserva ses fonctions de secrétaire confédéral jusqu’en 1958. Parallèlement, il assura le secrétariat de la Fédération CGT-FO des cheminots depuis 1948. À de nombreuses reprises, il allait représenter la Fédération lors de rencontres internationales, notamment dans les congrès de la Fédération internationale des travailleurs du transport (ITF). Une note des Renseignements généraux de janvier 1951 le présente comme le défenseur des intérêts américains dans le syndicalisme français. Ceux-ci souhaiteraient une unification syndicale avec reprise en main des syndicats français sous le signe de l’anticommunisme et contre Jouhaux*, jugé trop favorable aux communistes. L’American Federation of Labor (AFL) menacerait de supprimer ses subventions si l’organisation française se montrait trop réticente à ces projets.

En 1953, il était devenu membre du conseil général de la Confédération internationale des syndicats libres, siégeait au Conseil national du crédit, au conseil supérieur des PTT et au comité national des prix. Favorable à l’Algérie française, membre du comité directeur de l’ancienne Union pour le salut et le renouveau de l’Algérie française, il fut exclu de FO en 1959 en raison de ses prises de position. Dans un ouvrage de Serge et Merry Bromberger, Les 13 complots du 13 mai dont des extraits furent repris dans France-Soir du 24 janvier 1959, André Lafond fut mis en cause pour avoir « pris une part active à une tentative de "conspiration gaulliste" animée par le conseiller d’État Blocq-Mascart et pour le succès de laquelle il devait apporter l’appui de FO pour que, grâce aux fédérations des cheminots et des postiers, il fasse fonctionner normalement pendant l’insurrection les transports et les transmissions » (rapport des RG du 2 février 1959). Dans Combat du 3 avril 1959, il déclara renoncer à ses mandats syndicaux et rejeta les allégations dont il faisait l’objet au sujet de son attitude au moment des événements de mai 1958. À deux reprises, en juin 1958 et en janvier 1959, il fut pressenti pour un portefeuille ministériel dans le gouvernement De Gaulle.
Le conseil national de la Fédération des cheminots des 23 et 24 avril 1959 avait statué sur son cas : « Les conseillers avaient, en prologue à la critique de l’action fédérale au cours des derniers mois, à se prononcer sur le comportement d’un militant gravement mis en cause à l’occasion des événements du 13 mai 1958. Ils surent le faire sans que jamais la passion ne vienne obscurcir la recherche de la vérité et de la justice. Plutôt que d’éviter un débat pénible en décidant une censure arbitraire, ils ont tenu à entendre le plaidoyer d’André Lafond. La tribune fut largement ouverte, la sanction n’en est que plus indiscutable. Approuvant par 70 voix contre 12 et 12 abstentions les dispositions préalables prises par le Bureau fédéral, le conseil national a estimé qu’il est des attitudes incompatibles avec des responsabilités détenues dans le mouvement ouvrier. En conséquence, André Lafond a été démis de toutes ses fonctions dans notre organisation. » (Le Rail syndicaliste, 21 mai 1959). Edmond Questerbert, déjà membre du bureau fédéral au titre de la Section technique nationale Exploitation, fut confirmé dans ses fonctions en remplacement d’André Lafond.
Membre de l’ancien Conseil économique (Groupe des travailleurs) de 1954 à 1959, André Lafond fut nommé, en juin 1959, contre l’avis des représentants syndicaux métropolitains, au Conseil économique et social. Il y siégea en tant que représentant des Territoires d’Outre-Mer et des départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la Réunion, au titre des organisations syndicales de ces pays. Son mandat ne lui sera pas renouvelé en 1964, mais il sera à nouveau nommé membre du Conseil économique et social au titre des activités économiques et sociales des DOM-TOM (organisations syndicales) en 1974. À partir de novembre 1959, il fut conseiller technique de la Fédération autonome des personnels de coopération technique pour l’Outre-Mer.

Signataire d’un « Manifeste en faveur de l’Algérie française » et membre du « Colloque de Vincennes » en juin 1960, l’ancien secrétaire confédéral y affirma son seul espoir de « sauver la démocratie en Algérie comme ailleurs » et se méfier des « faux nationalismes qui conduisent à de fausses indépendances et à de vraies dictatures » dont seul le communisme pourrait bénéficier. En 1960 et 1961, il se rendit à plusieurs reprises en Algérie. En raison de ses activités en faveur du maintien de l’Algérie française, il fut exclu du Parti socialiste SFIO le 8 décembre 1960.

Quelques mois après les accords d’Évian, André Lafond fonda, le 28 novembre 1962, avec les représentants de quatre associations composées et dirigées en majorité par des personnels civils issus des syndicats de la Défense nationale rapatriés en France, le Comité de liaison d’action et de regroupement syndical (CLARS). Cette organisation se donnait comme but de « rassembler des informations syndicales et des salariés sans appartenance, en dehors des organisations traditionnelles du monde du travail ». En rejetant « la notion périmée de lutte des classes », elle « préconis[ait] la mise en place d’un système permanent d’arbitrage en vue de régler les inévitables conflits surgissant au niveau des entreprises, des professions ou des régions » et se prononçait pour la création « d’une Chambre économique et sociale de caractère délibératif » qui « permettrait aux représentants du monde du travail d’assumer des responsabilités de gestion à l’échelle des grandes branches de l’activité nationale » (citations extraites du rapport des RG du 10 janvier 1963). Il fut élu secrétaire général de cette association, qui avait aussi comme but « l’intégration complète, rapide et équitable des rapatriés d’Algérie ».

En 1970, il fut signalé comme l’un des responsables du Mouvement national pour le progrès et la liberté, fondé par Jacques Soustelle. Vers 1972, il adhéra à la Confédération générale des cadres des transports et du tourisme et était secrétaire, en 1978, de son Comité fédéral de liaison et de regroupement des cheminots. Il faisait alors partie de la section du travail et des relations professionnelles.

Il avait à nouveau adhéré au Parti socialiste SFIO dont il était resté membre jusqu’en 1966.

Après son départ des instances dirigeantes de la CGT-Force ouvrière, en 1959, Les Informations industrielles et commerciales avaient dressé de lui un portrait, accompagné d’un dessin caricaturé, qui le présente comme un homme de « taille très moyenne » qui « s’anime rapidement quand il parle » et qui « a du mal à contrôler sa fougue naturelle ». Celui qui affirme que son « seul sport c’est le syndicalisme » collectionne pourtant les timbres, « le seul héritage, affirme-t-il, que je laisserai à mes enfants ».

Marié en septembre 1936 à Paris (XIIe arr.) avec Marie Caillet, sage-femme, il était père de deux fils, dont l’un travaillait aux Pétroles d’Aquitaine en 1959.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5426, notice LAFOND André, Henri, Frédéric, dit FONTELA par Marie-Louise Goergen, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 2 mai 2013.

Par Marie-Louise Goergen

SOURCES : Arch. PPo., notes des 5 mars 1937, 25 janvier 1941, septembre 1944, 19 octobre 1947, 17 avril 1948, 26 mars 1949, 8 janvier 1951, 14 octobre 1957, 2 février, 3, 8 et 24 avril, 25 juin, 15 octobre 1959, 18 janvier, juin 1960, 10 janvier, 9 mai, 22 novembre 1963, 21 novembre 1970, 3 juin 1971, 10 octobre 1974. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Arch. Fédération CGT-FO des cheminots. — Le Rail syndicaliste, 1947-1961. — La Commune, 1936-1937. — Bilans hebdomadaires, n° 362, 8 mai 1953. — Maurice Choury, Les Cheminots dans la Bataille du Rail, Paris, Librairie académique Perrin, 1970, p. 105. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1974. — Georges Ribeill, « Autour des grèves de 1947, les scissions de l’après-guerre au sein de la Fédération CGT (CAS, FO, FAC, FgMC) », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 3, Mouvement social et syndicalisme cheminot, automne 1990, p. 95-113. — DBMOF, tome 33, p. 98-99. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Pierre Vincent. —État civil.

ICONOGRAPHIE : Photo dans Le Rail syndicaliste, 8 octobre 1947.

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