KLEMCZYNSKI Ernest, Alfred dit KLEM

Par Justinien Raymond

Né le 24 octobre 1876 à Creil (Oise), mort le 8 janvier 1930 à Saint-Claude (Jura) ; dessinateur aux Chemins de fer du Nord ; militant syndicaliste et socialiste dans plusieurs départements.

Ernest Klemczynski
Ernest Klemczynski
Les Fédérations socialistes, t. III, op. cit., p. 257.

Fils d’un père polonais qui, naturalisé en 1896, fut chef de gare à Saint-Omer-en-Chaussée (Oise), et d’une mère française, Ernest Klemczynski fut employé comme dessinateur et inspecteur à la Compagnie des chemins de fer du Nord et participa, à Beauvais, à la création en 1895 des premiers embryons du syndicat national des cheminots. En 1898, il fut révoqué et cette brimade fut le point de départ d’une vie de propagandiste, de militant syndicaliste et socialiste permanent attaché successivement à telle organisation ou à tel département. En 1899, il créa la Bourse du Travail de Creil.

De 1901 à 1908, il fut secrétaire général de l’Union départementale des syndicats de l’Oise créée le 6 décembre 1900, en grande partie à son instigation, et il fonda La Vie ouvrière, organe mensuel lancé le 1er octobre 1907. En 1902, il paya de sa personne au cours de la grève des tisseurs d’Ourscamps (Oise). C’était le temps où, selon un rapport de police malveillant, il portait barbe entière et très longs cheveux, ce qui lui aurait valu, « même parmi les grévistes », « le sobriquet de l’homme-chien ». En lutte avec les syndicats anarchisants, il quitta l’Oise, se rendit dans le Jura où sa femme tint un petit commerce : librairie, musique, fourrure et, de 1908 à 1913, il fut secrétaire de l’Union des syndicats Ain et Franche-Comté. En 1906, il y avait déjà été appelé à la suite des grèves de Saint-Claude.

Il se donna aussi à l’action socialiste et fut un propagandiste infatigable. Il avait adhéré au socialisme en 1898 en s’affiliant aux Jeunesses socialistes et n’avait jamais cessé d’appartenir au Parti socialiste avant et après l’unité, dans l’Oise et en Franche-Comté. Le 1er mai 1904, il avait pris la tête d’une « liste ouvrière » aux élections municipales de Creil, recueillant 333 voix, et, en août 1905, il fut candidat à une élection cantonale à Beauvais.

Son éloquence, sa parole chaude et vibrante, sa connaissance des aspirations de la classe ouvrière par une longue pratique de la vie syndicale en firent un militant sérieux, un organisateur qui marqua son passage tour à tour dans l’Ain, dans le Jura, en Loir-et-Cher et en Seine-et-Oise. Il continua à pousser les militants vers les syndicats : en eux, écrivit-il, « les révoltés ont des armes plus redoutables que les bombes » (Le Travailleur de l’Oise, 11 novembre 1905) et ils s’y préparent à la gestion socialiste. « Le syndicat est créateur d’hommes, a-t-il affirmé. Il n’y a que les prolétaires formés à son école qui, si le socialisme doit se réaliser plus ou moins, puissent être capables à un moment, je ne sais quand, de renouveler le monde » (La Vie ouvrière, n° 2, novembre 1907). Il n’était pourtant pas réformiste. Il rejetait la mutualité, « la sainte mutualité [...], une des dernières cartouches de la société bourgeoise » (Le Travailleur de l’Oise, 1er juillet 1905), et, dans les partis bourgeois, il se refusait à distinguer entre droite et gauche « réaction pure et réaction déguisée » (ibid., 10 février 1906).

De 1910 à 1913, dans la Fédération jurassienne groupant Jura et Doubs, Klemczynski milita comme propagandiste et comme rédacteur attitré de son hebdomadaire La Franche-Comté socialiste. En 1913, l’Union des syndicats ouvriers Ain-Franche-Comté se scinda en trois Unions départementales. Les socialistes du Jura s’organisèrent aussi en Fédération autonome le 26 octobre 1913. Klemczynski en fut le premier secrétaire général, la représenta au congrès national d’Amiens (1914) et assura l’administration de son organe Le Jura lancé le 29 novembre 1913. Mais bientôt appelé par la Fédération de Loir-et-Cher désemparée par le départ de Jean Lorris, il dirigea Le Progrès de Loir-et-Cher et mena une très active propagande dans tout le département. Candidat aux élections législatives dans la circonscription de Romorantin en 1914, il recueillit 3 320 voix, soit 16 % des électeurs inscrits. La position très modérée du député Pichery permit à Klemczynski de faire le plein des voix de gauche. Il fut particulièrement bien accueilli dans les bourgs et les petites villes, alors que Pichery conservait sa clientèle rurale dans la Sologne intérieure.

Depuis 1904, Klemczynski avait participé à tous les congrès nationaux corporatifs : au XIVe, 8e de la CGT, tenu à Bourges en septembre 1904 ; au XVe, Amiens, octobre 1906 ; au XVIe, Marseille, octobre 1908 ; au XVIIe, Toulouse, octobre 1910 ; au XVIIIe, Le Havre, septembre 1912. Il intervint à ce dernier congrès sur les rapports parti-syndicats en tant que membre du Parti socialiste SFIO et syndicaliste militant. « Ce qui m’importe, déclara-t-il, c’est beaucoup moins de défendre le Parti socialiste que de défendre la CGT. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de venir défendre le syndicalisme révolutionnaire, qui a fait notre espérance, à nous, que nous avons considéré comme de pure essence marxiste, comme une régénérescence, une renaissance du socialisme, comme un renouvellement du socialisme » (cf. compte rendu, p. 113).

Durant la guerre, il fut mobilisé et envoyé au front puis libéré en 1916 comme père de cinq enfants. Albert Thomas, sous-secrétaire d’État, le prit dans son cabinet ; en 1918, en sursis d’appel, il dirigeait une usine à Poissy (Seine-et-Oise) où il se fixa.

C’est en Seine-et-Oise que Klemczynski donna toute sa mesure. Porté au secrétariat de la Fédération à la fin de la guerre, il en maintint les cadres et, dès 1918, sous sa direction, elle prit un grand élan. Aux élections du 16 novembre 1919, neuvième sur la liste des douze candidats socialistes, il recueillit 37 275 voix sur 235 755 inscrits, la moyenne des voix socialistes s’établissant à 37 422 et la liste du Bloc national enlevant tous les sièges. Il abandonna le secrétariat fédéral au congrès du 18 décembre 1920, ses propositions d’unité ayant été repoussées. Klemczynski représenta sa Fédération au congrès national de Strasbourg (février 1920) et fut membre suppléant de la CAP puis au congrès de Tours (décembre 1920) pour la motion Longuet. Le dimanche 26 décembre au matin, il y exposa son point de vue qui était celui de la minorité reconstructrice non résolument décidée à adhérer à la IIIe Internationale. Il invita les militants à ne pas faire entre eux, à l’intérieur du parti, assaut de verbalisme révolutionnaire. Finalement, il resta avec la minorité dans le Parti socialiste SFIO, garda jusqu’en octobre 1922 le secrétariat de la Fédération de Seine-et-Oise et fut élu à la CAP nationale en 1920, 1921 et 1922. Il se fixa à Saint-Claude (Jura) en 1926.

Sans quitter le Parti socialiste, il se consacra essentiellement dans les années suivantes à la propagande pour la Ligue des droits de l’homme et du citoyen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5325, notice KLEMCZYNSKI Ernest, Alfred dit KLEM par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 22 juin 2010.

Par Justinien Raymond

Ernest Klemczynski
Ernest Klemczynski
Les Fédérations socialistes, t. III, op. cit., p. 257.

ŒUVRE : Outre aux journaux syndicaux et socialistes cités dans la biographie, Klemczynski a collaboré au Mouvement socialiste, à l’Humanité, à La Bataille, au Peuple et au Populaire.

SOURCES : Arch. Nat., F7/12990, F7/13088, rapport du 15 décembre 1927. — F7/13598 et F7/13604, rapport du 22 mars 1918 et F7/13961. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 16 M 46, 4 M 59, II M 16 4. — État civil de Creil. — Le Peuple, 10 janvier 1930. — Le Populaire, 10 janvier 1930. — L’Humanité, 25 décembre 1920. — Les journaux cités dans la biographie. — Comptes rendus des congrès syndicaux. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, t. II op. cit., p. 285-288, 353 et Les Fédérations socialistes, t. III op. cit., p. 257-258, 272. — XVIIIe congrès national du Parti socialiste, Tours, 25-30 décembre 1920. Compte rendu, p. 106-110. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 456. — Georges Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique de Loir-et-Cher 1848-1914, Thèse, Paris-La Haye 1962, 631 p. (pp. 605 et 606). — Le Congrès de Tours, Édition critique, op. cit. — Renseignements communiqués à Jacques Girault par Michel Klemczynski, fils d’Ernest Klemczynski.

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