KLAIBER Frédéric, Philippe, Emile, Florent

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 5 janvier 1920 à Schiltigheim (Bas-Rhin), mort le 19 novembre 2009 à Schiengsteim (Bas-Rhin) ; mécanographe ; trésorier de l’Union des syndicats de cheminots CGT d’Alsace et de Lorraine (1952-1978) ; membre de l’Union progressiste.

Le père de Frédéric Klaiber, du même prénom, né le 11 mai 1892 à Schiltigheim (Basse-Alsace) et mort en mai 1968 dans cette ville, était serrurier, spécialiste en chauffage des wagons, aux ateliers de chemin de fer de Bischheim. Syndiqué à la CGTU, il n’était pas francophone. Catholique de naissance, il était devenu libre-penseur et anticlérical. C’était un invalide de guerre. Sa mère, Jeanne Diethelm, née le 21 mai 1894 à Colmar (Haute-Alsace), morte en 1967 à Schiltigheim (Bas-Rhin), était francophone car elle avait fait des études dans une Realschule allemande, et apprit le français comme langue étrangère. Elle était coupeuse dans un atelier de confection, chez Genzburger, à Schiltigheim. Elle était catholique très pratiquante. Le couple eut un fils unique.
Frédéric Klaiber vécut toute sa vie dans les quartiers de cheminots de la banlieue rouge de Strasbourg. Il fit ses études à l’école primaire Exen de Schiltigheim et entra d’abord au lycée Kléber pour entreprendre des études secondaires, mais on l’orienta rapidement sur une formation pratique, plus adaptée aux moyens financiers et au statut social de sa famille. Il passa donc au collège de l’Ill. Il acheva ses études de comptabilité en 1936, puis fut au chômage de 1936 à 1939.
Au moment de la déclaration de guerre, la famille fut évacuée à Tours, où étaient repliés une partie des ateliers de Bischheim. Il fut porteur à la gare de Tours avant d’être mobilisé dans l’armée française au 6e BCA de Grenoble. Le 28 juin 1940, son bataillon reçut l’ordre de se rendre, à Saint-Savinien (Charente-Inférieure, Charente-Maritime). Il y fut fait prisonnier de la Division SS Totenkopf. Il s’évada le soir du 14 juillet grâce à la complaisance d’un chauffeur de taxi qui le déposa à La Rochelle, où un centre de secours lui fournit des habits civils. Il regagna Tours. Le rapatriement de la famille en Alsace annexée eut lieu en septembre 1940.
Un certificat médical ainsi que la complicité passive d’une infirmière allemande lui permirent de ne jamais être convoqué au service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst) ni d’être mobilisé dans l’armée allemande. Il ne fut jamais non plus dénoncé par ses supérieurs allemands des ateliers de Bischheim où il avait trouvé une place au bureau des achats.
Il passa le concours d’entrée à la SNCF en 1945 et fut nommé au bureau de solde qui traitait les cas des 119 agents alsaciens-lorrains mutés en Allemagne pendant la guerre. Il passa à la division du budget, en tant que mécanographe, au moment de la restructuration de la SNCF, en 1972, jusqu’à sa retraite, en 1978.
Il avait adhéré à la CGT dès 1945. Il fut élu au secrétariat de l’Union des syndicats de cheminots d’Alsace-Lorraine, avec Albert Erb et Georges Mattern en 1949. Il y assuma la fonction de trésorier de 1952 à 1978. Il fut aussi secrétaire départemental du Bas-Rhin. Il fut parfois tenté par l’expérience politique et adhéra à l’Union progressiste dans les années 1950-1955. Il fut secrétaire de la fédération du Bas-Rhin et membre du bureau national. Puis il rejoignit le Parti socialiste unifié (PSU).
En 1953, au moment des grandes grèves contre le projet Laniel, il fut envoyé en Lorraine où la CGT menaçait d’éteindre les hauts-fourneaux des aciéries pour faire pression sur le gouvernement. La guerre d’Algérie fut une autre période de mobilisation intense. Les cheminots convoyaient des blessés du FLN vers la RDA. En mai 1968, c’est lui qui fit, avec l’aide de quelques maoïstes et de la CFDT, fermer la gare de Strasbourg le lundi de Pentecôte. Au bout du compte, le mouvement, trahi à ses yeux par le PCF et Mitterrand, qui n’eurent pas le courage de prendre le pouvoir, lui sembla sans perspective.
Ses réflexions sur son passé de militant tournaient autour des questions de l’unité syndicale organique, qu’il aurait souhaitée, et de l’alsacianité, qui était la base de sa culture et de celle de nombreux de ses camarades. Il fut membre du Cercle René Schickelé, qui défend la cause du bilinguisme en Alsace.
Marié le 7 décembre 1946 à Élise Œhler, née le 20 février 1921 à Schiltigheim (Bas-Rhin), comptable, il est père de deux enfants (un fils, une fille).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5313, notice KLAIBER Frédéric, Philippe, Emile, Florent par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 novembre 2015.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — Le Cheminot, juin 1949 et juin 1952. — Notes de Jean-Pierre Bonnet. — Liste SNCF. — Entretiens avec Frédéric Klaiber, 8 janvier et 20 avril 2002.— Etat civil.

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