JARRIGION Jean, Pierre, Marie, Joseph

Par Jean-Luc Pinol

Né le 20 novembre 1879 à Blavignac (Lozère), mort le 25 décembre 1968 à Prunières (Lozère) ; chef de train ; secrétaire général de l’Union des syndicats des travailleurs des chemins de fer du Midi ; secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer de France (1926-1940) ; membre du Conseil national économique (1935-1940) ; membre du Comité consultatif des chemins de fer.

Jean Jarrigion
Jean Jarrigion

Employé à la Compagnie des chemins de fer du Midi, Jean Jarrigion — parfois orthographié par erreur Jarrigeon — était chef de train à la gare de Bordeaux (Gironde). Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, il fut secrétaire de l’Union des syndicats de travailleurs des chemins de fer du réseau Midi. En mai 1919, il fut élu, avec Toulouse, représentant du réseau Midi à la commission exécutive de la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer. Favorable à la majorité confédérale, proche de Marcel Bidegaray, il participa aux grèves de l’année 1920. Un rapport de police du 3 mars 1920 estimait : « C’est lui le principal dirigeant de la grève qui se déroule actuellement. » Mais en avril 1920, les minoritaires s’emparèrent de la direction de la Fédération et, pour Jarrigion, leur action pendant la grève de mai 1920 fut criminelle. Au congrès CGT d’Orléans, en septembre 1920, il déclara, désespéré : « Le résultat des fautes ne se mesure pas à l’intention qu’on a de les commettre, le résultat se mesure aux faits que l’on constate... Cela a été une perte de salaire, la misère pour les familles pendant des mois, cela a été l’emprisonnement, les révocations, les licenciements, les sanctions... Le résultat de votre faute, cela a été la perte même de la raison pour certains syndiqués qui traînent à l’heure actuelle une existence misérable dans les asiles... Le résultat de vos fautes, cela a été les cadavres que l’on a retirés de la Garonne, ces temps derniers. » On mesure là le fossé creusé entre les deux tendances, et Jarrigion était plutôt modéré parmi les majoritaires.

Révoqué après l’échec de la grève de mai 1920, Jarrigion fut démis du Comité consultatif des chemins de fer, tirant désormais ses ressources de ses fonctions syndicales.

En fait Jarrigion était en disponibilité depuis avril 1920. En tant que secrétaire de l’Union Midi, ses appointements annuels étaient alors de 12 000 F. Réélu en août 1920 au congrès de Toulouse, secrétaire de l’Union Midi, il le fut à nouveau en juin 1922. Il était membre du bureau de l’Union départementale des syndicats de la Gironde. L’Union Midi dépendait du bureau Montagne, la Fédération qui s’était créée en opposition à Pierre Semard. Outre Jarrigion, le bureau comprenait un Toulousain, Valentin Peyrat, secrétaire adjoint, et quatre Bordelais, Laborde, Nicoleau, Castay et Raymond Sarget. Bien que réélu en février 1924, Jarrigion démissionna pour s’occuper de la Fédération. Il fut remplacé à l’Union par Valentin Peyrat.

Déjà membre de la commission exécutive fédérale, il fut élu secrétaire adjoint de la Fédération en octobre 1923 et réélu en mars 1924. En cette même année il créa le syndicat national CGT du personnel des Wagons-Lits. En janvier 1926, le conseil national le nomma secrétaire provisoire de la Fédération en remplacement de Paul Le Guen. En mars 1926 au congrès fédéral, il devint secrétaire titulaire. Un rapport de police du 26 janvier 1926 décrivait ainsi le nouveau secrétaire : « Un militant très actif et un excellent propagandiste. On assure que c’est à son activité personnelle que le réseau du Midi doit de n’avoir pas connu beaucoup de minoritaires et de n’avoir guère été atteint par la scission. » En 1926, la Fédération nationale (CGT) regroupait 75 000 membres environ. Son bureau, outre Jarrigion, comprenait trois secrétaires adjoints, Georges Badinot, Marcel Bidegaray et Léon Coudun, un trésorier, Georges Quertelet, un trésorier adjoint, Fortuné De Payan et un archiviste, Roger Liaud. Le bureau fut constamment reconduit jusqu’en 1934. Seuls Marcel Bidegaray et Fortuné De Payan furent remplacés par Henri De Kerdelleau et Paul Le Guen. Jean Jarrigion resta secrétaire général aux côtés de Pierre Semard dans la Fédération unifiée.

Par ailleurs Jean Jarrigion fut conseiller du Cartel confédéré des services publics et administratifs à partir de juin 1927, membre du comité confédéral de la CGT à compter de septembre 1929. Il participa aux travaux du Bureau international du travail (BIT) et fut administrateur de la SNCF. Il fut d’ailleurs révoqué de ce poste en 1938. En effet, en réaction décrets-lois de Daladier, il appela à la grève pour le 30 novembre avec Pierre Semard. Le ministre de Monzie invita Guinand, président de la SNCF, à déposer une plainte. Le 26, une instruction contre X fut ouverte. Monzie retarda la convocation des inculpés éventuels, Jarrigion et Semard. Le 10 décembre 1938, il intervint « pour pouvoir tempérer les sanctions disciplinaires [...] suite à la grève du 30 novembre, je révoque d’abord les signataires du tract qui appelait au désordre. J’établis ce décret sans joie, car des deux révoqués, l’un n’est pas sans talent et l’autre sans bonté ».

Le contexte du Pacte germano-soviétique et le discrédit dont furent frappés les militants communistes et ex-unitaires, conduisirent à l’exclusion de leurs dirigeants du bureau fédéral le 25 septembre 1939. Contestant cette décision, Pierre Semard demanda à Raymond Tournemaine, trésorier de la Fédération, de bloquer en banque les fonds résultant des cotisations des adhérents. Jean Jarrigion porta plainte contre lui, ce qui entraîna l’arrestation de Pierre Semard et son inculpation pour détournement de fonds et de contravention au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste. Jean Jarrigion resta secrétaire général de la Fédération légale jusqu’à son départ en retraite (fin 1940).

Retiré à Prunières (Lozère), il fut en contact avec les militants de la Fédération CGT-FO des travaux publics et des transports. Il fit partie de la commission exécutive de la Fédération internationale des transports (ITF), qui lui attribua sa médaille d’or en août 1958.

Jean Jarrigion fut également maire du Prunières de 1944 au 10 mai 1953.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article5146, notice JARRIGION Jean, Pierre, Marie, Joseph par Jean-Luc Pinol, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 24 janvier 2019.

Par Jean-Luc Pinol

Jean Jarrigion
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ŒUVRE : Jean Jarrigion collabora régulièrement au journal Le Peuple.

SOURCES : Arch. Nat., F7/12987, 12988, 13669, 13670, 13768 et 13679. — Arch. Dép. Gironde, M 1197 C. — Arch. PPo. 308 et Ba 1686. — Arch. Fédération CGT des cheminots (procès-verbaux du bureau exécutif de la Fédération légale). — Comptes rendus des congrès de la Fédération CGT des travailleurs des chemins de fer : 1920, 1930, 1932, 1934 et 1938. —Le Rail syndicaliste, 1958. — Georges Lefranc, Le Mouvement syndical sous la Troisième République, Payot, 1967, p. 237. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, Mouton, 1964, p. 523. — Revue de la Fédération des Travaux publics et des Transports (CGT-FO), n° 55, 1969. — Anatole de Monzie, Ci-devant, p. 68. — Notes de Louis Botella. — État civil.

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