ALERINI Charles

Né le 20 mars 1842 à Bastia (Corse) ; maître répétiteur au lycée de Marseille, puis professeur (préparateur chimiste) au collège de Barcelonnette (Basses-Alpes) ; secrétaire correspondant de la section de Barcelonnette de l’Internationale fondée en 1870, par la suite membre de la section de Marseille (Bouches-du-Rhône), membre de la section exécutive de la Commission départementale insurrectionnelle des Bouches-du-Rhône (fin mars, début avril 1871).

Fils de Guilias et d’Émilie Milanta, Charles Alerini habitait 4, place Centrale à Marseille où il exerçait la profession de maître répétiteur au lycée de Marseille et par la suite professeur au collège de Barcelonnette (Alpes de Haute-Provence). Il fut suspendu, en avril 1870, de ses fonctions au collège de Barcelonnette en raison de son action militante. Alerini devint gérant du journal le Rappel de Provence. Désormais, il prit une part très active à l’action de l’Internationale à Marseille où il collabora étroitement avec Bastelica.

Le 20 mai 1870, il fut arrêté et jugé pour son adhésion à l’Internationale. Voir J.-B. Aillaud. Lors des élections du Conseil général des Bouches-du-Rhône et du Conseil d’arrondissement de Marseille de juin 1870, alors qu’il est en prison, il figurait sur la liste d’une affiche établie le 10 juin par le comité Républicain-Socialiste, appelant les électeurs à l’abstention ou à voter blanc dans la mesure où aucun des candidats ne réunissait les conditions nécessaires pour représenter la population républicaine et socialiste des Bouches-du-Rhône.

Le 8 août 1870, il participa au mouvement insurrectionnel conduit par Gaston Crémieux qui envahit l’Hôtel de ville. Incarcéré quelques jours, il fut libéré sans avoir été jugé. Les charges pesant contre lui étaient insuffisantes. Lors du mouvement insurrectionnel du 23 mars 1871, Alérini joua un rôle de premier plan. Dès le début des événements, il participa à la création de la Commission départementale dont il fut membre en qualité de délégué du comité des réunions publiques pour le compte de l’Internationale. Alérini ne ressortit de la Préfecture qu’après le 4 avril. Durant tout ce temps-là, il fut très actif. Il fit imprimer l’appel aux citoyens de Marseille pour apporter de la nourriture aux insurgés, signa des ordres de réquisitions d’armes, de voitures, etc. Il signa également le premier manifeste à l’armée daté du 27 mars lancé par Crémieux au nom de la Commission. Dans l’arrêté du 2 avril, précisant qu’entre Marseille et Paris, Marseille avait choisi Paris, Alérini figurait parmi les membres de la nouvelle Commission départementale nommée en vue de présider à l’élection prévue pour le 5 avril 1871. En sa qualité de secrétaire politique, il participa à l’arrestation de M. Guibert, procureur de la République et de son substitut M. Berr en faisant tirer à cent exemplaires l’affiche qui annonçait cette arrestation. Pour les autorités Alérini était : « un homme dangereux qui n’avait aucune loi et dont l’insurrection seule était sa maîtresse souveraine dont les principes sont ceux d’un communard de la pire espèce ». Le rapport de la notice-contumax, 18 avril 1879, s’exprime ainsi sur son rôle dans ces circonstances (cf. Arch. Nat.) :

« Alerini a été avec Crémieux et Mégy* une des fortes têtes du comité ; énergique, actif, intelligent, il a mis ses connaissances de professeur au service de l’insurrection. Le 23 mars, il dresse avec les contrôles de l’Internationale la liste des membres de la Commission départementale : il fait partie du comité directeur ; se fait remarquer par son activité, rédige ou contresigne de nombreuses pièces et semble être le bras droit de Crémieux.

« Il organise activement la résistance armée, requiert des fusils, des munitions, et prend part à tous les actes de l’insurrection.

« Mais, le 4 avril, il est encore à la Préfecture quand les autres chefs ont depuis longtemps fui le danger ; il est allé en parlementaire près du général. »

Après l’échec du mouvement, Alerini passa en Espagne (voir Maviel). Il fut condamné à mort par contumace, le 24 janvier 1872 et gracié sept ans plus tard, le 17 mai 1879. En attendant, il poursuivit son action militante. Vers décembre 1871, il fut initié au groupe secret constitué par certains membres appartenant à l’Internationale, l’Alliance de la Démocratie socialiste, créée par Bakounine au printemps 1870 (cf. J. Guillaume, L’Internationale).

Tant sur le plan espagnol que sur le plan français, Alerini fut mêlé à la vie de l’Internationale « antiautoritaire » qui combattit l’Internationale « marxiste » après le Congrès de la Haye. J. Guillaume, qui l’appréciait, parle de son « cœur chaud », de sa « droiture », de sa « vaillance simple et sans phrases » (Ibid.).

À La Haye, il fut au nombre des délégués de la Fédération régionale espagnole et signa la déclaration de la minorité bakouniniste. À l’issue du congrès, le 15 septembre 1872, il assista à la réunion « antiautoritaire » internationale tenue à Saint-Imier et dont il fut un des trois secrétaires. Le Conseil général « marxiste » l’exclut le 30 mai 1873 (Minutes).
Au printemps de 1873, avec Brousse et en s’adjoignant Camet venu de Zürich, il constitua un « Comité de propagande révolutionnaire socialiste de la France méridionale ». Tous les trois exposèrent leur programme dans une circulaire autographiée — « nous nous placerons sur le terrain de l’an-archie » — et envisagèrent la publication d’un journal de langue française : La Solidarité révolutionnaire, qui eut dix numéros (10 juin-1er septembre), afin de préparer en France un mouvement insurrectionnel. Mais Brousse se fixa en Suisse, Camet rentra en France et le journal cessa de paraître (J. Guillaume, L’Internationale).
Au congrès de Genève, 1-6 septembre 1873 (6e congrès de l’Internationale « antiautoritaire ») Alerini fut, avec Brousse, un des cinq délégués de la Fédération régionale espagnole ; il représenta également la section de langue française de Barcelone et, avec Pindy, Montels et Perrare, plusieurs sections françaises illégales. — Voir R. Grosdenis.

Par la suite, pendant plus de deux ans, il fut emprisonné à Cadix (Ibid.).

En avril 1877, avec Pindy, Brousse et Dumartheray, il fit partie du Comité fédéral de la Fédération française de l’AIT qui tint congrès le 19 août 1877. Voir J. Vasseur.

Charles Alerini partit pour Le Caire (Egypte). Il fut professeur à Alexandrie où sans doute membre du Cercle européen d’études sociales et où en 1881 il donna deux conférences avec le compagnon italien Ugo Parrini l’Orso qui à cette époque avait fondé une petite imprimerie clandestine (cf. La Protesta Umana,San Francisco, 21 novembre 1903).

Suite à une amnistie, Charles Alerini rentra ensuite en France où il fut nommé chef de cabinet d’un Préfet et obtint un poste en Indochine comme administrateur et président d’un tribunal (1900) et où il dénonça les abus de l’administration. Il était toujours au Tonkin, semble-t-il, en 1903 (cf. La Protesta Umana).

Charles Alerini, qui était marié à Catherine de la Rocca dont il avait cinq enfants, est vraisemblablement décédé en Indochine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article51089, notice ALERINI Charles , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 8 septembre 2018.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/866, n° 7841. — Archives Départementales des Bouches-du-Rhône, côte : 2.R-322-323, rapport du substitut Girardeau du 26 décembre 1871 et côte : 2R-519 – jugement n° 6, registre n° 11060. 1— Arch. PPo., B a/440 et E a/5 (14). — J. Guillaume, L’Internationale, Documents et souvenirs (1864-1878), Paris, 4 vol., 1905-1910, t. 2, p. 271, p. 353, t. 3, p. 90-91, t. 4, p. 63-64 et 110. — Le Conseil général de la 1re Internationale. Minutes, Éd. soviétique, 3e vol., Moscou 1964. — Notes de Roger Vignaud.

Version imprimable Signaler un complément