FAY Victor. Pseudonymes : MASSON Victor, BRU Victor [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 18 mai 1903 à Varsovie (Pologne), mort le 29 juin 1991 à Créteil (Val-de-Marne) ; délégué de l’Internationale communiste ; responsable de la formation au PCF ; rompt avec le PC en août 1936, résistant, militant socialiste.

En décembre 1918, Victor Fay, qui avait commencé des études de droit et d’histoire, adhéra aux JC qui, comme le PC de Pologne, venaient de se constituer. Entré fin 1920 au bureau du PC clandestin, il en devint un de ses responsables pour la région de Varsovie et fut plusieurs fois arrêté. Tout en travaillant comme employé dans un trust de produits chimiques, il s’inscrivit à la Faculté d’histoire de l’Université libre de Varsovie. Il collabora à la rédaction des journaux syndicaux, édités par le Parti. Le manque de formation théorique l’incita à créer, en 1923-1924 avec quelques camarades, trois séminaires en marge du Parti, en économie politique, en sociologie et en philosophie.

Influencé par le luxembourgisme, Fay eut, pendant cette période, des désaccords croissants avec son parti et le Komintern sur de nombreuses questions : la conception d’avant-garde du Parti, la distribution de la terre aux paysans et le front unique avec la social-démocratie, préconisé par l’IC depuis son IIIe congrès (1921).

En 1925, Fay gagna la France, se fixa à Toulouse et y poursuivit ses études. Il commença à militer au PC en 1926 en direction des étudiants et des ouvriers étrangers : avec d’autres camarades polonais, notamment Hilary Minc, futur président du Conseil en Pologne populaire, il fonda un Cercle d’études marxistes, tout en s’occupant des travailleurs polonais dans les centres miniers du Tarn et de l’Aveyron. Repéré par la police, il poursuivit ses activités à Montpellier en 1928. Arrivé à Paris en 1929, il fut chargé des cours d’économie politique et de dialectique matérialiste à l’École des Jeunesses de la région parisienne ainsi que de l’organisation des écoles régionales.

Début 1931, suite à l’éviction du « groupe Barbé-Celor », arriva en France une « Délégation du Komintern », composée d’Eugen Fried*, des polonais Adam Landy (Witkowski*), instructeur du CE de l’IC, Léon Purman* représentant de l’Internationale syndicale rouge, accompagnés de plusieurs instructeurs : Georges Kagan*, Anna Pauker, dite Sofia Marine ou Maria Grigorias et Ernö Gerö*, dit Guereux, ou Pedro, de son vrai nom Singer pour le travail d’organisation. Yablonski chargé de la formation, et une soviétique, Goloubieva, dite Suzanne, chargée du travail anti-colonial complétaient cette « Délégation ». Fay devint responsable du travail de formation à l’agit-prop. centrale d’où devaient sortir de nombreux responsables communistes. Il créa deux écoles nationales du Parti, une école centrale des Jeunesses, une pour la CGTU, un réseau d’écoles de rayon, une école pour les militants de l’Étoile nord-africaine, une école de « rab-cors » (correspondants ouvriers). Une école par correspondance fut créée en 1931 et en 1932, Fay contribua à la formation de l’Université ouvrière.

Grâce à son ami Jean Fréville, collaborateur d’Anatole de Monzie, il put se faire naturaliser et épousa aussitôt sa compagne qui obtint ainsi la nationalité française. Également permanente, elle assura clandestinement sous le nom de Jeanne Rougé le secrétariat de rédaction des Cahiers du bolchevisme. Inquiété après le 6 février 1934, Fay put, à nouveau grâce à De Monzie, obtenir un non-lieu sous le Front populaire Victor Fay publia de nombreux articles dans l’Humanité, les Cahiers du bolchevisme, Regards, Nouveaux regards, etc. et remplaça Alfred Kurella*, responsable auprès des intellectuels, rappelé à Moscou en 1935.

Ses désaccords s’aggravèrent alors. Depuis l’avènement de Hitler, il était en liaison avec un groupe de militants (G. Kagan*, A. Ferrat*, K. Landau, ancien responsable du KPÖ (Parti communiste d’Autriche), L. Valiani, rédacteur en chef de L’Unità , L. Purman* qui jugeaient désastreuse la politique « classe contre classe ». À partir de décembre 1934, ce groupe publia une revue critique envers l’IC, Que faire ? qui parut jusqu’en 1939. Début 1935, Fay, rappelé à Moscou et touché par le suicide de L. Purman*, se demanda s’il ne devrait pas rompre. Il fut renvoyé des Éditions en 1936 pour avoir mentionné dans une note aux Œuvres complètes de Lénine*, l’opinion élogieuse exprimée par ce dernier sur le livre de Karl Kautsky, Le chemin du pouvoir. Il s’agissait d’un prétexte : il était alors soupçonné, à juste titre, d’être en désaccord avec le Parti et l’IC. Bouleversé par le premier Procès de Moscou, il rompit en août 1936 après avoir tenté, mais en vain, de rencontrer E. Fried*. Sa femme fut exclue quelques semaines plus tard.

Il trouva du travail comme correcteur d’imprimerie. Mobilisé début 1940, démobilisé en juillet 1940, Fay se joignit à la Résistance à Toulouse, Marseille et en Haute-Loire. Puis il se rendit à Lyon où, à l’appel d’A. Ferrat*, il devint rédacteur de Lyon libre, organe du Mouvement de libération nationale. En 1950, il entra à la RTF et y travailla jusqu’en 1967. Il milita à la SFIO puis participa à la création du Parti socialiste unifié et rejoignit le Parti socialiste en 1981. Il collabora au Monde diplomatique, à L’homme et la société, La Quinzaine littéraire et participa à de nombreux ouvrages consacrés au mouvement ouvrier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50955, notice FAY Victor. Pseudonymes : MASSON Victor, BRU Victor [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : V. Fay, La Flamme et la cendre, histoire d’une vie militante, Presses universitaires de Vincennes, 1989.

SOURCES : RGASPI, 5086 4193. — Document autobiographique établi par V. Fay, DBMOF, t. 27. — IMTh., bobines 393 et 394, cité par D. Tartakowsky, Les premiers communistes français. Formation des cadres et bolchevisation, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1980. — Serge Pey, Structures internes et rythmes de développement de la section d’agitation et de propagande du PCF entre les deux guerres, thèse de IIIe cycle, 3 tomes. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op.cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément