EBERLEIN Hugo. Pseudonymes : ALBERT Max, SCHÜTTE Ernst, LICHTENSTEIN Hugo, DUNKEL Hugo, NIELSEN Daniel.

Par Michel Dreyfus

Né le 4 mai 1887 à Saalfeld (Allemagne), mort le 12 janvier 1944 en URSS ; délégué au Ier congrès de l’Internationale communiste, membre du KPD et suppléant au Politburo ; membre de l’appareil de l’IC
Fils d’un serrurier, Hugo Eberlein se fit dessinateur industriel ; syndiqué en 1905, il entra au SPD l’année suivante et fut très vite un proche de Rosa Luxemburg. Opposé à la guerre dès 1914, il appartint au groupe Spartakus puis, à partir de 1917, fut membre de l’USPD.

En décembre 1918 il participa au congrès de fondation du KPD. Avec Eugen Lévine, il fut désigné pour représenter ce parti lors du congrès de fondation de la IIIe Internationale mais Lévine ayant été arrêté en route, Hugo Eberlein fut seul à assister au congrès, sous le nom de Max Albert. Avec les deux suisses, Fritz Platten* et Léa Katscher, le norvégien Stange, le suédois Grimlund et le français Henri Guilbeaux*, Hugo Eberlein fut donc un des six militants qui venaient de l’étranger ; lui seul représentait une organisation ayant une réelle influence. Le KPD lui avait donné comme mission de voter contre la fondation de l’IC, non pas parce que les communistes allemands avaient une position de principe hostile à la IIIe Internationale mais parce qu’ils se méfiaient des créations « d’en haut » de nouvelles organisations dans des conférences confidentielles : il fallait d’abord avoir un programme et le faire adopter aux ouvriers du monde afin que ces derniers construisent eux-mêmes la IIIe Internationale. Toutefois, ce point de vue fut totalement minoritaire lors de la conférence et Hugo Eberlein, s’abstint lors du vote.

Devenu député au Landtag de Prusse, Hugo Eberlein se classa politiquement « au centre » en 1924 puis vers 1928 parmi les « conciliateurs ». Durant ces années, il semble avoir été un des hommes de confiance de l’IC dans le KPD.

Durant l’été 1928, Hugo Eberlein fut, avec le trésorier du KPD, Arthur Golke, chargé par la direction du KPD d’enquêter sur l’affaire Wittorf, du nom d’un membre de ce parti qui s’était livré à des malversations financières. Les deux hommes n’eurent aucune difficulté à établir la réalité du détournement de fonds et la responsabilité de Wittorff ; ils découvrirent également les liens existant entre Wittorff et le secrétaire du KPD, Ernst Thälmann. Le 27 septembre Die Rote Fahne publia une résolution du comité central condamnant Ernst Thälmann et le déchargeant de ses fonctions. Mais Staline* n’entendait pas laisser à la direction d’une section du Komintern le droit de démettre son secrétaire général. Convoqué sur le champ à Moscou avec les autres dirigeants du KPD qui avaient condamné Thälmann, Hugo Eberlein dut faire allégeance à Staline : le 6 décembre 1928, Die Rote Fahne publiait une déclaration de 25 membres du comité central qui déclaraient revenir sur leur vote du 26 septembre et « réparer cette faute ». Hugo Eberlein fut alors écarté de la direction du KPD : selon certains témoignages, il aurait été alors profondément démoralisé et semble s’être adonné à l’alcool.

À partir de cette date, il travailla exclusivement au sein de l’IC : il fut chargé, auprès de Piatnitsky* en tant que membre de la Commission de contrôle internationale, de gérer les entreprises de presse, maisons d’édition et tout ce qui concernait les entreprises de propagande des partis allemand, belge, français et suisse : il fut alors le principal gestionnaire financier de l’appareil de presse du Komintern en Europe. Installé à Strasbourg à partir de 1933, il supervisa l’évacuation ou la vente des groupes d’imprimerie et maisons d’édition du KPD en Allemagne et fit aussi de nombreux voyages clandestins à Bâle et à Zurich en Suisse, où il était pourtant interdit de séjour depuis 1921. Il s’y occupa des affaires de presse de l’IC, à travers des firmes telles que Diligentia et Imprimob ; avec des collaborateurs tels que Willy Langrock et Martha Scholz, il appartint alors à la commission de contrôle du Parti communiste suisse.

À la suite du VIIe congrès de l’IC, Hugo Eberlein fut élu à sa Commission internationale de contrôle.

Arrêté le 17 septembre 1935 lors d’une perquisition de la police française dans les locaux de l’Humanité à Strasbourg, il était alors porteur d’un passeport danois au nom de Daniel Nielsen ; il fut détenu sous l’inculpation de faux papiers puis expulsé le 25 juillet 1936 au Luxembourg.
De là, il gagna l’Union soviétique où il fut arrêté, soit dès sa descente du train à Moscou, soit, selon d’autres sources, en juillet 1937 par le NKVD, sous l’accusation d’être en contact avec des espions allemand et français. Le 3 juillet 1938, Hugo Eberlein fut exclu du Comité exécutif de l’IC par son Présidium — on ne sait à quelle date, il était entré dans cette instance. Pierre Broué évoque dans son Histoire de l’Internationale (p. 730) un interrogatoire sévère qu’il subit en août 1939.

En 1940, il aurait couru le risque de se voir livré par les autorités soviétiques à la Gestapo. Il fut condamné à mort le 30 juillet 1941 et aurait été exécuté la même année dans le port d’Arkhangelsk durant son transfert au Goulag ; plus vraisemblablement selon d’autres sources, trop épuisé pour supporter un transport, il aurait été abattu trois ans plus tard par les gardes du camp où il se trouvait.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50953, notice EBERLEIN Hugo. Pseudonymes : ALBERT Max, SCHÜTTE Ernst, LICHTENSTEIN Hugo, DUNKEL Hugo, NIELSEN Daniel. par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 26 juillet 2009.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : Les congrès de l’Internationale communiste. Le Premier congrès, 2-6 mars 1919, textes intégraux publiés sous la direction de P. Broué, Paris, Études et documentation internationales (EDI), 1974, 308 p. — P. Broué, « Hugo Eberlein », Allemagne. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international, sous la direction de J. Droz, Paris, Ed. Ouvrières, 1990, p. 162. — B. Studer, Un parti sous influence…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — Notes de M. Pantéleiev. — Arkadi Vaksberg, Hôtel Lux. Les partis frères au service de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1993, p. 29.

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