DUMONT Jules, Joseph [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 1er janvier 1888 à Roubaix (Nord), fusillé par les Allemands le 15 juin 1943 à Suresnes ; militant communiste du Maroc ; colonel des Brigades Internationales ; directeur-gérant de Ce soir légal, n° 1, 8 juillet 1940 dont la sortie ne fut pas autorisée par la censure allemande ; résistant.

Fils d’un cordonnier ou, selon l’acte de naissance, d’un tisserand, Jules Dumont fit son service militaire au Maroc où il fut nommé sous-officier et participa aux opérations de pacification. Pendant la Première Guerre mondiale, il se battit pendant cinquante-deux mois sur tous les fronts et fut capitaine, décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur. Blessé à plusieurs reprises, il décida de rester dans l’armée. On lui confia le commandement de la place de Dunkerque puis un commandement de district au Maroc. Dumont quitta l’armée en 1920.

Il s’établit alors à Aïn Taoudjat dans une petite ferme, fit de l’apiculture et s’y maria. La misérable condition des Marocains l’indigna et il prit leur défense, rédigeant pour eux des requêtes auprès de l’administration. Puis il se tourna vers les petits colons que la crise ruinait. Il les rassembla, fonda une coopérative d’achat de matériel agricole. La lecture de l’Humanité fit de lui un communiste. Il exposa ses vues dans deux réunions « clandestines », les 19 et 28 novembre 1934, mais celles-ci avaient été organisées par deux indicateurs de police. Aussi son domicile fut-il perquisitionné, Jules Dumont arrêté, traduit devant le tribunal militaire de Meknès, condamné le 15 janvier 1935 pour propagande communiste et aussitôt expulsé.

Pris en charge par le Secours rouge en France, il participa en mars 1935, à Paris, à des réunions du SRI et présenta à la conférence nationale des 16 et 17 mars 1935 un rapport sur la situation au Maroc. À l’automne de 1935, c’est l’Internationale communiste qui l’envoya comme conseiller militaire auprès de l’état-major du Négus en Éthiopie attaquée par Mussolini.
Dès juillet 1936, Jules Dumont se porta volontaire pour organiser l’instruction des combattants des Brigades internationales (BI). Il constitua à Madrid la centurie « Paris » qui semble avoir été le noyau des unités françaises des BI. À partir du 22 octobre 1936, il commanda, avec le grade de colonel, le bataillon « Commune de Paris » de la 1re BI. Il exerça cette fonction jusqu’au 3 janvier 1937 puis du 18 janvier au 15 février 1937. André Marty* lui confia ensuite le commandement de la 14e BI. (« La Marseillaise ») du 28 février 1937 au 23 février 1938. Il conduisit ses troupes au Jarama et à Cuesta de la Reina. Malade en décembre 1936, blessé le 4 janvier 1937, il bénéficia d’une permission en novembre-décembre 1937 et fut remplacé par Boris Guimpel. Dumont, qui habitait semble-t-il à Montreuil-sous-Bois, vint saluer la conférence régionale communiste Paris-Est en décembre. Il aurait quitté définitivement l’Espagne au milieu du mois de janvier 1938.

Lieutenant-colonel de réserve, Jules Dumont participa aux opérations militaires du début de la Seconde Guerre mondiale et fut démobilisé après l’Armistice. Il se mit aussitôt au service du Parti communiste clandestin. Pressenti comme directeur-gérant de Ce Soir, « grand quotidien indépendant d’informations », il se rendit le 6 juillet 1940 à l’ambassade d’Allemagne accompagné de Maître Foissin*. Reçu par Otto Abetz, il lui remit la morasse du numéro 1, daté du lundi 8 juillet 1940 (conservé aux Arch. Nat. AJ 40883). L’éditorial annonçait qu’après dix mois d’interdiction, Ce Soir avait obtenu l’autorisation de reparaître : « Ce Soir, journal indépendant, qui mena de courageuses campagnes pour défendre le peuple de France, fut interdit, en même temps que l’Humanité, pour avoir approuvé le Pacte germano-soviétique et servi par cela même la cause de la paix. » En bas de page une manchette annonçait : « Amis de Ce Soir souscrivez !... Envoyez les fonds à Jules Dumont, 123, rue Montmartre, Paris. » Dans une note du 7 juillet, Abetz se prononçait pour l’autorisation de Ce Soir : « Les journalistes désignés par le mouvement communiste pour la direction de la rédaction se sont déclarés prêts à soumettre chaque projet d’article avant impression et à s’aligner au plus près pour le traitement des questions politiques les plus importantes sur le journal la France au Travail que nous rédigeons nous-mêmes » (CDJC, LXXIX a I, document trouvé par Denis Peschanski et cité dans L’Histoire, n° 60, octobre 1983). On ignore si le cas Ce Soir fut évoqué le 13 juillet lors de la rencontre entre Me Foissin*, Catelas, Tréand* et Otto Abetz. Ce dernier partit en Allemagne pour répondre à une convocation d’Hitler. De retour en France, il reçut Maître Foissin*, le 22 août pour lui annoncer qu’Hitler et Ribbentrop jugeaient impossible la reparution de Ce Soir trop marqué par la guerre d’Espagne.

Jules Dumont fut à l’automne 1941 un des fondateurs de l’OS (Organisation secrète) et un des commissaires politiques du premier Comité militaire national des Francs tireurs partisans. Arrêté à la fin de l’année 1942, torturé, incarcéré à Fresnes, il fut fusillé le 15 juin 1943 au mont Valérien.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50949, notice DUMONT Jules, Joseph [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. A. Marty (CHS), E VIII, S I et S II. — Arch. Tasca, Fondation Feltrinelli, communiqué par Denis Peschanski. — Arch. CDJC, LXXIX a I, communiqué par Denis Peschanski. — Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas, Grasset, 1998. — Notice par Alb. Ayache (pour le Maroc), J. Maitron et Cl. Pennetier in DBMOF.

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