DUDILIEUX Édouard, Léon, François [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 13 octobre 1881 à Paris, mort à une date inconnue ; ouvrier imprimeur ; militant syndicaliste et communiste ; membre de la commission exécutive (1922-1931) et du bureau (1923-1929) de la CGTU ; membre du comité central et du bureau politique du PCF (1926-1929).

Militant syndical avant 1914, mobilisé, Édouard Dudilieux reprit son militantisme à sa démobilisation en 1919. Le 9 décembre 1920, assisté de Monmousseau* et Vadecard, il fut élu au secrétariat de l’Union des syndicats de la Seine en tant que candidat des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) et occupa cette fonction pendant deux ans.
Fin 1922, il en démissionna, au retour d’un voyage en Russie et il fut remplacé le 28 mars 1923 par H. Raynaud. Entre-temps, il avait joué un rôle actif au sein du syndicalisme unitaire.

Il avait été élu à la commission exécutive de la CGTU au congrès de Saint-Étienne (printemps 1922) comme représentant de la Fédération des travailleurs du livre et siégea à cette instance jusqu’en 1931. En 1923, lors du 2e congrès confédéral (Bourges), il présenta le projet de résolution sur les événements d’Allemagne ; bien que n’appartenant pas au Parti communiste, il prit la tête de la motion d’orientation majoritaire dont l’adoption se traduisit par l’élimination des syndicalistes révolutionnaires. En janvier 1923, il avait été désigné comme secrétaire confédéral intérimaire pour remplir le mandat de Monmousseau, inculpé de complot contre la Sûreté de l’État et écroué à la Santé. Dudilieux entra statutairement au bureau et au secrétariat de la CGTU à l’occasion du congrès, et y demeura jusqu’en 1929.

Avec Berrar, Monmousseau et Semard*, il avait représenté la CGTU au IIe congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou, en novembre1922. À son retour, il avait déclaré au 3e congrès de l’Union des syndicats de la Seine (décembre 1922) que l’adhésion de la CGTU à l’ISR avait été « faite en conformité et avec le respect scrupuleux du mandat de Saint-Étienne [et en respect]… de deux points essentiels : l’autonomie nationale et l’autonomie internationale ».

Selon la police, il sollicita en octobre 1924 un passeport pour Prague, « pour affaires ». « En réalité, il se rendait à Moscou afin de rencontrer les représentants des Partis communistes étrangers dans le but de mettre au point un plan d’action pour contrarier l’application du plan Dawes » (Arch. J. Maitron). Il participa vraisemblablement au Présidium de l’IC qui, en janvier 1925, régla les modalités de l’entrée des syndicalistes au bureau politique du PC français. En mars 1925, il se rendit une seconde fois à Moscou, via Berlin en compagnie de Cachin* et de Monmousseau, afin d’assister à un Comité exécutif élargi du Komintern au cours duquel Losovsky* le soutint, lui et Monmousseau.

Le 15 avril Semard* l’accueillit solennellement au bureau politique, en compagnie de Monmousseau et Racamond*. Le 5 juillet 1925, Dudilieux, Monmousseau et Racamond* annoncèrent leur adhésion au Parti communiste dans un article publié par l’Humanité, intitulé « Pourquoi nous adhérons au PC ». Ce choix fut ratifié lors du congrès suivant du PC (Lille, juin 1926). Dudilieux fut affecté au 2e rayon de la Région parisienne. Monmousseau et Racamond* bénéficièrent de la même promotion. Au sein du bureau politique, Dudilieux et Racamond*, qui plaidèrent en faveur d’une plus grande attention aux questions syndicales et de leur spécificité, reçurent l’appui de D. Manouilski lors de sa venue à Paris en novembre 1925.

La direction du Parti jugeant excessive la présence de trois secrétaires de la CGTU au bureau politique, écarta ensuite Dudilieux. Proche alors de Monmousseau, il était vraisemblablement en disgrâce car l’année suivante il quitta le secrétariat de la CGTU. Fut-il réélu au CC lors du congrès de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929) ? La police l’affirme, mais son nom n’apparaît pas dans les listes établies par l’Institut de recherches marxistes.

Secrétaire du Comité d’action en faveur des anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, Dudilieux occupa de nombreuses responsabilités, au Secours rouge international, à l’Union des Cercles de coopérateurs, à l’Université populaire du XXe arr. Il assura la vice-présidence de la Caisse nationale syndicale de solidarité ouvrière créée en 1928 et, le 13 avril 1929 fut élu commissaire aux comptes de la Banque ouvrière et paysanne. Arrêté le 24 juillet1929 pour atteinte à la sûreté de l’État, il fut mis en liberté provisoire le 9 mai 1930 et à nouveau appréhendé le 1er août.

Sa mise à l’écart, comme celle d’autres « cadres anciens » fut entérinée lors d’une réunion de l’Internationale, à Moscou en décembre 1931. Elle était liée aux discussions en cours, relatives au sectarisme et à l’affaire Barbé*-Celor*.

À partir de cette date, le nom de Dudilieux disparut de la presse syndicale ou politique et des comptes rendus de congrès et des rapports de police. Arrêté le 16 octobre 1940, interné à Aincourt (Seine-et-Oise), il expliqua, dans une lettre au président de la commission de vérification, que « depuis plus de dix ans [il]… avait cessé toute vie militante ». Il demandait donc sa liberté. Le syndicat général du Livre (légal) intervint en sa faveur le 25 février 1941. Transféré au camp de Pithiviers (Loiret) le 24 septembre 1942, gravement malade, il fut libéré le 10 novembre 1942.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50947, notice DUDILIEUX Édouard, Léon, François [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 4 octobre 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 1 37, 495 32 86. — Notice par Y. Lequin, J. Maitron, Cl. Pennetier, DBMOF, t. 26. — S. Wolikow, Le parti français et l’Internationale communiste (1925-1935), Thèse d’État, Univ. Paris VII, 1991. — M. Cachin, Carnets t. 3..., op. cit.

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