Née le 18 octobre 1897 à Comines (Nord), morte le 30 novembre 1982 à Évenos (Var) ; ouvrière textile ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1933-1936) ; trésorière adjointe puis secrétaire de l’UD-CGT du Nord (1936-1939) ; membre de la CE de la Fédération CGT du Textile (1937) ; membre du comité central (1929-1937) et du bureau politique du PC ; un des pivots du PC clandestin en 1939-1940.

Après avoir connu une enfance difficile, Martha Desrumeaux travailla très jeune et adhéra à quinze ans aux Jeunesses socialistes. En 1917, alors qu’elle ne savait pratiquement ni lire ni écrire, elle dirigea sa première grève. Enthousiasmée par la Révolution russe, elle s’intégra à l’aile gauche du Parti SFIO et évolua progressivement vers le communisme. Elle fit ses premières armes d’organisatrice lors des grandes grèves de 1921 et travailla à l’implantation des syndicats unitaires à recrutement féminin dans la région d’Halluin-Roncq-Tourcoing.
Militant au PC depuis 1921 ou 1923, selon les sources, elle fut élue au comité régional communiste du Nord en juin 1926. Membre de la commission féminine nationale, elle fut désignée, en 1927, par l’Union des femmes contre la guerre impérialiste pour assister aux fêtes du 10e anniversaire de la Révolution d’Octobre, en compagnie de Jeannette Vermeersch avec qui elle resta longtemps liée. Licenciée à son retour, elle fit du travail illégal durant huit mois en s’occupant des membres du PC poursuivis et vivant dans la clandestinité. Inscrite au Carnet B, on lui donnait alors le surnom de « Vierge Rouge », en référence à Louise Michel. En septembre-octobre 1928, alors qu’elle travaillait chez Tiberghien à Tourcoing, elle organisa et dirigea avec succès la grève des « dix sous » contre la baisse des salaires décrétée par le patronat du Textile.
En 1929, M. Desrumeaux entra à la commission exécutive (CE) de l’Union régionale unitaire (URU) puis fut élue au comité central et à la commission féminine du PC, en avril 1929. Le 1er août, elle fut arrêtée pour complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État, puis remise en liberté provisoire. À la suite de son action lors des grèves d’Halluin, elle fut inculpée de complot contre la sécurité intérieure de l’État en novembre 1929 et condamnée le 15 février 1930 par le tribunal correctionnel de Lille à huit jours de prison avec sursis. Le comité régional notait avant son départ pour l’ELI : « Excellente militante. Dévouée active, excellente agitatrice. Avec une éducation politique plus complète, pourrait rendre de grands services au Parti. Approuve et défend la politique du Parti. Remplit ses fonctions avec conscience et dévouement. »
Devenue secrétaire permanente de la 1re URU (Nord-Pas-de-Calais) en janvier 1931, elle fut remarquée par Fried* et partit en juillet ou au début août 1931 pour un second voyage en URSS. Elle suivit pendant seize mois les cours de l’École léniniste internationale de Moscou, participa au Secrétariat latin et, en août 1932, aux travaux du 12e plénum du CE de l’IC.
Les débuts à l’ELI furent difficiles : Des heures assise à lire et à écrire. Au début, j’en avais mail au poignet, j’en aurais pleuré. », dira-t-elle cinquante ans plus tard. Elle apprit quelques rudiments de russe, étudia Marx, Lénine et déjà Staline. Fit un stage dans l’Armée rouge dans une usine textile de la périphérie de Moscou. Au Komintern, elle retrouva Louis Manguine qui deviendra son mari.
À l’issue de son séjour, un rapport l’évaluait ainsi : « Camarade intelligente. À l’école, elle a eu quelques difficultés à étudier par suite de son manque de préparation et aussi par le fait qu’elle fut souvent occupée par le travail social, délégations etc [elle fut donc souvent utilisée comme oratrice dans les entreprises russes]. Elle n’a pas tout assimilé. Elle a fait certains progrès politiques. L’école lui a fait découvrir et lui a révélé le mouvement ouvrier, son histoire et le fond de notre doctrine et tactique de lutte. Elle est enthousiaste et d’un dévouement illimité pour le parti. Cette camarade a défendu dans toutes les discussions, avec vigilance et fermeté la ligne du parti et de l’IC. » Un autre rapport précise les responsabilités qu’on peut lui confier : « Pas bonne pour l’organisation. Bonne pour le travail de masse dans les milieux du textile du Nord. Peut faire du travail dans l’illégalité. Pas de travail spécial. Confiance absolue. »
À son retour, elle entra au bureau politique du PC, à titre de suppléante, en compagnie de Tillon*, Martel et Arrachard*. Elle fut également désignée à la commission exécutive de la CGTU en septembre 1933 et conserva cette fonction jusqu’à la réunification syndicale. M. Desrumeaux fut alors élue trésorière adjointe de l’Union départementale, G. Dumoulin étant secrétaire général, C. Bourneton*, secrétaire. Très active lors des grèves de juin 1936, elle fut la seule femme à participer aux accords Matignon ; en juin 1937, elle entra à la CE de la Fédération du textile. En 1936-1937, elle organisa le recrutement des combattants des Brigades internationales dans le Nord, particulièrement chez les mineurs polonais.
L’interdiction du PC le 26 septembre 1939 fit de M. Desrumeaux, qui avait épousé, le 27 septembre 1938 à Aniche, Jean Manguine*, un des personnages pivots de son organisation durant la « drôle de guerre ». En liaison étroite avec Fried*, elle joua un rôle capital dans plusieurs entreprises délicates du Parti et notamment le passage en Belgique d’une partie du noyau dirigeant national. Responsable, avec Henri Collette, du franchissement de la frontière, elle fit transiter personnes physiques et matériel de propagande entre les deux pays. Arrêtée en avril 1940 à Uccle près de Bruxelles, en compagnie d’Alia Ramette, la femme d’Arthur Ramette*, elle fut libérée le 26 mai 1940, à la faveur de l’offensive allemande. Elle reprit immédiatement contact avec Fried*, Duclos* et Treand*. Revenue à Lille le 2 juin, elle participa à des tractations analogues à celles qui allaient se dérouler à Paris entre responsables communistes et autorités d’occupation afin de refaire paraître l’organe régional L’Enchaîné : ses numéros publiés durant les débuts de l’Occupation ne se singularisèrent pas du reste de la presse communiste par une dimension anti-allemande accentuée.
Toujours en contact avec Fried* durant l’été 1940, elle fut à partir de septembre, une des dirigeantes du PC dans la Résistance. Activement recherchée, elle fut arrêtée le 27 août 1941, transférée à Bruxelles le 15 janvier 1942 puis connut les geôles allemandes avant d’être déportée le 28 mars 1942 à Ravensbrück. Elle devait y rester trois ans dans des conditions de détention particulièrement sévères, survivant grâce à une résistance physique et morale exceptionnelle. En avril 1945, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, elle fut échangée avec 299 autres détenues de Ravensbrück contre 300 femmes SS détenues en France.
À son retour dans le Nord, elle bénéficia d’un prestige considérable. Nommée à l’Assemblée constitutive provisoire le 17 juillet 1945 dans la catégorie des prisonniers et déportés, au titre de la CGT, elle ne siégea pas à cause du typhus qu’elle avait contracté dans les camps. Elle reprit ses responsabilités syndicales mais, début 1950, fut éliminée en raison du durcissement que la CGT subissait à l’instigation du Kominform. Peut-être pouvait-on discerner également une volonté de sanctionner a posteriori un comportement jugé discutable à Ravensbrück, ce que Martha Desrumeaux aurait laissé entendre à P. Manie ? En raison de sa grande popularité, son départ forcé fut mal accueilli.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1913, 495 32 113, 517/1/1111. — Notice par Y. Le Maner, DBMOF, t. 25. — P. Manie, Martha Desrumeaux, femme ouvrière, syndicaliste, communiste du Nord, mémoire de maîtrise, Lille III, 1979. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — Pierre Outteryck, Martha Desrumaux, une femme du Nord, ouvrière, syndicaliste,
déportés, féministe
, Comité régional CGT Nord-Pas-de-Calais, Association CRIS, 2009.
Bibliographie : Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Autobiographies, autocritiques, aveux dans le monde communiste, Belin, 2002. — Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Le Sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du "moi", Presse universitaires de Rennes, 2014. — Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 7 lui est consacré.

Michel Dreyfus, Claude Pennetier

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