GILARD Madeleine

Par Marie-Cécile Bouju

Née le 6 décembre 1906 à La Corogne (Espagne), morte le 12 janvier 2002 à Paris (Ve arr.) ; écrivain, directrice littéraire de La Farandole (1955–1980).

Fille d’Henry Gilard et d’Henriette Suger, Madeleine Gilard naquit et grandit en Espagne où sa famille vivait jusqu’à ses seize ans. Son père y travaillait comme cadre commercial pour une société de vins et liqueurs, Cinzano. Elle était issue d’une famille aisée, protestante du Sud-Ouest (ses deux grands-pères étaient pasteurs). Son père était proche des radicaux-socialistes. Elle fit ses études à la maison et n’eut de ce fait aucun diplôme.

La famille retourna en France vers 1922. Madeleine Gilard apprit alors la sténodactylographie. Elle eut différents métiers : secrétaire, rédactrice, journaliste et traductrice (elle maîtrisait l’espagnol, l’anglais, l’allemand et le russe). Pendant la guerre, elle travailla pour une petite agence de presse, d’abord à Paris puis à Vichy. L’agence ferma en 1942. Madeleine Gilard rejoignit ses parents en Dordogne, à Eynesse.

En 1946, elle publia son premier roman, Les Enfants Escoudeyran. Mais son activité professionnelle était surtout consacrée à son métier de traductrice qu’elle exerça en particulier pour le Mouvement pour la paix, à Prague, pendant deux ans, au début des années 1950. En juillet 1955, elle fut nommée gérante de la maison d’édition La Farandole, lors de sa fondation par le Parti communiste français. Cette maison d’édition était dirigée par Paulette Michel ; Madeleine Gilard en était la directrice littéraire. Cette entreprise était une création originale dans l’histoire de l’édition française, car elle était uniquement consacrée à la littérature pour enfants. La fondation de La Farandole permit au PCF de renouer avec l’édition pour enfants, genre qu’il avait quasiment abandonné après l’expérience des Livrets de mon camarade pendant le Front populaire.

La ligne éditoriale de La Farandole était la synthèse de positions politiques (la paix, une vision sociale du monde de l’enfance, le dialogue entre les peuples) et esthétiques (la découverte du monde réel plutôt que le merveilleux, le quotidien ou les aspects les plus familiers du monde de l’enfance). Madeleine Gilard parlait de « romans de la vie quotidienne ». Cette ligne éditoriale était en partie héritière du courant réaliste animé par Colette Vivier avant guerre. La Farandole fit également place aux traductions d’œuvres venant de l’URSS et des Démocraties populaires. Ce fut une des rares maisons d’édition du PCF à être reconnue par le reste de l’édition française, et en particulier par le milieu de l’édition pour enfants. Parmi les auteurs publiés, on trouve Jean Ollivier, Pierre Gamarra, Georges Nigremont, Andrée Clair et Colette Vivier.

Madeleine Gilard ne se contenta pas du rôle de directrice littéraire. Paulette Michel l’encouragea à reprendre la plume. Madeleine Gilard devint un des auteurs majeurs de la littérature pour la jeunesse. Bon nombre de ses œuvres furent traduites à l’étranger, dans les Démocraties populaires notamment.

Elle partit à la retraite en 1980, et obtint le prix de la littérature enfantine de la ville de Paris en 1983, remis par Jacques Chirac.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50918, notice GILARD Madeleine par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 24 juillet 2009, dernière modification le 29 septembre 2010.

Par Marie-Cécile Bouju

ŒUVRE : Les Enfants Escoudeyran, Confluences, 1946. — Victoire sur Arcadius, La Farandole, 1956, 192 p. — Marinette et l’éléphant, La Farandole, 1957, 199 p. — Le Voyage de Pibale, La Farandole, 1958, 24 p. — Christine et François, La Farandole, 1961, 16 p. — Le Paravent aux images, La Farandole, 1962, 187 p. — Colorin Coloré, contes d’Espagne, La Farandole, 1963, 92 p. — Le Bouton rouge, La Farandole, 1967. — Anne et le mini club, La Farandole, 1968, 179 p. — Contes et images d’Autrefois, La Farandole, 1968, 93 p. — La Ville de neige, La Farandole, 1970. — La Jeune Fille au manchon, La Farandole, 1972, 248 p. — Ali et son copain, La Farandole 1973, 21 p. — Le Chemin secret de la Borie verte, La Farandole, 1975, 151 p. — La Maison des marmottes, La Farandole, 1976, 79 p. — Sortilège maya, La Farandole 1977, 176 p. — Pierre, la rivière et la nuit, La Farandole, 1979, 157 p. — Bruno chez les chats, La Farandole, 1980, 72 p. — Camille : de la main de Camille, printemps 1830, La Farandole, 1984, 256 p. — Drôles de jumelles, Éd. du Sorbier, 1984, 27 p. — Ascenseur interdit, Éd. du Sorbier, 1986, 29 p. — Drôle d’héritage, Messidor, 1987, 79 p. — Grison et Nicolas, La Farandole, s.d.

SOURCES : Témoignage de Marie Hoffenberg (2007). — La Farandole, Tribunal de commerce (INPI), Paris. — Marie-Cécile Bouju, Les Maisons d’édition du Parti communiste français, 1920-1956, thèse d’histoire, sous la direction de Marc Lazar, IEP, 2005, 809 p. — Nic Diament, Dictionnaire des écrivains français pour la jeunesse, 1914-1991, Paris, l’École des loisirs, 1993, p. 287-289. — Florence Pipet, La Farandole de 1955 à 1965. Histoire d’une maison d’édition, maîtrise d’histoire ,Paris-I 1995, 148 p. — Marc Soriano, Guide de la littérature pour la jeunesse, Delagrave, 2002 (réimp.), 568 p.