DALLIDET Arthur, Auguste Pseudonymes : JACQUELIN Auguste à l’ELI, NEMROD, ÉMILE puis MAX dans la clandestinité [version DBK]

Par Claude Pennetier

Né le 12 octobre 1906 à Nantes (Loire-Inférieure), fusillé par les Allemands le 30 mai 1942 au Mont-Valérien ; ouvrier métallurgiste ; dirigeant communiste et syndicaliste des usines Renault ; adjoint de Maurice Tréand* responsable aux cadres du PCF ; clandestin après la dissolution du PCF le 26 septembre 1939, il devint responsable national aux cadres du Parti illégal.

Le père d’Arthur Dallidet était ajusteur aux Chantiers de la Loire à Nantes ; sa mère travaillait dans les usines de conserves Cassegrain à Saint-Sébastien-sur-Loire. Ils étaient sympathisants du PC, le père étant syndiqué unitaire. « J’ai été élevé, disait-il dans son autobiographie du 25 décembre 1933, dans la haine du curé, du flic et de l’armée ». Il reprochait pourtant à son père qui lisait l’Humanité assez régulièrement en 1924-1927 de n’avoir rien fait pour lui en faire comprendre le contenu. Élève à l’école primaire jusqu’à l’âge de treize ans, il avait obtenu à douze ans son certificat d’études primaires. Le maître d’école lui trouva une place en juillet 1919 dans une entreprise de Nantes pour devenir dessinateur mais il la quitta en juillet 1921, la vie de bureau ne lui convenant pas. Il travailla alors comme apprenti chaudronnier. Jusqu’en 1928, il fut employé aux Batignolles à Saint-Joseph.

A. Dallidet quitta la région nantaise pour la région parisienne en avril 1928. Il habita à Billancourt et se fit embaucher chez Renault. Il en fut renvoyé deux mois après le 29 mai à la suite d’une bagarre. Il connut jusqu’en juillet 1930, une série de « boîtes » d’où il fut souvent renvoyé.

Entre temps, en avril 1929, il s’était marié à Nantes avec une amie d’enfance, Juliette Parisot. Elle mourut la même année, quinze jours après la naissance d’un fils, Guy, qui fut mis en nourrice chez sa sœur à Nantes. Il dut travailler beaucoup pour payer la pension dans diverses usines de la région parisienne. Il se remaria plus tard avec Entka Klugeaite, une communiste lithuanienne qui était membre du comité de rayon des 1er, 2e et 9e arr. Mais c’était un mariage « blanc ».

Arthur Dallidet avait demandé dès 1930 par trois fois son adhésion aux JC sans suite et deux fois son adhésion au Parti qui fut acquise en mai 1932. Mais, précisait-il, il adhéra « pour les buts finaux, non pour les revendications immédiates ». En 1933, il devint secrétaire de sa cellule. Il s’occupa des comités de chômeurs du XVIIIe arr. et assura des prises de parole dans des assemblées de chômeurs. Il approfondissait sa culture politique en participant à une école régionale du Parti et à quelques cours à l’Université ouvrière. Il se fit réembaucher chez Renault le 4 juillet 1934, sous un faux nom et il put, malgré la vigilance de la police de la direction, organiser le Parti communiste dans l’entreprise. Le 9 février 1934, il avait défilé à la tête d’un cortège d’ouvriers de chez Renault de la place de la République à la gare de l’Est et pris la parole grimpé sur un bec de gaz ; il fut arrêté puis relâché.À nouveau renvoyé, Arthur Dallidet s’inscrivit au chômage et organisa les chômeurs tout en dirigeant, de l’extérieur, le Parti communiste chez Renault. Il était un des secrétaires de la section communiste locale.

Remarqué par la direction du Parti communiste, Arthur Dallidet fut désigné pour suivre les cours de l’École léniniste de Moscou. Selon le témoignage de son frère Raymond, il partit en septembre 1935, le « cœur gros » d’abandonner son travail militant chez Renault. Il fut évalué à l’ELI comme « proforg. Général du secteur. Assez fort politiquement et théoriquement. Actif n’a pas su utiliser suffisamment les proforgs des cercles. » Les appréciations sur le travail étaient les suivantes : « académique : très bon, politique : bon ; social : très bon ; liaison masse assez bonne. Défaut nervosité. Qualités particulières : organisateur, agitateur ».

Revenu à Paris en octobre 1936, le comité central le nomma permanent à la section des cadres, adjoint de Maurice Tréand*. Ce dernier portait, en juin 1938, un jugement élogieux sur
A. Dallidet : « Responsable du travail des cadres en général et des autobiographies. Travaille bien, très sûr, consciencieux. C’est l’homme des cadres qui a compris toute l’importance de son travail, il éduque bien les deux camarades travaillant avec lui sous son contrôle… Fait preuve d’initiative, a un flair très grand. » Tréand* ajoutait qu’il venait de quitter sa femme car il avait peur que cela puisse nuire au Parti. Il semble avoir regretté de ne pas avoir été autorisé à s’engager dans les Brigades internationales.

Son travail de l’été 1939 au début de l’année 1942, par nature discret et obscur, fut fondamental pour l’avenir du Parti communiste. Sa réforme du service militaire lui permit de rester à la disposition du Parti communiste interdit le 26 septembre 1939 et dont il partageait l’approbation du Pacte germano-soviétique. Avec Benoît Frachon*, il mit en place les premières structures illégales, occupant en fait le poste de secrétaire (clandestin) à l’organisation. Les précieux fichiers de cadres qu’il avait établis pendant les années précédentes et mis à l’abri, lui permirent de réorganiser un parti touché par les arrestations, la mobilisation et le départ des militants hostiles au Pacte. « Émile » — son nom dans l’illégalité — prit, le 12 juin 1940, la route de l’exode avec Jeanjean, Georgette Cadras, Jeannette Têtard et Claudine Chomat*. Raymond Dallidet affirme que son frère alla rejoindre Benoît Frachon* en Haute-Vienne puis s’installa à Toulouse et rayonna en vélo dans la région pour renouer les contacts. Revenu à Paris vers le 3 août, il fut un des interlocuteurs de Charles Tillon* convoqué dans la capitale pour la constitution d’un secrétariat clandestin. Robert Noireau fait le portrait de l’homme qu’il a alors connu : “Mon patron c’était Émile (Arthur Dallidet). Le fanatisme personnifié, mais certainement l’home le plus efficace que j’ai connu. Masquant son bec-de-lièvre derrière une moustache appropriée, c’était un homme d’une qualité exceptionnelle.” (Colonel Georges [Robert Noireau], Le temps des partisans, Flammarion, 1978).

En octobre 1940 et en février 1941, il rédigea deux rapports qui accusaient Jean Catelas, Maurice Tréand* et un agent de liaison, Odette Janvier, d’avoir constitué un « groupe » antiparti (Roger Bourderon, La négociation. Eté 1940 : crise au PCF, 2001)Pendant toute l’année 1941, « Émile » resta aux côtés de Benoît Frachon* et de Jacques Duclos*, supervisa les liaisons avec les autres dirigeants et rédigea la brochure Comment se défendre. Il était en fait le secrétaire à l’organisation du Parti. La police l’arrêta le 28 février 1942, à l’angle du boulevard Diderot et de la rue de Reuilly, à l’issue d’une série de filatures. Par lui, la Gestapo pensait pouvoir remonter au secrétariat du Parti. Jacques Duclos* écrivit dans ses Mémoires : « Lorsqu’il fut arrêté, moi qui lui transmettais les directives de la direction du Parti, je ne changeai pas de logement, alors que Dallidet le connaissait. J’étais sûr qu’il ne parlerait pas » (p. 241). Ses tortionnaires n’obtinrent de lui aucun renseignement. Il fut fusillé le 30 mai 1942 aux côtés de Félix Cadras, Georges Politzer, Jacques Solomon, André Pican et Jacques Decour. Son corps fut enterré au cimetière de Colombes le 31 mai 1946.

Son frère, Léon, Raymond Dallidet, dit Raph, né le 18 mars 1911 à Nantes (Loire-Inférieure) ; apprenti boucher, ouvrier métallurgiste fut permanent communiste. Pendant la guerre d’Espagne, à la demande de Jacques Duclos*, il épaula un responsable espagnol, Marcos, dans sa recherche d’armes et autres fournitures pour l’Espagne républicaine. Il s’occupa de diverses filières d’approvisionnement plus ou moins tolérées par les autorités françaises. Il fut le collaborateur de Jacques Duclos pendant la guerre, particulièrement chargé des questions de sécurité, et resta dans son sillage après la Libération. Occupant la fonction modeste et discrète de responsable du « garage », il avait la charge de l’appareil technique en cas de passage dans la clandestinité et de la sécurité des dirigeants.

Voir la biographie de Mounette Dutilleul*, la compagne d’Arthur Dallidet pendant la clandestinité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50908, notice DALLIDET Arthur, Auguste Pseudonymes : JACQUELIN Auguste à l'ELI, NEMROD, ÉMILE puis MAX dans la clandestinité [version DBK] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 juillet 2009, dernière modification le 22 août 2017.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou 495 270 8376.Questionnaire à l’entrée en URSS : 1er octobre 1935 (+document en russe du 1er octobre) ; autobiographie du 25 décembre 1933 ; commission des cadres (Tréand, juin 1938). — Notices biographiques Renault, publiées sous la direction de Gilbert Hatry, Éditions JCM, 1990. — Charles Tillon, On chantait rouge, Paris, 1977. — Jacques Duclos, Mémoires, t. 3. — Hélène Parmelin, Arthur Dallidet (brochure non exempte d’erreurs), Paris, Éditions sociales, 1re édition décembre 1949. — L. R. Dallidet, 1934-1984 : Voyage d’un Communiste, préface de J. Gacon, 1984, La Pensée Universelle, 319 p. — Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40. La négociation secrète, Les Éditions de l’Atelier, 2006. — Témoignage écrit et oral de Raymond Dallidet, son frère. — Notes de Roger Bourderon. — Notice Dallidet par Jean Maitron et Claude Pennetier dans le DBMOF.

Version imprimable Signaler un complément