DAHLEM Franz, Pseudonyme : FLORENZ Franz [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 14 janvier 1892 à Rohrbach (Lorraine annexée), mort le 17 décembre 1981 à Berlin-Est ; dirigeant du KPD (Parti communiste d’Allemagne) en France après 1933 ; délégué de l’Internationale communiste auprès du PCF.

Fils de cheminot, Franz Dahlem travailla à partir de 1911 comme employé commercial, se syndiqua et rejoignit le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) en 1913. Mobilisé de 1914 à 1918, il entra à l’USPD, le Parti socialiste indépendant, en 1917. Avec la majorité de ce parti, il se prononça en 1920 pour la fusion avec le Parti communiste allemand, le KPD. Appelé à Berlin, il fut à partir de 1924 rédacteur à Die Rote Fahne tout en travaillant au même moment sous la direction de Gyula Alpari* à la rédaction de La Correspondance internationale (Inprekorr) que venait de fonder l’IC. En 1928, il entra au comité central du KPD et l’année suivante à son bureau politique. Responsable de l’Opposition syndicale rouge (RGO) trois ans plus tard, il reçut un sévère avertissement en raison de ses liens avec le groupe dirigé par Heinz Neumann qui, en 1931, s’opposa à Ernst Thaelmann et à la ligne stalinienne.

Sa connaissance du français — une partie de sa famille vivait en France — fit déléguer Dahlem par l’IC en tant que « conseiller » auprès du PC français, de juillet à octobre 1922. Il participa au congrès de Paris en octobre 1922 et, dans les années qui suivirent, intervint souvent dans la vie du PC. L’Humanité publia plusieurs articles signés de son nom ou d’un pseudonyme. En 1923, il appartint à son secrétariat d’organisation, tout en collaborant à Inprekorr. En 1927, il aurait également été désigné par Piatnitski* pour se rendre comme délégué de l’IC au 5e congrès du Parti communiste suisse.

Député au Reichstag de 1928 à 1933, il appartint successivement au groupe Neumann-Remmele puis au groupe Schulte-Schubert, opposés à Pieck et Ulbricht. Il émigra en mai 1933, d’abord en Tchécoslovquie puis en France où, avec Wilhelm Pieck et Wilhelm Florin, il constitua la direction du KPD à l’étranger. Il rencontra Maurice Thorez* à plusieurs reprises. Bientôt rejointe par Walter Ulbricht, cette direction s’installa à Moscou au début de l’année 1935 pour préparer le VIIe congrès de l’IC. D’abord politiquement favorable à Schubert et Florin, Dahlem se rapprocha d’Ulbricht en se ralliant aux thèses qui prévalaient au Komintern et signa les appels en faveur du Front populaire. Après le VIIe congrès, Dahlem et Ulbricht reconstituèrent à Prague une « Direction opérationnelle à l’étranger » qui s’installa à Paris à partir d’octobre 1936 et y résida en permanence jusqu’en 1939.

En 1936, Dahlem fut chargé, avec Luigi Longo et André Marty de la direction politique des Brigades internationales en Espagne. En novembre 1936, avec Herbert Wehner, il accompagna à Moscou Willy Münzenberg* dont il était proche : ce dernier fut alors contraint d’abandonner toutes ses responsabilités au sein des organisations de masse, notamment le Rassemblement universel pour la paix (RUP) et fut remplacé par Bohumil Smeral*.

En 1938, Dahlem revint en France où il succéda à Ulbricht comme responsable du secrétariat du KPD. C’est à Draveil, dans la banlieue parisienne que se tinrent deux écoles de cadres du KPD ainsi que la conférence dite de Berne (Draveil, 30 janvier-1er février 1939) à laquelle Dahlem prit une part essentielle. Lors de cette conférence fut confirmé le principe de la ligne politique définie par le VIIe congrès de l’IC : création d’une République démocratique allemande sur la base d’un rassemblement de type Front populaire, fondé sur l’unité politique de la classe ouvrière.

Dahlem condamna le Pacte germano-soviétique et s’adressa à E. Daladier pour que les antifascistes allemands puissent combattre Hitler mais il fut interné à Colombes, puis au camp du Vernet et enfin livré par le gouvernement de Vichy aux autorités allemandes. Après huit mois dans les cellules de la Gestapo à Berlin, Dahlem fut expédié au camp de concentration de Mauthausen. L’Armée américaine le libéra le 7 mai 1945.

Il reprit sa place à la direction du KPD puis du SED, le Parti communiste d’Allemagne de l’Est, et fut par la suite député du Reichstag allemand. Relevé de toutes ses fonctions en 1953, il fut réhabilité en 1956, vice-ministre de l’Enseignement supérieur en RDA en 1967 et président de l’Association d’amitié RDA-France.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50907, notice DAHLEM Franz, Pseudonyme : FLORENZ Franz [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 19 juillet 2009, dernière modification le 26 décembre 2017.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : Notice par G. Badia, in Allemagne. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international et par le même auteur, Dahlem, dans le DBMOMS. — B. Studer, Un parti sous influence…op. cit. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op.cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale communiste 1919-1943, Paris, Fayard, 1997, 1120 p.

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