CROIZAT Ambroise (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie), mort le 11 février 1951 à l’Hôpital Foch à Suresnes (Seine) ; ouvrier métallurgiste ; secrétaire de la Fédération unitaire des métaux de 1928 à 1936 puis de la Fédération réunifiée de 1936 à 1939 ; membre du comité central du PC de 1929 à 1951 ; député communiste de la Seine de1936 à 1951 ; ministre du Travail de 1945 à 1946 et en 1947.

Travaillant dès l’âge de treize ans, militant depuis 1916 au syndicat des Métaux de Lyon (Rhône), Ambroise Croizat participa aux mouvements de grève dans cette ville en 1917-1918. Début 1918, il adhéra à la Jeunesse socialiste, en 1919 au Parti socialiste puis au PC lors du congrès de Tours. Après avoir effectué son service militaire d’avril 1921 à mai 1923, il reprit sa place dans la JC puis fut permanent du Parti à Lyon.

Son engagement lui valut plusieurs licenciements. Appelé fin 1925 à la Fédération des JC, il fit partie d’une délégation de jeunes qui se rendit en Russie en 1926. En août 1926, il fut élu au comité central des JC dont il fut un des dirigeants pour la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne. Du début de l’année 1927 jusqu’à l’été 1928, il semble avoir représenté la France auprès de l’Internationale communiste des jeunes, à Moscou, où il aurait suivi des cours de propagandiste. Durant cette période, il participa à plusieurs réunions du Secrétariat latin, notamment en mai 1927. En juin 1927, il semble avoir remplacé A. Delobelle* comme délégué de la CGTU auprès du bureau exécutif de l’Internationale syndicale rouge et le 20 août 1928, il y fit un rapport où il intervint sur la situation de la CGTU.

À son retour, Croizat devint secrétaire de la Fédération CGTU des métaux en remplacement d’Octave Rabaté*. Suppléant à la commission exécutive de la CGTU depuis 1925, il fut élu titulaire en 1929 et entra au bureau confédéral en 1931. Il fut également élu suppléant au comité central du Parti communiste lors du 7e congrès (1932) puis réélu titulaire aux congrès suivants jusqu’à sa mort.

Croizat avait accédé aux plus hautes fonctions durant la direction Barbé*-Celor*. Ceux-ci voyaient dans ce cadre issu des JC, un allié. Certaines interventions de Croizat dans les grèves étaient marquées par une volonté de subordonner les conflits sociaux aux intérêts immédiats du Parti, conformément à la politique de la période. Quand Maurice Thorez* dénonça le sectarisme du noyau des JC lors du CC d’août 1931, il eut une phrase contre Croizat qui avait « une certaine tendance à justifier les groupes et la tendance au groupe, et c’est un très grand danger ».

Dans un témoignage recueilli en août 1981 par B. Pudal, Louis Manguine*, qui fut élève à l’École léniniste internationale de Moscou en 1932-33, évoque le passage de Croizat à l’ELI mais rien ne confirme cette assertion. Mais, représentant de la CGTU auprès de l’ISR il a pu suivre quelques cours ou en donner.

Croizat fut le dirigeant de la plus importante Fédération de la CGTU, celle de la métallurgie, dont il fut élu secrétaire au congrès de réunification de Toulouse en 1936. Selon Albert Vassart*, le bureau politique du PC aurait envisagé de le remplacer à cette fonction, mais Croizat resta en poste jusqu’en 1939.

Durant ces trois ans, il appartint ou fut en liaison étroite avec le Secrétariat du PC. Il alla plusieurs fois à Moscou et participa à des discussions sur des problèmes essentiels : questions économiques, lutte pour la paix, Espagne, l’organisation, etc.

Élu député en 1936, Croizat prit part à l’élaboration des grandes lois sociales du Front populaire, les 40 heures, les congés payés, les délégués du personnel ; il siégea également aux commissions de la Marine militaire, du Travail et de l’Aéronautique. Il fut le rapporteur sur les projets de loi relatifs aux conventions collectives du travail, ainsi qu’à la conciliation et l’arbitrage dans les conflits du travail. De 1936 à 1940, il appartint au Conseil national économique.

Croizat approuva le Pacte germano-soviétique. Arrêté le 7 octobre 1939, il fut condamné, le 3 avril 1940, à cinq ans de prison et 4 000 F d’amende. Il connut dix-sept prisons françaises avant d’être transféré en Algérie en mars 1941. L’avance alliée ayant permis sa libération le 5 février 1943, il reprit son militantisme. En mai 1943, la CGT le délégua auprès du gouvernement d’Alger. En août 1943, il fut envoyé en Tunisie pour réorganiser le PC et la CGT.

Croizat siégea à l’Assemblée consultative provisoire, à Alger, puis à Paris et suivit tout particulièrement l’élaboration de la législation sur les comités d’entreprises et la Sécurité sociale. Le 21 octobre 1945, il fut élu à l’Assemblée nationale constituante, puis réélu les 2 juin 1946 et 10 novembre 1946. ministre du Travail, pratiquement sans interruption, du 22 novembre 1945 au 5 mai 1947, son nom fut associé à la naissance de la Sécurité sociale. Son œuvre concerna également les congés payés des jeunes travailleurs, le régime des prestations familiales, etc. Il redevint ensuite simple député. Sa mort prématurée provoqua une vive émotion dans les milieux communistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50905, notice CROIZAT Ambroise (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 19 juillet 2009, dernière modification le 26 septembre 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 32 13, 495 270 8731, dossier personnel, 517 1494, 517 1 497, 517 1 1602, 495 10a 17, 495 10a 19, 495 10a 35. — Notice Croizat par J. Maitron et Cl. Pennetier, DBMOF, t. 23. — Annie Lacroix-Riz, La CGT de la Libération à la scission de 1944-1947, Ed. Sociales, 1983. — Michel Etievent, Ambroise Croizat ou l’invention sociale, Éditions Gap, 1999, 184 p.

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