CORDIER Marcel, Charles

Par Claude Pennetier

Né le 2 octobre 1896 à Épernay (Marne) ; ouvrier coiffeur ; secrétaire général de la Fédération unitaire de la coiffure ; secrétaire général du Secours rouge international (SRI) ; membre du comité directeur du Parti communiste (janvier 1923-1924).

Fils d’un ouvrier charpentier et d’une ouvrière en fabrique de casquettes, Marcel Cordier fut ouvrier coiffeur. Il s’engagea pour la durée de la guerre, faute de ressources et par conviction patriotique. Il fut prisonnier treize mois en Allemagne, dont neuf mois dans un hôpital de Metz. En mai 1916, il fut envoyé en Suisse comme grand blessé et y resta quatorze mois dans un centre d’internement puis à l’hôpital de Genève et enfin, au début de 1917, comme résident libre travaillant comme coiffeur. C’est à Genève qu’il fut touché par la propagande du Parti socialiste suisse et les groupes d’émigrés politiques russes. Il assista à des réunions contre la guerre et suivit la révolution russe de février.

Élu secrétaire fédéral des coiffeurs, il fut délégué au congrès international des ouvriers coiffeurs tenu en 1921 en Tchécoslovaquie puis au IIe congrès del’ISR. À la scission de 1922, la Fédération des ouvriers coiffeurs (21 syndicats) passa à la CGTU. Il fit adopter l’adhésion de son syndicat à l’ISR. En janvier 1922, il devint demi-permanent.

Au deuxième congrès de la Fédération unitaire de la coiffure tenu à Marseille du 25 au 27 août 1924, il déclara : « J’approuve les camarades russes dans leur attitude envers les contre-révolutionnaires, que ceux-ci soient social-démocrates ou anarchistes » (compte rendu, p. 28). En mars 1925, Cordier se rendit à Berlin (Allemagne) pour assister au congrès international des ouvriers coiffeurs. Il devint secrétaire international de la Fédération des ouvriers coiffeurs en 1933.

Marcel Cordier participa dès le début au mouvement communiste. Dès le début 1919, lorsque Raymond Péricat tenta de constituer le premier Parti communiste, il fit partie du comité central de cette organisation mais il la quitta lorsqu’il y eut la scission avec les anarchistes à tendances fédéralistes. En mai 1919, en accord avec les membres du groupe Péricat, il adhéra au PS de Paris à la 14e section pour y faire du « noyautage » et tenter (contrairement au Comité pour la IIIe Internationale) d’en opérer la sortie pour constituer le PC. Ce n’est qu’en 1920 qu’il adhéra au Comité de la IIIe Internationale et, après Tours, il fut membre du bureau de la 14e section de la SFIC. En 1921-1922, il appartint à la fraction gauche du Parti communiste. Après le congrès de Paris, il vint à Moscou et assista à la fois au IIe congrès de l’ISR et au IVe de l’IC à la suite duquel il entra au comité directeur comme représentant de la fraction gauche sur proposition de l’Internationale. En janvier 1923, il devint responsable de la commission syndicale centrale du Parti et participa à la constitution des premières commissions syndicales auprès du Parti et des premières fractions communistes. Réélu en janvier 1924 au comité directeur au congrès de Lyon, il s’opposa au groupe Souvarine* mais s’abstint sur les résolutions présentées par la fraction gauche qui était en accord avec l’Internationale. Il reconnut son « erreur » devant le Ve congrès et ne fut pas réélu au comité central du Parti en janvier 1925. Il fut de nouveau proposé pour le CC mais ne fut pas élu au congrès de Lille, cependant il assista à plusieurs réunions comme invité au titre de responsable du SRI (Secours rouge international). Il fut chargé en 1927 de l’organisation du Comité du 10e anniversaire de la Révolution russe. Il approuva la tactique « classe contre classe » du VIe congrès de l’IC et fut coopté en juillet 1930 au comité central où il était encore en 1932.

Marcel Cordier consacra la part la plus importante de ses activités au Secours rouge international. En 1923, il fut chargé par son parti de constituer la section française de cette organisation. Après un refus, il accepta d’occuper la fonction de secrétaire appointé du SRI à la demande du PC. Il la conserva jusque décembre 1930, date à laquelle il fut désigné pour aller à Moscou comme secrétaire de l’Exécutif du MOPR (Organisation internationale d’aide aux Révolutionnaires), jusqu’en 1933. Il fut gérant du journal Secours Rouge à partir de mai 1925 et il assista la même année au congrès du SRI à Moscou comme chef de la délégation française qui comprenait Robert Foissin*, André Marty et Simon. Il s’y rendit à un nouveau congrès en mars 1927. À ce titre, il eut à s’occuper en France des Comités d’intellectuels contre la terreur (Comités balkanique, pour l’amnistie en Pologne, contre le fascisme italien) et il fut membre du comité central de la Ligue anti-impérialiste en 1929-1930. En 1931, devenu secrétaire à l’Exécutif du MOPR à Moscou, il y fut rejoint en mars par Henriette Bourbon, née le 18 janvier 1911 à Yenne (Savoie), membre de la CGTU depuis 1929 et du PC depuis janvier 1930.

Pendant cette période il effectua, pour le compte du Komintern, une mission en Extrême-Orient, notamment en Chine. Pour le compte du MOPR, il participa à u voyage dans l’Oural, en août 1934, avec Marcel Willard et Marie Lahy-Hollebecque. Revenu en France en octobre 1934 avec son épouse, il fut arrêté le 20 novembre 1934 en compagnie de Jean Chauvet* pour violence et vol. Le plaignant était un trafiquant d’armes de nationalité allemande. Les deux dirigeants du SRI furent rapidement remis en liberté. Cordier militait au Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme. En novembre 1935, il se rendit à Zurich (Suisse) pour assister à une réunion internationale du SRI.

Le couple était présent en URSS en janvier 196, mais Henriette se vit refuser de travailler comme secrétaire du Service latino-européen du MOPR : « D’après les données revérifiées encore une fois, nous vous informons une seconde fois que BOURBON-CORDIER Henriette ne doit pas être employée dans votre appareil. » On ignore ce que firent Henriette et Marcel Cordier en URSS en 1936 et 1937.

Cordier aurait pris la nationalité soviétique puis inquiété dans la cadre de la grande vague de répression qui accompagne les procès de Moscou. Selon sa fiche de police, « Cordier est arrêté le 5 janvier 1938 par les autorités russes sous l’inculpation d’espionnage. Il est aussitôt exclu du PC français. Aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui, malgré un interrogatoire quasi ininterrompu pendant vingt jours et les multiples pièges qui lui avaient été tendus, Cordier est libéré le 26 avril 1939. Il doit demander son rapatriement au consulat de France à Moscou et rentre à Paris le 30 avril. »

« Selon les dirigeants communistes français, son incarcération aurait été provoquée par des opinions de tendance trotskyste émises publiquement. Il a sollicité sa réintégration au PCF, mais elle ne semble pas avoir été acceptée » (Fiche de police, Arch. J. Maitron). À son retour, il conta à André Ferrat* ses interrogatoires par la police soviétique. Cordier assista, en janvier 1940, aux réunions du groupe d’Union populaire française formé par des députés en désaccord avec la politique du PCF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50895, notice CORDIER Marcel, Charles par Claude Pennetier, version mise en ligne le 18 juillet 2009, dernière modification le 8 septembre 2012.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 455, autobiographie du 13 janvier 1932. — Notice dans le DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier. — Notes de René Lemarquis.

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