CHASSEIGNE François, Ernest, Edmond. Pseudonyme : MERCIER

Par Claude Pennetier

Né le 23 décembre 1902 à Issoudun (Indre), mort le 17 mars 1977 à Chavin (Indre) ; journaliste ; militant socialiste (1919-1920) ; communiste (1921-1929) ; membre du comité central du PC (1925) ; dirigeant du Parti ouvrier et paysan (1929-1930), du Parti d’unité prolétarienne (1930-1937) puis du Parti socialiste SFIO ; député de l’Indre (1932-1942) ; haut fonctionnaire et ministre du gouvernement de Vichy.

Fils de petits propriétaires cultivateurs et vignerons à Issoudun (Indre), François Chasseigne fit ses études, comme boursier, au collège de cette ville, puis à Paris au lycée Henri-IV où il prépara sans succès le concours d’entrée à l’École normale supérieure en 1921 et 1922, tout en faisant une licence d’histoire. Il entreprit ensuite des études à la faculté de Droit en exerçant les fonctions de surveillant au collège Sainte-Barbe. Après le congrès de Tours (décembre 1920), il participa au groupe des Jeunesses communistes du Ve arrondissement où il se fit remarquer par ses incontestables qualités d’orateur. Il était avec Cogniot*, Marion*, Galpérine, en 1922, un des dirigeants de Clarté universitaire.

Profitant de sa bonne connaissance de l’allemand, le Parti communiste l’envoya outre Rhin en avril 1923, à l’époque de l’occupation de la Ruhr. À la suite d’incidents, Chasseigne fut arrêté et interné à Erfurt, puis revint en France en septembre 1923 pour assurer les fonctions de rédacteur à l’Humanité et de secrétaire des Jeunesses communistes, adjoint à Jacques Doriot*. Ce fut lui qui, à la conférence nationale des JC de novembre 1923, présenta le rapport sur le travail antimilitariste, sous le pseudonyme de Mercier. François Chasseigne prit une part active à la vie du Parti communiste. Au congrès de Lyon (20-24 janvier 1924), il intervint sur l’activité antimilitariste du Parti, à celui de Clichy (1723 janvier 1925) il parla de la lutte contre le fascisme et soumit au vote une résolution adoptée à l’unanimité sur la fusion des Fédérations d’Alsace-Lorraine ; la Région parisienne et le Nord le firent élire au comité central. Selon le Bulletin communiste du 10 octobre 1924, délégué au Ve congrès de l’Internationale communiste (Moscou, 17 juin-8 juillet 1924), il aurait proclamé « que les JC de France étaient avec Zinoviev* contre Radek ». C’est sur la proposition de « Lepetit », délégué de l’IC, qu’à partir du 28 août 1924, Chasseigne assista au bureau politique comme représentant des JC. Membre de la cellule des jeunes de l’usine Renault (n° 556) depuis octobre 1924, il fut un des animateurs de la conférence nationale d’Ivry des Jeunesses communistes (octobre 1925) où il dénonça la « droite » du Parti, critiqua le manque de liaison entre l’action du PC et les soldats, et fit un rapport sur la situation des Jeunesses communistes.

C’est à lui que revint, pendant la campagne électorale municipale de mai 1925, la direction de l’attaque contre une manifestation des Jeunesses patriotes à Paris rue Damrémont (XVIIIe arr.). Entouré du service d’ordre du Parti, revolver à la main, il participa à l’échange de coups de feu. Cette action délibérée, destinée à affirmer la détermination du Parti communiste, provoqua une série de perquisitions chez les dirigeants communistes.

Organisateur de la lutte contre la guerre du Rif, il intervint dans de nombreuses réunions publiques, notamment à Marseille le 28 août 1925et à Strasbourg le 20 septembre. À la fin de l’année, Chasseigne reprit le chemin de Moscou, avec Barbé et Doriot*, pour rendre compte à la direction de l’Internationale communiste des Jeunes de l’action de la Fédération des Jeunesses communistes au cours de la guerre du Maroc.

Son activité lui valut une condamnation à dix mois de prison, le 12 octobre 1925, pour provocation de militaires à la désobéissance. L’armée l’incorpora le 15 mars 1926 puis le libéra le 15 mai 1927. Il fut alors secrétaire de Pierre Semard, secrétaire général du Parti. Incarcéré à la prison de la Santé le 4 juillet 1927, il bénéficia d’une remise de peine et sortit le 20 novembre. Le bureau politique du 15 mars 1928 le chargea du rapport avec les illégaux et l’affecta au renforcement du secrétariat avec Pierre Celor. Ce dernier devait s’occuper du travail politique et Chasseigne des liaisons et de la correspondance.

Pendant son séjour en prison, en 1927, le Parti, sous l’impulsion de l’Internationale communiste, changea de tactique et particulièrement de tactique électorale. Il démissionna vers la fin de l’année 1929. Jacques Doriot* l’accusa alors d’avoir détourné des fonds que l’Internationale communiste des jeunes destinait au travail antimilitariste. Employé aux Amis de l’URSS, il en fut exclu en juin 1930.

Après sa rupture avec le Parti communiste, Chasseigne s’allia aux « six » conseillers municipaux de Paris (Louis Sellier*, Jean Garchery, Charles Joly, Camille Renault, Louis Castellaz et Louis Gélis) pour fonder, fin décembre 1929, le Parti ouvrier-paysan (POP). Élu député de l’Indre en mai 1932, il s’intégra au groupe d’Unité ouvrière. Réélu en 1936, Chasseigne fut un défenseur déterminé de la non-intervention en Espagne.
À la Chambre des députés le 16 janvier 1940, Chasseigne s’était déchaîné contre les communistes : « Ce que nous aurions voulu [...] c’est qu’au début de la guerre contre les traîtres, il y eut sans autre forme de procès […] le coup de pistolet derrière la nuque qu’on donne dans les caves de Moscou. » Présent à Vichy le 10 juillet 1940, après avoir signé quelques jours plus tôt la déclaration de Bergery, il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et s’affirma farouche partisan du vainqueur de Verdun.

Le 1er janvier 1943, il devint directeur de la propagande ouvrière au ministère de l’Information. Chasseigne participa à un voyage d’étude en Allemagne du 15 août au 5 septembre 1943. Il devint directeur du cabinet de Bichelonne au ministère du Travail en novembre 1943 avant d’être promu, en janvier 1944, commissaire général à la main d’œuvre et au travail. Le 3 mars 1944, François Chasseigne accéda au poste de secrétaire d’État au ravitaillement.

Il fut arrêté le 1er septembre 1944 et traduit devant la Haute-cour de justice qui le condamna le 16 juin 1948 à dix années de travaux forcés.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50883, notice CHASSEIGNE François, Ernest, Edmond. Pseudonyme : MERCIER par Claude Pennetier, version mise en ligne le 18 juillet 2009, dernière modification le 2 août 2009.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 919, F7/13 091, F7/13096, F7/13 265. — Arch. J. Maitron. — Bibliothèque marxiste de Paris, bobines 64, 278 et 304.

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