BODENMANN Marino

Par Brigitte Studer

Né le 18 septembre 1893 à Fiesch (Valais), mort le 8 mars 1964 à Ascona (Tessin) ; exerça une multitude de petits métiers ; délégué à plusieurs reprises aux plénums de l’IC, représentant du Parti communiste suisse au congrès mondial de 1935 ; siégea à la centrale du PCS à partir de 1923, secrétaire administratif, membre du Bureau et de la commission politiques ; secrétaire de l’Opposition syndicale révolutionnaire dont il édita le journal ; directeur de la rédaction de Freiheit, du Kämpfer, collaborateur au Basler Vorwärts.

Originaire de Martisberg, Marino Bodenmann venait d’une famille haut-valaisanne modeste — son père était cordonnier — ; il fut élevé dans une foi catholique très stricte. Sa mère mourut et son père se mit à boire, ce qui contraignit Marino Bodenmann à exercer divers petits métiers. Il travailla trois ans comme sommelier en Italie (1912-1915), où il fut gagné au socialisme dans lequel il déploya une grande activité dès son retour en Suisse en 1916. À Granges, où il s’était installé près de chez son frère, il rencontra un émigré russe, Josef Kirschbaum, dont il épousa la fille Annette ; ils eurent une fille, Vera, en 1924.

En octobre 1918, Marino Bodenmann entreprit un voyage en Russie soviétique avec son beau-père. Il resta un an en URSS. De Moscou il se rendit, en 1919, à Berlin, où il assista au congrès de fondation de l’Internationale communiste des jeunes sous le pseudonyme de « Jakob Steinemann ». Il fut délégué à Rome pour une mission de l’Exécutif, arrêté pour « menées bolcheviques » et expulsé vers la Suisse. En 1923, il retourna en Union soviétique avec Josef Kirschbaum. Le Parti le délégua au 5e plénum élargi du Comité exécutif de l’IC en mars-avril 1925, au 7e plénum en novembre/décembre 1926, puis au VIe congrès de l’IC en 1928. Il participa ensuite au congrès pacifiste d’Amsterdam. Enfin, il représenta le PCS au VIIe congrès mondial de l’IC à Moscou en 1935.

Parallèlement il poursuivit une carrière politique très remplie dans son pays d’origine. En 1917, il avait été président de district de la Jeunesse socialiste, vice-président du PS de Granges et membre du comité de l’Union ouvrière. Il fit partie des membres fondateurs du PCS. À partir de 1923, il siégea à sa centrale ; la même année, il devint secrétaire administratif du Parti et un des trois membres du secrétariat de la centrale du PCS. C’est à ce titre qu’il fut accusé, en 1930, « d’opportunisme et de sabotage de la ligne générale ». Grâce à son autocritique il put rester membre du comité central du Parti, mais il perdit néanmoins son poste de secrétaire et son siège au bureau politique. Le jugement de Paul Thalmann qui le qualifie « d’opportuniste nageant toujours avec le courant », se réfère probablement à cet épisode. Par ailleurs, même à l’époque où il était parmi les dirigeants du Parti, les militants l’appelaient « le bouchon » à cause de sa capacité à surnager au-dessus de tous les tourbillons politiques. À la tête de la section bâloise de 1926 à 1929, il fut pratiquement le seul dirigeant du PCS à faire partie de manière constante du comité central, du secrétariat (sauf en 1929-1935) et/ou du bureau politique (à partir de 1932) durant les années 1930 et pendant la guerre. Il fut député au Grand Conseil de Bâle dès 1922 et jusqu’au début de la législature de 1932-1935, puis à nouveau entre 1938 et 1940. Entre temps, à partir de 1928, il fut secrétaire de l’Opposition syndicale révolutionnaire dont il édita bientôt le journal. En 1932 il s’installa à Zurich, où il siégea aux législatifs de la ville (élu en septembre 1933) et du canton. En 1934, il remplaça Emil Arnold* au Conseil national, ce dernier étant tombé en disgrâce au Parti. Il y resta jusqu’en 1939. Au 6e congrès du PCS, il fut réélu au bureau politique et entra au secrétariat en tant que rédacteur en chef de l’organe central, Freiheit. Il siégea au Présidium et à la commission politique du congrès. Il faisait aussi partie de la commission d’agitation et de propagande du Parti constituée en juin 1936. En novembre 1935, après le départ de Koni Mayer, il reprit la rédaction du Kämpfer, puis de 1936 à 1939, il travailla comme rédacteur du Basler Vorwärts, et, à partir de fin 1936, comme rédacteur en chef de la Freiheit. Peu avant de se réinstaller à Bâle, en août 1937, il se rendit en Espagne, officiellement en tant que journaliste, vraisemblablement pour inspecter le moral des Suisses dans les Brigades. En 1939, le 7e congrès du PCS, comme le précédent, le réélut à son Présidium et à sa commission politique. Pendant la clandestinité, il s’occupa de la rédaction, de l’organisation et de la distribution d’une partie de la presse illégale du PCS et fut responsable de l’organisation bâloise devant le secrétariat dont il était membre.

Il fut un des fondateurs du nouveau Parti suisse du Travail, créé en 1944, qu’il représenta au Grand Conseil de Bâle et au Conseil national (1953-1959). À partir de 1947, il dirigea la coopérative d’imprimerie du Vorwärts. En 1957, il s’installa à Ascona au Tessin. Il mourut d’un accident de voiture.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50850, notice BODENMANN Marino par Brigitte Studer, version mise en ligne le 16 juillet 2009, dernière modification le 10 décembre 2018.

Par Brigitte Studer

ŒUVRE : M. Bodenmann, Quo vadis ?, 1928. — Wer soll das bezahlen ?, 1939 ; Zum 40. Jahrestag der Gründung der Kommunistischen Partei der Schweiz, Z, Zurich 1961. — Lukas der Halbwaise und Bauernsohn, manuscrit sur son enfance, écrit en 1920 et dont une version revue et corrigée fut publiée dans le journal Vorwärts, vol. 17, 24 et 31 octobre 1974 et Abenteuer eines jungen Revolutionärs, écrit dans les années soixante, publié das Vorwärts, du 13 mars 1975.

SOURCES : RGASPI, 495 12 73, 495 91 174 et 495 274 9. — Archives fédérales suisses, Berne, E 21/8677, E 21/8678 et 12039 et E 4320 (B) 1, vol. 15 et E 4320 (B) 1974/47, vol. 81. — Archives cantonales, Zurich. — Entretien avec Klär et Gustav Kaufmann, 15 janvier 1990. — Entretien avec Sophie Kuster-Kirschbaum, 26 octobre 1991. — Entretien avec Karl Odermatt, 24 avril 1990.

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