BLOCH Jean. Pseudonymes : RICHARD Jean, puis BLOCH Jean-Richard. [version DBK]

Par Nicole Racine

Né et mort à Paris (25 mai 1884 - 15 mars 1947) ; professeur, écrivain, essayiste ; codirecteur du quotidien Ce soir (1937-1939 et 1946-1947) ; membre du comité de direction de la revue Europe (1936-1939 et 1946-1947) ; membre du Parti socialiste SFIO puis du Parti communiste (1920-1923) ; réadhère à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Issu d’une famille juive originaire de l’Est de la France, Jean-Richard Bloch passa une enfance et une jeunesse bourgeoise à Paris. Son père, polytechnicien devint directeur général des ateliers de la SNCF. Le jeune Jean fit de bonnes études au lycée Condorcet. Il se passionna très tôt pour la littérature, se mettant lui-même à écrire. Jean-Richard Bloch était, comme son père, athée et rationaliste.
Agrégé en 1907, il fut nommé professeur d’histoire au lycée de Lons-le-Saunier (1907-1908) et à celui de Poitiers (1908-1909). En 1910, il renonça à l’enseignement, tout en restant à Poitiers où il fonda une petite revue de combat littéraire qui se plaçait idéologiquement à l’extrême-gauche, L’Effort (premier numéro : 1er juin 1910), devenu L’Effort libre en mars 1912. Il commença à signer ses articles Jean Richard, puis Jean-Richard Bloch.

J.-R. Bloch adhéra au Parti socialiste unifié ; il devint secrétaire d’une section socialiste à Poitiers, puis de la Fédération socialiste de la Vienne en 1911, fit de nombreuses conférences. Il passa l’année universitaire 1913-1914 à l’Institut français de Florence où il enseigna l’histoire et la littérature française.

Le 3 août 1914, Jean-Richard Bloch rejoignit son régiment à Poitiers comme caporal. Blessé, devenu inapte au service actif, il fut affecté dans une section cartographique de l’armée sur le front de Reims, puis fut envoyé, comme officier interprète avec l’armée française, en Italie. Il fut démobilisé en janvier 1919. Au début de la guerre, il avait écrit à Romain Rolland : « Les armées de la République vont-elles assurer le triomphe de la démocratie en Europe et parfaire l’œuvre de 93 ? » (2 août 1914). En 1917, il approuva le programme de paix de Wilson et resta fidèle au wilsonisme jusqu’en 1919. Après sa démobilisation, il retourna à Poitiers. Il signa la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » lancée par Romain Rolland (l’Humanité, 26 juin 1919).

Il fit campagne pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Soutenant, non sans de sérieuses réserves, la Révolution russe, il signa la protestation des intellectuels contre le blocus de la Russie révolutionnaire (l’Humanité, 26 octobre 1919).

Proche en 1920 du courant syndicaliste révolutionnaire animé par Pierre Monatte, il collabora à la Vie ouvrière et à l’Humanité. Avec la majorité de la section socialiste de la Vienne, il vota au congrès fédéral du 19 décembre 1920 la motion Cachin*-Frossard*, puis en janvier 1921 l’adhésion à la SFIC. Cependant, il s’éloigna rapidement du nouveau parti et cessa de militer dès la mise en oeuvre de la politique de « bolchevisation » des années 1923-1924.

Membre depuis sa fondation en 1919 du mouvement Clarté, Jean-Richard Bloch devint membre du comité de rédaction de sa revue.

Au début des années trente, Jean-Richard Bloch avait alors un statut d’écrivain indépendant de gauche, entre le socialisme et le communisme. Sa collaboration à la revue Europe qui se réclamait du patronage spirituel de Romain Rolland symbolisait sa volonté d’engagement non partisan. Dans Offrande à la politique (1933), il condamna aussi bien la pratique réformiste du socialisme français que l’importation mécanique par le Parti communiste des méthodes russes. Mais, malgré les réserves qu’il formula à l’égard de la Révolution russe, il pensa qu’elle portait l’avenir de la révolution prolétarienne, l’espoir d’une société nouvelle. Il proclame dès 1932 sa solidarité avec l’URSS (déclaration à Béla Illés, RGASPI, 541, 1, 128). Des liens commencèrent à se tisser entre lui et les responsables culturels soviétiques (VOKS, Union des écrivains… C’est comme sympathisant de l’expérience soviétique que Jean-Richard Bloch, à la demande de Marcel Martinet, fut amené à intervenir dans la campagne en faveur de la libération de Victor Serge* (dans son « Commentaire » d’Europe le 15 novembre 1933).

Son évolution allait le conduire à se rapprocher de plus en plus de l’URSS qui, sous la direction de Staline, avait pris le tournant de l’antifascisme. Il entra à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), lorsque l’association patronnée par Vaillant-Couturier*, s’ouvrit aux compagnons de route.

Après les événements du 6 février 1934, Jean-Richard Bloch adhéra au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, (CVIA) militant à la section de Poitiers. Il en démissionna en juin 1936 avec Langevin et ses amis communistes et communisants en désaccord avec la politique de la majorité sur l’attitude à adopter devant les dangers extérieurs.

Invité par l’Union des Écrivains soviétiques en août 1934, il assista à Moscou au premier congrès des écrivains soviétiques, aux côtés d’un autre compagnon de route, André Malraux et des écrivains communistes Louis Aragon, Paul Nizan, Vladimir Pozner. Il prit la parole au congrès des Écrivains soviétiques, opposant le système éducatif et culturel des pays capitalistes fondé sur l’inégalité à celui de l’URSS. Mis en cause par Radek, au congrès, pour son individualisme, il rappela la tradition révolutionnaire française et l’erreur qui consisterait à méconnaître en France les notions de liberté et d’individu… Il resta dix-neuf semaines en Union soviétique et publia, à son retour, ses impressions, notamment dans de nombreux articles de la revue Europe. Au cours de ce voyage, J.-R. Bloch fit, en son nom propre et en celui de R. Rolland, des démarches auprès des autorités soviétiques afin de tenter de connaître les charges retenues contre Victor Serge*. À son retour en France, J.-R. Bloch multiplia les conférences et les articles sur l’URSS notamment dans la revue Europe qui exaltaient l’œuvre entreprise en Union soviétique dont certains parurent ultérieurement dans Moscou-Paris.

Son rôle dans la préparation du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture réuni à Paris en juin 1935 en fit une figure marquante de l’antifascisme des « compagnons de route ». Il s’engagea à l’Association internationale des écrivains pour la défense de la culture dont Aragon* était secrétaire international et un des hommes clé.

Jean-Richard Bloch qui s’était déjà rendu en Espagne en juin 1936 pour des conférences, y retourna après le soulèvement franquiste, envoyé par le Comité du Rassemblement populaire français. Chargé par le président de la République espagnole, Azaña, d’un message personnel pour Léon Blum, il fut reçu par le chef du gouvernement français le 6 août 1936, quelques jours avant l’adoption de la politique de non-intervention. Il se fit l’avocat de l’aide au gouvernement espagnol, multipliant articles et discours contre la non-intervention (ses articles parus dans Europe furent rassemblés dans Espagne, Espagne !, publié en décembre 1936).

Jean-Richard Bloch se rapprocha de plus en plus du Parti communiste dont il approuvait l’attitude de fermeté vis-à-vis des États fascistes et le combat en faveur de l’Espagne républicaine. Il donna son accord à Aragon* pour co-diriger avec lui un quotidien du soir, financé par le Parti communiste. Il consacra alors la plus grande part de son activité à Ce Soir (n° 1, 1er mars 1937) dont le tirage atteignit 120 000 exemplaires en septembre 1937. Il fut invité comme hôte d’honneur au congrès du PCF à Arles. On ignore à quelle date Jean-Richard Bloch — qui avait écrit à Maurice Thorez* une lettre pour lui exprimer son admiration devant la ligne suivie par le Parti au moment de Munich — décida de réadhérer au Parti communiste. Son adhésion officielle au PCF fut probablement postérieure à septembre 1938 (dans sa lettre à Thorez, il se décrit comme écrivain indépendant) et doit s’être effectuée en 1939 (1939 est d’ailleurs la date donnée par Marguerite Bloch dans sa chronologie publiée dans Europe, juin 1966).

À l’annonce du Pacte germano-soviétique, Jean-Richard Bloch, alors à Poitiers, prit la défense de la diplomatie soviétique, justifiant le pacte par la mauvaise volonté des démocraties occidentales à conclure un accord avec l’URSS. L’article qu’il rédigea pour Ce Soir ne put paraître, le journal ayant été saisi le 25 août par le gouvernement Daladier. De retour à Paris, Jean-Richard Bloch tenta de nombreuses démarches pour faire reparaître le journal, mais, la dissolution du Parti communiste, ainsi que l’interdiction de toute la presse communiste par le gouvernement Daladier, fin septembre, sonnèrent le glas de ses efforts. L’antifasciste qu’il était, profondément ébranlé par le pacte, traversa une grave crise intérieure. Cependant il reprit confiance dans la politique de l’URSS et poursuivit la défense du Pacte. L’impossibilité dans laquelle Jean-Richard Bloch se trouvait de gagner convenablement sa vie après l’interdiction de Ce Soir, le sentiment d’insécurité dû à sa double situation de juif et de communiste dans une France occupée expliquent qu’il ait pris la décision, au début 1941, d’accepter de se rendre en URSS. En avril 1941, Jean-Richard Bloch et sa femme, munis de passeports soviétiques, transmis par l’ambassade soviétique qui avait obtenu les visas allemands, partirent de la gare de l’Est à Paris, changèrent de train à Berlin puis arrivèrent à Moscou. Hôte de l’Union des Écrivains, Jean-Richard Bloch fut reçu, dès son arrivée par André Marty, représentant du parti français auprès de l’Internationale communiste. Les conversations qu’il eut avec André Marty*, sur la situation politique en France au début de l’occupation allemande et sur l’attitude des intellectuels, firent l’objet d’un rapport dactylographié, rédigé par Marty et relu par Jean-Richard Bloch, conservé dans les archives russes : « conversations avec l’écrivain français Jean-Richard Bloch, membre du PCF les 25, 27 avril et jours suivants », André Marty, 16 mai 1941 (RGASPI, 517 3 47). Jean-Richard Bloch présenta lui-même son rapport sur la situation en France au Komintern en mai 1941 devant des responsables comme Dimitrov, Manouilski, Stepanov* (BNF, Fonds Jean-Richard Bloch. Cahier 25). Dès la fin avril 1941, André Marty, proposa qu’un rôle spécifique fût attribué à J.-R. Bloch dans le domaine de la propagande internationale en direction des intellectuels.
« 1. Considérer que la tâche essentielle du camarade Jean-Richard Bloch est l’action parmi les Intellectuels des pays capitalistes et avant tout de France et des Deux Amériques sur les questions françaises et soviétiques. [...]

2. Préciser cette tâche avec la fraction de Voks et de la Littérature Internationale qui doivent toujours subordonner l’activité de Jean-Richard Bloch en URSS à ses tâches internationales. » (30 avril 1941, 517 3 47).

Après l’attaque allemande, Marty* réitéra ses propositions en faveur de Jean-Richard Bloch auprès des autorités de l’Internationale, se plaignant du sort fait à Inoradio aux émissions en français (27 juin 1941). Durant quatre ans, Jean-Richard Bloch lut ses « Commentaires » en français à la radio soviétique dont le premier fut prononcé le 9 juillet 1941 (voir le recueil posthume, De la France trahie à la France en armes). Le 16 octobre 1941, alors que les armées allemandes étaient aux portes de Moscou, Jean-Richard et Marguerite Bloch furent évacués à Kazan, puis en décembre 1941 à Oufa où ils demeurèrent un an dans des conditions très difficiles ; Jean-Richard Bloch y contracta une grave pneumonie et dut interrompre quelque temps ses émissions à la radio. Marty* ne considérait pas Jean-Richard Bloch comme un allié sûr, mais comme un « communiste de fraîche date ». Dans une note confidentielle destinée à [Dimitrov’>49937], le 6 mai 1943, il affirma que Jean-Richard Bloch informait « en détail la Délégation de la France Combattante à Moscou de toutes les informations qu’il reçoit à l’IC jusques y compris des réunions des camarades français et de diverses conversations ». Il proposa que Jean-Richard Bloch ne fût autorisé à venir au siège de l’IC que pour la réunion hebdomadaire du Groupe français. À l’été 1943, il le dénonça comme un « élément gaulliste » (517 1 1933).

À la fin 1943 et au début 1944, Jean-Richard Bloch tomba gravement malade. Peu de nouvelles lui parvenaient des siens restés en France. Il n’apprit qu’à son retour le lourd tribut que sa famille avait payé au nazisme, sa mère gazée à Auschwitz, sa fille France, résistante, déportée en 1942, exécutée en février 1943 à Hambourg, son gendre Frédéric Sérazin massacré par la Milice en juin 1944. Après la Libération de Paris et la reparution de Ce Soir, Jean-Richard Bloch collabora de Moscou au journal ; le 29 septembre 1944 parut un entretien avec de Maurice Thorez à Moscou. En décembre 1944, Jean-Richard Bloch et sa femme obtinrent des autorités soviétiques, grâce à l’appui de Maurice Thorez, l’autorisation de rejoindre la France. Après un long voyage, ils retrouvèrent Paris le 16 janvier 1945.
Peu de temps après, Jean-Richard Bloch reprit sa place de co-directeur de Ce Soir aux côtés d’Aragon*.

À partir de décembre 1946, il siégea sur les bancs communistes au Conseil de la République et devint vice-président de la Commission des Affaires étrangères. En 1947, il rassembla dans Moscou-Paris des écrits ayant trait à l’URSS, notes de voyages, conférences, articles. Il mourut subitement le 15 mars 1947. Le 19 mars, le PCF lui fit des obsèques solennelles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50846, notice BLOCH Jean. Pseudonymes : RICHARD Jean, puis BLOCH Jean-Richard. [version DBK] par Nicole Racine, version mise en ligne le 15 juillet 2009, dernière modification le 15 juillet 2009.

Par Nicole Racine

SOURCES : RGASPI, 495 1O A 127 ; 495 270 7360 ; 517 1 1931, 1933 ; 517 2 1 ; 517 3 4, 6, 43 ; 541 1 128. — Notice par Nicole Racine, DBMOF. — Nicole Racine, « Jean-Richard Bloch ou les épreuves de la fidélité (1939-1941) », in Jean-Richard Bloch. L’écriture et l’action, sous la direction d’Annie Angremy et Michel Trebitsch, Éditions de la BNF.

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