BARBUSSE Henri [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 17 mai 1873 à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 30 août 1935 à Moscou ; écrivain ; membre du PC à partir de 1923 ; directeur littéraire de l’Humanité (1926-1929) et de Monde (1928-1935) ; symbole et porte-parole de plusieurs organisations impulsées par l’IC.

Barbusse dans une réunion de la Ligue contre l’Impérialisme, à Bruxelles, 1927
Barbusse dans une réunion de la Ligue contre l’Impérialisme, à Bruxelles, 1927

Élevé dans un environnement athée, républicain et littéraire, Henri Barbusse, après avoir été, de 1899 à 1902 sous-chef de cabinet du ministre de l’Agriculture, se consacra jusqu’en 1914 au journalisme et à la littérature. Son premier roman, Les Suppliants, paru en 1903, fut suivi en 1908 de L’Enfer. Il manifestait également son intérêt pour les idées pacifistes, internationalistes, socialistes et anarchisantes.

Bien que dégagé de toute obligation militaire, il s’engagea le 2 août 1914, et s’en expliqua le 9 août dans l’Humanité : il était persuadé de combattre, à travers une guerre sociale, l’impérialisme et le militarisme. Il resta dix-sept mois à l’armée, dont onze au front comme simple soldat. Cette expérience lui servit à rédiger Le Feu, journal d’une escouade, qui décrivait le quotidien de la guerre, et qui obtint le prix Goncourt et eut un écho considérable.

Devenu « soldat de la paix », Barbusse fonda en 1917 l’Association républicaine des anciens combattants, en 1919, le mouvement Clarté et en 1920 l’Internationale des anciens combattants. Peu à peu, les mots d’ordre de ces organisations se précisèrent en faveur du bolchevisme. À partir de 1919, Barbusse, qui fut directeur littéraire du Populaire d’avril 1918 à août 1920, se prononça pour la IIIe Internationale. Il adhéra au PC en 1923, et fut le premier écrivain français connu à le faire. Dès lors, son destin littéraire et son engagement politique se confondirent. Car il resta écrivain et publia encore la fresque des Enchaînements (1925), les trois « films » de Force (1926), le cycle de Jésus (Jésus, Les Judas de Jésus, Jésus contre Dieu, 1926-1927), un roman, Élévation (1930), une biographie, Zola (1932).

En 1925, il adhéra au Comité d’action contre la guerre impérialiste au Maroc et en 1926, il fit une enquête, dans les Balkans, sur les victimes de la Terreur blanche qu’il publia sous le titre, Les Bourreaux (La Terreur blanche dans les Balkans). Dans les années qui suivirent, Barbusse participa à de nombreux comités et à de multiples campagnes : Comité de défense des victimes de la Terreur blanche, affaires Sacco et Vanzetti, Tom Mooney, Secours ouvrier international, Comité pro-hindou, Comité de défense de la race noire, le Comité de défense des victimes du fascisme hitlérien, etc. Cette activité se concrétisa dans de nombreux écrits : Les Bourreaux (1926), Voici ce qu’on a fait de la Géorgie (1929), Russie (1930), Connais-tu Thaelmann ? (1934), etc. Barbusse joua un rôle de premier plan dans l’apparition publique de la Ligue contre l’impérialisme, fondée à l’initiative du Komintern, et plus particulièrement de W. Münzenberg*, lors du congrès de Bruxelles en février 1927. Il participa aussi à son IIe congrès tenu en juillet 1929 à Francfort. Il fit de fréquents voyages en URSS et assista en juillet 1928 au VIe congrès de l’IC. En 1927, il avait été un des organisateurs du congrès de création des Amis de l’Union soviétique, tenu à Moscou.

Barbusse eut parfois affaire à de solides inimitiés jusque dans son camp. Après avoir, sans doute, aidé financièrement Monde à ses débuts, les Soviétiques le désavouèrent le jugeant trop « confusionniste ». Les rapports de Barbusse avec le PC furent particulièrement tendus en 1930-1931. Mais la dissolution de la RAPP (Association russe des écrivains prolétariens), en avril 1932, la modification partielle de la rédaction de Monde et le rôle public joué par Barbusse au sein des « organisations de masse » du Komintern lui rendirent tout son crédit auprès des siens. Et ceci d’autant plus qu’à partir d’avril 1932, Barbusse fut un des principaux initiateurs puis porte-parole du congrès contre la guerre impérialiste, tenu à Amsterdam les 27-29 août 1932. À cette occasion, suite à une entrevue à Lucerne le 8 juillet 1932 en présence de son secrétaire Louis Gibarti, avec Fritz Adler, le secrétaire de l’IOS et Adolf Sturmthal il eut une polémique publique dans Monde avec Romain Rolland et Fritz Adler au sujet de la préparation de ce congrès : soucieux que l’IC n’y apparaisse de façon trop voyante, il y minimisait son rôle, symbolisé par la présence à ses côtés de L. Gibarti et W. Münzenberg* qu’il présentait comme des « collaborateurs » l’aidant « dans le labeur formidable de la préparation du congrès ». Ces explications ne purent convaincre R. Rolland et F. Adler de l’indépendance de cette manifestation vis-à-vis du Komintern ; l’IOS interdit d’ailleurs à ses sections d’y participer. Par la suite, Barbusse fut un des principaux porte-drapeau du Comité contre la guerre et le fascisme puis du Mouvement Amsterdam-Pleyel et reçut une aide financière du Komintern pour développer ces deux mouvements.

Barbusse qui rencontra Staline* en janvier 1933 joua également un rôle culturel de premier plan dans les organisations culturelles communistes et impulsées par l’IC : directeur de Clarté (1919-1924) ; directeur littéraire de l’Humanité (1926-1929) ; membre fondateur en 1927 de l’Union internationale des écrivains révolutionnaires (UIER), de sa section française, l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) créée en 1933 et de sa revue Commune (1933-1935) ; membre du Comité international de rédaction des revues du Bureau international de la littérature révolutionnaire ; enfin organisateur du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture (Paris, juin 1935). En 1935, il publia, la même année que B. Souvarine*, mais dans un tout autre esprit, un Staline*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50829, notice BARBUSSE Henri [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 3 octobre 2010, dernière modification le 19 mai 2011.

Par Michel Dreyfus

Barbusse dans une réunion de la Ligue contre l’Impérialisme, à Bruxelles, 1927
Barbusse dans une réunion de la Ligue contre l’Impérialisme, à Bruxelles, 1927

ŒUVRE : L’Enfer, Librairie Mondiale, 1908. Dernière édition : Albin Michel, collection Le Livre de poche. — Nous autres. Fasquelle, 1914. — Le Feu, Flammarion 1917. Dernière édition : Le Feu, suivi du Carnet de guerre, préfacé et annoté par Pierre Paraf, Flammarion, 1965. — Paroles d’un combattant, Flammarion 1920. — Clarté, Flammarion, 1919. — La Lueur dans l’abîme, ce que veut le Groupe Clarté, Éditions Clarté, 1921. — Les Enchaînements, Flammarion, 1925. — Les Bourreaux (Dans les Balkans, La Terreur blanche, Un formidable procès politique), Flammarion, 1926. — Jésus, Flammarion, 1927. — Les Judas de Jésus, Flammarion, 1927. — Manifeste aux Intellectuels, Les Écrivains réunis, 1927. — Faits divers, Flammarion, 1928. — Voici ce qu’on a fait de la Géorgie, Flammarion, 1929. — Ce qui fut sera, Flammarion, 1930. — Élévation, Flammarion, 1930. — Russie, Flammarion, 1930. — Zola, Gallimard, 1932. — J’accuse, Bureau d’Éditions, 1932. — Connais-tu Thaelmann ?, Éditions Comité Thaelmann, 1934. — Staline. Un monde nouveau vu à travers un homme, Flammarion, 1935. — La Guerre en Éthiopie, Éditions Mondiales, 1936. — Lettres de Lénine à sa famille, présentées par Henri Barbusse, Rieder 1936. — Lettres d’Henri Barbusse à sa femme 1914-1917, Flammarion, 1937.

SOURCES : RGASPI, 534 3 241. — Notice par J. Relinger, DBMOF, t. 18. — J. Carré-Prézeau, Amsterdam-Pleyel (1932-1939). Histoire d’un mouvement de masse, Thèse de Doctorat, Université Paris VIII, 1993, 704 p. — M. Dreyfus, « W. Münzenberg et les organisations de masse proches du Komintern », Willy Münzenberg, 1889-1940 : un homme contre, Paris, Le Temps des cerises, 1993, 200 p. — Jean Relinger, Henri Barbusse, écrivain combattant, PUF, 1994, 289 p. — Marcel Cachin, Carnets, t. 3, (1921-1933), sous la dir. de D. Peschanski, ed. établie et annotée par S. Wolikow et J. Girault, Paris, CNRS Editions, 1998, 862 p. — Notes de M. Narinski.

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