HINCKER Charles, Albert

Par Léon Strauss

Né le 28 décembre 1882 à Strasbourg (Basse-Alsace, Alsace–Lorraine annexée), mort le 1er janvier 1983 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; mécanicien ajusteur ; permanent du Parti socialiste SFIO et de la CGT, employé de coopérative ; militant social-démocrate (1911-1918), puis socialiste SFIO (1919-1920), puis communiste (1921-1922), puis à nouveau socialiste SFIO (1922-1963) ; président de la Fédération sportive du travail d’Alsace et de Lorraine (1920-1924), conseiller municipal de Strasbourg (1925-1929 ; 1945-1947), conseiller général du Bas-Rhin (1937-1940), secrétaire permanent de la fédération socialiste du Bas-Rhin (1924-1930 ; 1938-1939 ; 1945), secrétaire du syndicat CGT des ouvriers du bâtiment du Bas-Rhin (1935-1938).

Charles Hincker était le fils de François Aloyse Hincker, patron coiffeur, et de Rosalie Fritsch, repasseuse. À partir de neuf ans, il fut obligé de passer tous ses temps de loisirs dans la boutique de son père ouverte jusqu’à 22 h même le dimanche. Après sa scolarité primaire, il apprit le métier de mécanicien ajusteur et réussit ultérieurement le brevet de maîtrise. Il entra, dès 1902, dans le mouvement ouvrier en adhérant à la Société ouvrière de gymnastique de Strasbourg-Neudorf, son quartier, puis après son service militaire dans l’armée allemande (1909-1911), au Parti social-démocrate.

Mobilisé comme sous-officier dans la police militaire de 1914 à 1918, il devint, après le retour de l’Alsace à la France, président de l’Union ouvrière des sports athlétiques d’Alsace et de Lorraine, puis président de la Fédération sportive du travail d’Alsace et de Lorraine (1920-1924). Il présida aussi les associations sportives ouvrières de Neudorf : Société ouvrière de gymnastique (1922-1925), puis Société de gymnastique Égalité (1929-1939). Entré au Parti communiste après le congrès de Tours, il revint rapidement à la SFIO, dont il devint président de la section de Strasbourg (1922-1925). Il fut élu au conseil municipal de Strasbourg en 1925, mais fut battu en 1929. De 1924 à 1930, il fut salarié du parti, en qualité de secrétaire de la fédération du Bas-Rhin jusqu’à la suppression du poste. Entré le 1er janvier 1931 dans une entreprise privée, il devint à nouveau permanent du mouvement ouvrier comme secrétaire du syndicat réunifié des ouvriers du bâtiment CGT (1935-1938), puis à nouveau secrétaire fédéral de la SFIO jusqu’à l’évacuation de Strasbourg le 1er septembre 1939.

Il avait eu à certains moments des positions « gauchistes », puisqu’il critiqua la ligne « nationaliste » de Jacques Peirotes* et Eugène Imbs après le procès des autonomistes à Colmar (1928) et il tenta de s’opposer, lors des élections municipales de 1935, au compromis conclu entre Marcel-Edmond Naegelen* et le maire conservateur Charles Frey ; au second tour, il refusa de figurer sur la liste « proportionnelle ». Candidat sans succès aux élections municipales complémentaires à Strasbourg (octobre 1930), aux élections législatives à Haguenau en 1932 et 1936 et aux cantonales de 1935 à Strasbourg-Est, il battit l’ex-communiste Jean-Pierre Mourer aux élections cantonales de 1937 à Strasbourg-Ouest avec le soutien du PCF et des radicaux et entra au conseil général du Bas-Rhin.

Après l’annexion nazie de 1940, Charles Hincker entra au service du cadastre, mais il fut licencié de cette administration pour avoir refusé d’entrer dans l’Opferring (Cercle du sacrifice, organisation nazie destinée aux Alsaciens). Menacé de transfert à l’intérieur du Reich, il réussit quand même à rester à Strasbourg en se faisant embaucher dans une entreprise du bâtiment, puis dans une usine d’armement. En 1943, selon un témoignage de l’ex-député Marcel Sturmel, il accepta, avec son camarade Adolphe Sorgus*, de rencontrer les anciens conseillers généraux UPR (catholiques autonomistes) Gromer et Rossé pourtant ralliés en 1940 au nazisme, qui prévoyaient un plan d’administration provisoire de l’Alsace par les conseils généraux après la défaite allemande. Ils auraient alors reçu l’assurance que l’annexion de facto serait levée et qu’il s’agissait de prévoir le retour à la France. Après la Libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944, il reprit ses fonctions de secrétaire permanent fédéral du Parti socialiste chargé de la presse et de la propagande, tout en devenant directeur administratif et gérant du quotidien strasbourgeois bilingue du parti, La Presse libre.

En février 1945, il dut protester contre une campagne de diffamation qui le confondait avec un homonyme, ancien communiste rallié au nazisme, Ernest Hincker*. Au même moment, il refusa la proposition adressée le 19 février par la « région » communiste du Bas-Rhin à la fédération SFIO de constituer un « comité d’unité ». En avril 1945, le préfet le nomma conseiller municipal de Strasbourg. Il fut réélu à ce conseil en octobre 1945. En novembre 1946, il fut candidat au Conseil de la République. En avril 1947, il fut chargé de diriger une école d’orateurs créée par la fédération socialiste du Bas-Rhin. En 1950, il était délégué suppléant à la CAP de la SFIO. Après la suppression de son poste de permanent du parti, il fut employé par la Société coopérative de consommation de Strasbourg.

Écrivain dialectal, Charles Hincker fut l’auteur de plusieurs pièces qui figurèrent au répertoire du Théâtre alsacien ou du Théâtre populaire de Strasbourg.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50792, notice HINCKER Charles, Albert par Léon Strauss, version mise en ligne le 8 juillet 2009, dernière modification le 15 août 2010.

Par Léon Strauss

ŒUVRE : Bie de Rhinzwerichle un Schnee-Elfe (Chez les petits nains du Rhin et les elfes de neige), Conte en un acte, 1924. — S’Lorele (La petite Lore), conte du Rhin, 4 actes, 1929. — D’Millione-Schnieder (Le tailleur millionnaire), drame populaire en 3 actes, 1932. — Alles isch degeje (Tout est opposé), comédie satirique en 3 actes, 1934. —Gelbkreuz 1000 (La croix jaune 1000), pièce antinazie en un acte, date inconnue.

SOURCES : Arch. Nat., F7 13402. — Arch. Dép. Bas-Rhin, 98 AL 1064, 286 D 354, 544 D 5. — Freie Presse, 1919-1939 (notamment le 28 décembre 1938). — La Presse libre, 1945. — Annuaire de la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine, Strasbourg, 1960, p. 52-53. —Dernières Nouvelles d’Alsace, Strasbourg, 5 janvier 1963. — Le Républicain d’Alsace, Mulhouse, 5 janvier 1963. — DBMOF, 31, p. 362 (données fausses en grande partie). — Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, fascicule n° 16, Strasbourg, 1990, p. 1590.

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