GARNIER André, Albert

Par Jean Lorcin

Né le 25 juin 1897 à Guéret (Creuse), mort le 4 décembre 1967 à Sorbiers (Loire). Plâtrier-peintre à Saint-Étienne (Loire) ; syndicaliste, secrétaire de la 3e région fédérale du Bâtiment (CGTU), gérant du journal Le Bâtiment unitaire, membre du conseil des Prud’hommes de Saint-Étienne.

André Garnier, enfant naturel de Marie GARNIER, lingère à Guéret, fut élevé par l’Assistance publique. De retour chez sa mère lorsqu’il fut en âge de travailler, il s’embaucha chez un marchand de bestiaux comme vacher itinérant. Apprenti chez un peintre en bâtiment à l’âge de seize ans, il reprit bientôt sa première occupation comme boucher. Appelé au front le 10 janvier 1916, il était mobilisé à la 13e section COA, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), au moment de son premier mariage, le 2 septembre 1918. Démobilisé le 15 avril 1919, il entra au PLM, à Lyon (Rhône). À l’issue d’une grève de solidarité pour la réintégration de deux cheminots révoqués, où il s’était fait remarquer pour sa combativité, il fut révoqué lui-même et devint plâtrier-peintre. Secrétaire du syndicat unitaire du Bâtiment à Saint-Étienne en 1926 ou, selon le commissaire spécial, au début de l’année 1928, date à laquelle il aurait été envoyé à Saint-Étienne – il habitait alors Lyon – par la région communiste de Lyon pour créer un syndicat unitaire du bâtiment (Arch. Dép. Loire, 1188 W, Renseignements généraux 1938-1941 ; 18. CS, Saint-Étienne, 9 août 1929). Propagandiste du Parti communiste – bien qu’il se défendît encore en 1929 d’appartenir au parti lorsque le secrétaire du syndicat confédéré du Bâtiment, Poizat, l’accusa de « recevoir des ordres de Moscou » (Cri du Peuple, 17 août 1929, p. I) – il entra au comité de rayon de Saint-Étienne en 1928 et y fut chargé de la propagande dans les syndicats. Il fut désigné rapidement comme secrétaire régional du syndicat unitaire du Bâtiment. Dès lors, il concentra l’essentiel de son activité sur Lyon, où il tenta « d’entamer l’hégémonie du Cartel autonome du Bâtiment », dans un climat « passionnel et violent » : « (…) les équipes de choc du Cartel se heurtent souvent aux militants de la CGTU. Les bagarres sont nombreuses tant sur les chantiers qu’au cours des meetings. Garnier se trouve le plus souvent au premier rang », note Henry Destour (Les Syndicalistes révolutionnaires…). C’est ainsi qu’en 1929, à l’occasion de la grève déclenchée par le syndicat unitaire des charpentiers de Saint-Étienne qui devait servir de préparation à la journée révolutionnaire du 1er août, Garnier fut arrêté par le service de sûreté et poursuivi par le Commissaire du 1er Arrondissement pour atteinte à la liberté du travail et violences le 24 juillet 1929 : il eut à répondre « des coups qu’il aurait portés à Poizat, le secrétaire du Bâtiment confédéré » (Cri du Peuple, 17 août 1929)- Garnier lui reprochait d’avoir rencontré les patrons entrepreneurs pour arriver à un arrangement, le 5 juillet -, ainsi que des volées de coups de poing administrées le 15 juin et le 22 juillet à des ouvriers réticents à suivre la grève des charpentiers. C’était, argua-t-il pour sa défense, son devoir, en tant que secrétaire du syndicat, de rappeler à l’ordre des camarades qui, après avoir donné leur adhésion, avaient « manqué à leur parole » (Audience du tribunal correctionnel de Saint-Étienne du 8 août 1929). Il fut condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne, le 8 août 1929, à quinze jours de prison pour coups et blessures volontaires et 300 F. de dommages et intérêts envers la personne de Poizat et à 3 mois de prison (confusion avec la première peine) pour entraves à la liberté du travail avec violences.

Il aurait démissionné du PC à la fin de l’année 1929, par suite de son désaccord avec les militants de la Loire « au sujet des fonctions de délégué à la propagande antimilitariste qu’il convoitait probablement » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CS, Saint-Étienne, 9 août 1929). Arrivé à Lyon le 19 mai 1930, il s’établit à Vénissieux (Rhône) (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CS, Lyon, 16 juin 1930). On le retrouve cependant en 1932 au comité de rayon de Saint-Étienne, où il était délégué à la propagande de la MOE (Arch. Nat. F7/13129). Il était encore membre du rayon en 1934.

Devenu secrétaire adjoint de la Fédération unitaire du Bâtiment en 1932, il fut arrêté à l’occasion d’une manifestation des chômeurs irrités par les dépenses consacrées, en pleine crise, à la visite du président de la République, le 21 octobre 1933, et relaxé. Il assura le secrétariat de l’ULU et la direction du Comité Central des chômeurs unitaires pendant l’immobilisation de Marcel Thibaud, sévèrement frappé par les policiers lors de cette manifestation.

Il revint en 1934 à Saint-Étienne où il reprit ses fonctions de secrétaire du syndicat du Bâtiment de Saint-Étienne et de secrétaire de la 3e région fédérale unitaire.

Il anima, dans le cadre du Front populaire, un « Comité d’action » qui semble s’être distingué par ses violences contre « les hommes du 6 février, à Paris, et du 12 juin, à Saint-Étienne » : c’est ainsi que le 24 juin 1935, il mit à mal sur un chantier des « blancs-becs » qui arboraient l’insigne des « Croix de Feu » (Cri du Peuple, 29 juin 1935). Néanmoins, le but essentiel de ce « Comité d’action » était de syndicaliser à outrance les ouvriers du Bâtiment stéphanois : en deux mois, écrivait Garnier, le Comité avait regroupé « plus de 1 500 membres », (Cri du Peuple, 17 août 1935). Membre ex-unitaire de la 1re commission exécutive paritaire de l’UD-CGT unifiée en 1936, Garnier prit une part active aux grèves du Front populaire.

Garnier ne tarda pas à rejoindre les rangs des ex-confédérés, dès lors majoritaires à la CE de l’UD-CGT de la Loire. Il s’était en effet rallié aux thèses des syndicalistes révolutionnaires Arnaud* et Urbain Thévenon*, ce qui amena également sa démission du Parti communiste, dont il fut exclu pour « menées trotskistes » en 1936 (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18) ou au début de 1937.

Dès lors, son organisation syndicale, « solidement structurée » et très combative, allait devenir un des « bastions » de la minorité ex-confédérée au sein de la CGT et au sein même de la Fédération du Bâtiment où la pratique de la proportionnelle intégrale avait favorisé la prise en main de la direction, la « colonisation » par le PC (cf. A. Prost, La CGT…, p. 142-144), d’autant plus que Garnier avait multiplié les maladresses. C’est ainsi que, au congrès national du Bâtiment de septembre 1936, il avait cru bon d’invoquer l’inexpérience des nouveaux adhérents, des « jeunes » qui allaient, selon lui, se perdre dans la complexité des divers « courants » du mouvement syndical : « Tu nous prends pour des nouilles », répliqua la base (congrès du Bâtiment en 1936, p. 83, cité dans A. Prost, La CGT…, p. 157-158, note 36).

Le 11 avril 1938, un chef de chantier cégétiste, Charles Chauzier, fut blessé mortellement sur un chantier de la SADE, société de construction travaillant beaucoup pour la municipalité de Saint-Étienne, à la suite d’une altercation avec Garnier à l’occasion de l’élection d’un délégué de chantier (8 avril 1938). Garnier, prévoyant la campagne, dont cet incident allait être le prétexte, s’empressa de donner sa version de l’incident avant qu’il en eût mesuré toute la gravité, Chauzier n’étant pas encore mort : selon le chef syndicaliste, ce dernier avait été l’« innocente victime » d’une bagarre entraînée par les provocations de la direction décidée à empêcher le libre exercice du droit syndical (Tribune, 12 avril 1938). De fait, Garnier s’était heurté au mauvais vouloir de la direction de la SADE lors des élections des délégués de chantier, le vendredi 8 avril 1938 : le directeur avait exercé des pressions sur les travailleurs immigrés. Ce fut l’occasion d’un premier heurt entre Garnier et le chef de chantier Chauzier, qui lui aurait craché à la figure. Garnier avait cependant obtenu le report du vote au lundi suivant, mais le directeur et Chauzier s’étaient opposés à ce que le dépouillement eût lieu immédiatement après le vote, pendant le travail. Telle fut l’origine de la bagarre au cours de laquelle Chauzier, fut atteint de plusieurs coups de couteau (cf. H. Destour, Les syndicalistes révolutionnaires, p. 53-54). Garnier, rendu responsable moralement, fut arrêté en compagnie de David, secrétaire de section des plombiers-zingueurs, pour coups et blessures avec préméditation, le 19 avril 1938. Le secrétaire de la Fédération du Bâtiment, Labrousse, arrivé à Saint-Étienne dès le 13 avril, annonça alors son intention de reconstituer et d’épurer le syndicat ; manifestement, le Parti communiste tenait à utiliser rapidement l’affaire pour reconquérir la direction de la 3e région fédérale du Bâtiment : dès le 25 avril, Garnier était considéré comme « relevé de ses fonctions » à la tête de la « 3e région fédérale » par la commission exécutive fédérale, sans même attendre le congrès régional extraordinaire qu’elle se proposait de faire réunir par le bureau régional ; quant à l’UD de la Loire, elle lança immédiatement une grande campagne d’explication auprès de l’ensemble de la population stéphanoise (Le Cri du Peuple, 5 mai 1938). Dès le 21 avril 1938, Le Cri du Peuple s’en était pris à « la politique de la trique, de l’injure, de la calomnie, du couteau et du revolver » de Garnier. Le syndicat du Bâtiment se solidarisa avec Garnier et un comité de défense se constitua sous l’impulsion d’Urbain Thévenon. Il n’empêche qu’au meeting de l’UD du 26 avril 1938, Garnier était d’ores et déjà implicitement condamné par Benoît Frachon lui-même :

« S’il est prouvé, dit ce dernier, que des militants, et surtout des dirigeants syndicaux, ont pris la moindre part à un acte aussi odieux, nous ne les voulons pas parmi nous ! »

Le IIIe congrès de l’UD-CGT (8-9 mai 1938) fut houleux : en effet, l’affaire Garnier fut, sous la pression des minoritaires, au centre des débats, en dépit des efforts de Marcel Thibaud et Benoît Frachon pour la minimiser. À la suite d’une manœuvre de séance — B. Frachon interprétant le vote quasi unanime du congrès pour passer au vote sur ce point comme une approbation pure et simple de la position de la majorité, qui refusait de prendre la défense de Garnier — les minoritaires, dirigés par Urbain Thévenon, quittèrent la salle. De sa prison, Garnier fit acte de candidature au deuxième tour des élections législatives partielles de 1938 dans la 1re circonscription (Canton Nord-Est) de Saint-Étienne dans le seul but de faire obstacle à l’élection de Marcel Thibaud. Garnier, déjà titulaire de cinq condamnations pour coups et blessures, entraves à la liberté du travail, etc., fut cette fois condamné à une peine de principe, deux mois de prison et 100 francs d’amende, par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne, le 23 mai 1938, tandis que David était acquitté par la cour d’assises.

La cause de Garnier fut renforcée par sa réélection au congrès de la 3e région fédérale du Bâtiment en janvier 1939 et par la sentence rendue par les autorités confédérales en mars 1939 : la CGT, en effet, blâma la Fédération du Bâtiment de n’avoir pas affirmé a priori sa solidarité à l’égard de militants « aux prises avec la justice bourgeoise », d’autant plus que leur inculpation reposait « sur des bases extrêmement fragiles ». Les minoritaires furent renforcés dans leur position par cette décision : « Nous avions raison », s’exclamèrent-ils (Tribune, 7 mars 1939) au reçu d’une bonne nouvelle qui traduisait sans doute une modification dans les rapports de forces au sein de la direction confédérale : il ne leur restait donc plus qu’à dissoudre le comité de défense Garnier-David, qui n’avait plus de raison d’être. Mais, non contents de ce succès, ils résolurent de faire de l’affaire Garnier-David un thème de propagande pour le IVe congrès de l’UD de la Loire des 3 et 4 juin 1939 : ils demandèrent le remboursement par l’UD des fonds avancés par les minoritaires pour les frais de procédure. Devant le refus de la majorité de modifier l’ordre du jour du congrès, les minoritaires quittèrent à nouveau la salle et mirent à exécution leur menace de faire la grève des cotisations dans la Loire. On était au bord de la scission, d’autant plus qu’à l’affaire Garnier s’ajoutaient des divergences plus profondes sur le thème de Munich, comme le soulignait d’ailleurs Le Cri du Peuple du 20 avril 1939 qui jugeait que les Duperray* et les Thévenon « (mélangeaient) tout » dans leur argumentation : il en tirait prétexte pour refuser de publier leur « charabia ».

Garnier eut sa revanche avec l’exclusion des communistes de la CGT après la signature du Pacte germano-soviétique : il rentra dans la nouvelle commission exécutive de l’UD de la Loire. Mais la réunion constitutive de la nouvelle CGT, organisée par André Garnier le 12 novembre 1939 n’attira que 50 syndicats sur les 77 qui constituaient officiellement l’UD. Les syndicats importants, ceux des mineurs, des métallurgistes, des facteurs PTT, du textile, des employés de commerce, des techniciens des métaux, dont les secrétaires étaient communistes ou proches du parti, s’étaient abstenus. Le bureau confédéral fut composé aux quatre cinquièmes par des militants qui participaient aux activités du Centre d’Action Syndicale contre la guerre. En fait, la CGT ne regroupait plus que quatre mille adhérents ouvriers. La faiblesse de cette audience était la conséquence d’une répression massive et inintelligente, qui ne savait pas distinguer entre les militants et décourageait les bonnes volontés : les ouvriers n’osaient plus se proposer comme délégués de crainte d’être radiés de l’affectation spéciale, à telle enseigne que Garnier a dû intervenir contre la radiation de l’affectation spéciale d’un ouvrier accusé à tort d’être communiste. En outre, le nouveau secrétaire général de l’UD ne faisait pas l’unanimité. Des militants réformistes lui reprochaient son passé d’action révolutionnaire.

Le patronat en profitait pour revenir sur les conquêtes du Front populaire. Les syndicalistes, empêtrés dans leur politique de collaboration, étaient pris au piège, comme le constatait avec lucidité André Garnier : « le patronat en prend trop à son aise. Il fait tout ce qu’il veut. C’est plus que jamais son règne. Il embusque qui lui plaît […], réalise des bénéfices scandaleux […], exerce des représailles sur les syndicalistes. L’ouvrier est dans la misère, il ne connaît que des privations […] La CGT ne donne confiance à personne, car elle s’est fait vite l’instrument du patronat, mais, avant peu, tout cela va changer … » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. Préfet Loire, Saint-Étienne, 20 janvier 1940). Mais les syndicalistes ne pouvaient dénoncer ces mesures de réaction, sous peine de passer pour des communistes, et semblaient cautionner une politique qu’ils désapprouvaient.

Rappelé et affecté au dépôt 131 – 23e Cie le 12 mars 1940, il fut réformé le 22 mars 1940.

Le 14 juillet 1940, André Garnier, accusé d’avoir « fui son poste » le 20 juin 1940, « quelques jours avant l’arrivée des troupes allemandes à Saint-Étienne », pour se rendre à Narbonne, fut relevé de ses fonctions de Secrétaire général de l’UD des syndicats ouvriers de la Loire par la Commission Exécutive de l’UD (Arch. Dép. Loire. Commissaire central, Saint-Étienne, 15 juillet 1940) et exclu de la CE le 29 septembre 1940, décision confirmée et maintenue par la CE le 3 novembre 1940 (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. Inspecteur principal Mauran, Saint-Étienne, 2 février 1942). André Garnier tenta en vain de se disculper, déclarant « que c’est d’accord avec quelques camarades de l’UD des syndicats qu’il est parti momentanément de Saint-Étienne ; son départ a été motivé par la crainte d’être l’objet, en sa qualité de militant et dirigeant syndicaliste, de représailles de la part des Allemands. Pendant son absence, il s’est rendu à Toulouse pour y voir les responsables de la CGT (Jouhaux, Bothereau, Buisson, etc.) ; ceux-ci auraient approuvé sa façon d’agir. Il est rentré à Saint-Étienne dans les premiers jours de juillet 1940, la veille du départ des Allemands. » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. Inspecteur principal Mauran, Saint-Étienne, 29 janvier 1942).

De fait, il figurait sur la liste des antimilitaristes dressée par les Renseignements généraux.

La Chambre syndicale du Bâtiment émit un avis défavorable à sa demande d’autorisation de s’établir à Saint-Étienne comme plâtrier-peintre, son apport financier étant pour ainsi dire nul ; d’autre part, son passé ne militait pas en sa faveur, de sorte qu’il ne présentait nullement les garanties nécessaires au point de vue moral « à un maître ouvrier, qui doit être un exemple de moralité et d’honorabilité pour tout son personnel » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. Inspecteur Christian, CS, Saint-Étienne, 3 juin 1941).

Ne s’étant « pas rallié au Gouvernement du Maréchal » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CP, Saint-Étienne, 18 juillet 1941), il fut déchu, le 21 août 1941, de son mandat de suppléant au sein du Comité départemental de l’Enseignement technique par arrêté du préfet de le Loire en date du 18 août 1941.

Résistant en 1944 – il avait quitté son travail de plâtrier pour rejoindre un maquis de l’AS – il ne reprit pas son activité syndicale après la Libération.

En effet, il fut enveloppé dans la vague d’épuration qui frappait non seulement les militants qui avaient accepté des responsabilités pendant l’Occupation, mais encore tous ceux qui avant-guerre s’étaient opposés à la direction communiste de l’UD-CGT : « revenant du maquis, il fut refoulé de l’assemblée reconstitutive de son syndicat par les mitraillettes des FTP qui l’attendaient sur les marches de la Bourse du Travail », rapporte Tony Peyre (Arch. Dép. Loire, 20 J 30. Fonds Tony Peyre (3e secrétaire général de l’UD-FO Loire), s.d. « Pourquoi et comment Force Ouvrière naquit dans la Loire »). Après un examen de sa situation par la commission administrative du syndicat du Bâtiment en septembre 1944, un tribunal d’honneur prononça son exclusion en janvier 1945.

Devenu propriétaire d’une librairie-papeterie, rue de la Résistance à Saint-Étienne, André Garnier resta une personnalité politique locale au sein du Parti socialiste SFIO.

Il participa, aux côtés de Jean Seigne, Jean Duperray, Urbain Thévenon, tous syndicalistes révolutionnaires avant-guerre, et de René Mathevet, de la CFTC, à la création d’un Comité de défense des Libertés des Peuples d’Outre-Mer à Saint-Étienne, le 6 janvier 1955, et faisait partie, avec les mêmes et avec Tony Peyre*, secrétaire général de l’UD-FO de la Loire, du Comité Stéphanois de défense des travailleurs d’outre-mer. Ces deux organisations anticolonialistes avaient notamment reçu l’appui de Marceau Pivert*. Elles œuvraient en particulier pour la paix en Algérie.

André Garnier se présenta aux élections municipales de 1959 sur la liste de l’UFD qui menait campagne contre les gaullistes et Antoine Pinay et contre la guerre d’Algérie.

Il mourut le 4 décembre 1967 « au cours d’une promenade dans les bois de Sorbiers (Loire) où sa santé déjà chancelante l’avait obligé à se retirer » (H. Destour).

Marié à Saint-Paulien (Haute-Loire) le 2 septembre 1918 avec Jeanne Mélina Bongiraud, sans profession, née à Saint-Paulien le 23 juillet 1897, fille d’André Bongiraud, décédé à Saint-Paulien, et de Marie Elisa née Danthony, dentellière à Saint-Paulien, dont il a eu un enfant, il a divorcé le 10 novembre 1928. Il s’est remarié le 21 septembre 1939 à Saint-Étienne avec Louise Grégorie Borionne, née le 10 mars 1918 à Saint-Chamond. Elle est décédée le 4 mai 1940 lors de la naissance d’Albert Louis. C’était une « militante connue dans les milieux révolutionnaires et membre très active de la section stéphanoise de l’Union des femmes contre la guerre » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CS, Saint-Étienne, 22 mai 1930).

André Garnier fut un représentant typique, comme Arnaud*, de la minorité syndicaliste-révolutionnaire de la CGTU. Il laissa le souvenir d’un militant « actif », mais « violent en paroles et parfois en actes » (H. Destour). Rien qu’entre le 14 septembre 1935 et le 27 janvier 1938, la police a gardé la trace de douze entraves à la liberté du travail, souvent accompagnées de coups, imputables à Garnier. À deux reprises, il a obligé des ouvriers qui n’avaient pas leur carte syndicale à quitter leur chantier (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CP, Saint-Étienne, 18 juillet 1941). Ne serait-ce pas le legs d’une tradition anarcho-syndicaliste qu’illustrait la pratique persistante de la « chasse aux renards » ? C’est à ces pratiques, semble-t-il, que les militants communistes de la CGT unifiée ont voulu s’attaquer, au-delà de la personne de Garnier.

Les soixante-six livres ou brochures saisis chez lui lors d’une perquisition en février 1943 reflètent le tracé sinueux d’une carrière politique et syndicale complexe. On y trouve la trace du passé communiste de l’ancien secrétaire régional de la CGTU avec des ouvrages ou des discours de Karl Marx, Vaillant-Couturier, Maurice Thorez, Frachon et Staline, de Francis Jourdain, des internationalistes Clara Zetkin et Lozowski, de Barbusse sur Thaelmann, des numéros des Cahiers du Bolchevisme entre 1930 et 1934, des hommages à la Russie soviétique – Journal d’un soldat rouge, Les Hommes de Stalingrad — jusqu’au grand bond en avant du début des années 30, des évocations de la vie du parti à cette époque – Syndicalisme rouge et Secours rouge international, 9 février 1934, Journée rouge –, mais aussi l’annonce des réorientations ultérieures, avec le Lénine de Léon Trotsky, L’An I de la Révolution russe de Victor Serge. L’Histoire du PCF d’André Ferrat n’est plus en odeur de sainteté au Parti après 1930, les discours de Barbé et de Célor alternent avec ceux de Maurice Thorez et la possession du Doriot de Drieu La Rochelle confirme cet intérêt pour des déviants. Face à la police de Vichy, André Garnier n’a voulu retenir que cette rupture avec le parti de sa jeunesse, mais au prix d’une véritable réinterprétation du contenu de sa bibliothèque :

« Avant la guerre, je n’appartenais à aucun parti politique, je m’occupais simplement de la question syndicale et j’étais secrétaire du syndicat du bâtiment et par la suite de l’UD des syndicats ouvriers de la Loire. Je combattais l’ingérence du PC au sein des syndicats. […] Les livres et revues qui ont été saisis chez moi faisaient partie d’une documentation indispensable pour combattre les milieux communistes et dévoiler leur fausseté, d’autres sont des romans que j’ai achetés par curiosité […] » (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18. CP, Saint-Étienne, 2 février 1943).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50774, notice GARNIER André, Albert par Jean Lorcin, version mise en ligne le 2 juillet 2009, dernière modification le 3 novembre 2011.

Par Jean Lorcin

SOURCES : Arch. Nat., F7/13116, F7/13129 et F7/13652. — Arch. Dép. Loire, 3 M 80, 2 W 17, 2 W 31, 85 W 94, 85 W 154, 1188 W 18 (Renseignements généraux 1938-1941), 20 J 30 (Fonds Tony Peyre, s.d.), 20 J 52, 20 J 61, 37 J 98, 37 J 154. — « Et le candidat Garnier ? » (Le Mémorial de la Loire, 19 juin 1938). — Le Cri du Peuple, 17 août 1929, p. 1 (« Après le 1er août ») ; 29 juin 1935, p. 4 ; 1er août 1935, p. 4 ; 25 janvier 1938 ; 21 avril 1938, p. 1 (« Les gars du Bâtiment de la SADE désapprouvent les menées des dirigeants de leur syndicat ») ; 5 mai 1938, p. 5 (« Le patronat ne défigurera pas le syndicalisme du Bâtiment ») ; 30 mars 1939, p. 1 (« Ils étaient 20 pour abattre l’unité syndicale ») ; 20 avril 1939, p. 4 (« Nous voulons bien publier une réponse… mais pas du charabia »). — La Tribune républicaine, 2 juillet 1936 (« La grève dans le bâtiment ») ; 12 avril 1938 (« Une bagarre sur un chantier ») ; 22 avril 1938 (« La bagarre de la place Villebœuf ») ; 23 avril 1938 (« La bagarre de la place Villebœuf ») ; 27 avril 1938 ; 1er septembre 1938, 21 septembre 1938 ; 26 septembre 1938 ; 29 septembre 1938 ; 1er octobre 1938 ; 7 novembre 1938 (« Le banquet des « syndicalistes » de la Loire amis de la paix ») ; 7 mars 1939 (« Nous avions raison »). — La Loire républicaine, 28 avril 1938 (« Au meeting des Syndicats ouvriers on a évoqué le drame de Villebœuf »). — La Voix syndicaliste, n° 7, août 1937 ; n° 16, 25 mai 1938 ; n° 18, 25 juillet 1938 ; n° 22, novembre 1938 ; n° 25, février 1939 ; n° 29, juin 1939. — Le Courrier de l’Ondaine, 14 mai 1938, 11 juin 1938, 3 décembre 1938. — Projet de notice rédigé par Urbain Thévenon. — Antoine Prost, La CGT à l’époque du Front populaire, Paris, 1964. — Henry Destour, Les syndicalistes révolutionnaires et le mouvement syndical dans le département de la Loire entre les deux guerres mondiales. Aperçu des luttes de tendances dans les syndicats ouvriers de la Loire entre les deux Guerres mondiales, mémoire de maîtrise d’histoire, Saint-Étienne, 1971. — Monique Luirard, La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), Centre d’études foréziennes/Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur les structures régionales, 1980. — Jacques Girault, Benoît Frachon Communiste et syndicaliste, Presses de la FNSP, 1989. — Daniel Colson, « La Charte du travail et le syndicat des Métaux de Saint-Étienne », in Denis Peschanski, Jean-Louis Robert (dir.), Les ouvriers français pendant la 2e Guerre mondiale, actes du colloque, Paris, CNRS, 22-24 octobre 1992, Paris, Institut d’Histoire du Temps présent/Centre de recherche d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme, 1992. — Interview de Marcel Thibaud (12 juillet 1975). — États civils de Guéret et de Saint-Paulien.

ICONOGRAPHIE : Photographie le 24 juillet 1929 (Arch. Dép. Loire, 1188 W 18).

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