Né le 27 février 1913 à Jarnac (Charente) ; tonnelier puis commerçant ; poète, écrivain.

Pierre Boujut est issu d’une famille d’artisans tonneliers. Fils unique dont le père était mort à la guerre de 1914-1918, il fut élevé par sa mère et, après l’école primaire, poursuivit des études secondaires jusqu’au baccalauréat philosophie en 1930, avant de reprendre le métier de ses ascendants, à Jarnac. Pierre Chabert, dans une étude consacrée à Boujut (La Tour de Feu, 1967), note : « La famille Boujut est protestante... On est bon, on est honnête, on est « à gauche » chez les Boujut. En outre, on a l’esprit de répartie, l’esprit de décision qui sait régler les problèmes, envoyer au diable les gêneurs et les malappris. Cette rigueur protestante corrige les effets amolissants du climat, nourrit secrètement un goût de polémique et un penchant à la révolte... »
Idéaliste, Pierre Boujut fut très vite attiré par les idées socialistes et anarchistes, entra en correspondance avec R. Rolland, V. Margueritte, J. Giono. Poète optimiste, fraternel, ses premiers vers furent insérés dans la presse locale. Il avait alors vingt ans. Il accomplit quinze mois de service militaire qui furent pour lui, dira-t-il, « quinze mois de sourde révolte ». À partir de 1933, Boujut publia, avec quelques amis, une revue, très modeste au début, intitulée Reflets (16 numéros parus de 1933 à 1936) à laquelle collaborèrent François Belenfant, Pierre Girod, Jean Marion, Claude Roy, Michel Veloppé, — puis, en 1937, la revue Regains (6 numéros parus de 1937 à 1939) qui succéda à la précédente et publia jusqu’en 1939 les meilleurs poètes de la jeune génération. Un numéro spécial (automne 1938) consacré à Supervielle réunit une cinquantaine d’entre eux, parmi lesquels Maurice Fombeure, Marcel Béalu, Louis Gabriel Gros, Edmond Humeau, Adrian Miatlev. Son premier recueil de poèmes, Faire danser la vie, date de 1937.
Le déclenchement de la guerre en 1939 fut pour cet antimilitariste, ce non-violent, une épreuve morale douloureuse. Boujut venait de se marier. Fait prisonnier en 1940, il fut envoyé en Styrie où il demeura quatre ans. Il a parlé de cet épisode de sa vie dans un texte d’une trentaine de pages : De Jarnac à Kapfenberg, qui est le récit d’un voyage effectué en 1953 vers les lieux de sa captivité et Pierre Boujut a su montrer dans ce récit la sottise foncière de la guerre et l’obstacle permanent qu’elle dresse devant la compréhension entre individus, et l’entente des peuples.
Après son retour à Jarnac, Boujut fonda en 1946 la Revue La Tour de Feu d’abord « Cahiers trimestriels de création poétique », puis « Revue internationale de création poétique ». Michel Ragon écrira que cette revue « a certainement été la revue de poésie la plus étrange, la plus folle et, politiquement, la plus engagée. Engagée contre tous les dogmatismes, c’est-à-dire délibérément contre l’aragonisme, le sartrisme et le lettrisme. » (D’une berge à l’autre, p. 74). En 1947, un numéro spécial, « Silence à la violence », fut dédié à Marcel Martinet. « Nous avons reconnu la nécessité des armes pour abattre le fascisme, écrivait Boujut. Cependant, après la défaite de l’hitlérisme, nous attendions une solennelle abjuration de la violence par les Alliés, et l’élaboration d’un Parlement mondial auquel seraient soumises les armées et les souverainetés nationales. C’était notre espoir. C’était la seule justification de tant de sacrifices moraux et matériels pour la victoire. Espoir naïf sans doute devant la réalité d’une course aux armements qui depuis l’armistice n’a fait que s’accélérer, d’une propagande d’excitation à la guerre qui annonce déjà le prochain conflit et façonne la conscience collective des deux blocs qui s’y opposeront. »
Depuis lors, La Tour de Feu n’a cessé de poursuivre sa route à contre-courant des idées reçues. On a pu dire d’elle qu’elle était « la plus insolente des revues de province » et « une des revues les plus incendiaires du district poétique ». De nombreux numéros spéciaux ont élargi son audience en France et à l’étranger : « Contre l’esprit de catastrophe », « Droit de survivre », « Terrorisme burlesque », « L’alliance des villages ». « Antonin Artaud ». « Reconnaissance à Louis Lecoin », etc. Outre cette revue, Pierre Boujut imprima sur presse à bras, de 1947 à 1953, une « Anthologie permanente de la Tour de Feu » sous forme de feuillets individuels de nombreux poètes, puis, de 1954 à 1962, deux collections poétiques : « Les poètes de la Tour » et « Les trois étoiles ».
En 1946, Boujut avait adhéré à la SFIO, de laquelle il démissionna en 1956. Il donna son adhésion au Parti socialiste en 1973.
Membre de la Ligue des droits de l’Homme et de l’organisation des Citoyens du Monde, Pierre Boujut a collaboré à de nombreux périodiques littéraires et poétiques, anarchistes et pacifistes. Poursuivi en 1962 avec Louis Lecoin pour « provocation à la désertion » à la suite d’un poème écrit pour son fils Michel déserteur au moment de la guerre d’Algérie, poème paru dans le journal Liberté de Lecoin, il bénéficia d’un non-lieu en 1965.

ŒUVRE : Parmi les recueils de poèmes : Faire danser la vie (Feuillets de l’Ilot, 1937). — Un temps pour rien (L’oiseau-Mouche, 1939). — Sang libre (Éd. Jeanne Saintier, 1947). — Les mots sauvés (1948 et 1967). — Tout vient du large (1949). — La vie sans recours (1958). — Pour marcher sur la mer (1961). — L’épopée commence (Le Bougeoir, 1972), etc.
Proses : De Jarnac à Kapfenberg (La T. de F., 1955). Célébration de la barrique (Éd. Robert Morel, 1970). — Le Tonnelier ou la mort d’un métier (paru dans la « Revue de la Société des études folkloriques du Centre-Ouest », septembre 1973). — Un mauvais français, (mémoires), 1991.
JOURNAUX ET REVUES : Collection de La Tour de Feu ; Reflets ; Regains ; Liberté ; L’Unique ; Défense de l’Homme, etc.

SOURCES : La Tour de Feu, en particulier les numéros 93 (mars 1967) et 96 (décembre 1967). Le n° 93, « Une Tour de Feu exemplaire, anthologie », contient des renseignements bio-bibliographiques sur nombre de collaborateurs de la Revue. — Michel Ragon, D’une berge à l’autre. Pour mémoire, 1943-1953, Albin Michel, 1997.

Jean Prugnot

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