FLOC’H Jacques, René, Roger

Par François Prigent

Né le 28 février 1938 à Bihorel (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; statisticien attaché à l’INSEE en charges des problèmes agricoles puis avocat ; syndicaliste CFDT et secrétaire national du syndicat des statisticiens agricoles (1964-1968) ; responsable départemental de la CIR (1966-1969) ; vice-président de la FGDS (1969), secrétaire de section du PS de Rezé (1970-1971) ; premier adjoint (1971-1978) puis maire de Rezé (1978-1999), conseiller régional (1974-1978 et 1986-1988), conseiller général de Bouaye (1976-1982), député suppléant (1978-1986), député PS de Rezé (1988-2007) ; secrétaire d’État aux anciens combattants (2001-2002) ; président de la FDSER 44 (2002-2007).

Jacques Floc’h (Floch selon l’état civil) naquit dans une famille de fonctionnaires socialistes. Né à Marseille en 1909, son père, Roger Floch, issu du milieu des marins finistériens, fut contrôleur puis inspecteur central PTT. Implanté dans la région de Rouen, militant SFIO dès les années 1930, il s’engagea ensuite dans les réseaux de Libération-Nord. Spécialisé dans le domaine du renseignement, ce syndicaliste CGT puis FO affirmait sa fidélité à de Gaulle par ses votes de 1945 à sa mort. Sa mère, dame du téléphone, devint ensuite contrôleuse à la Poste. Passé par les écoles publiques, Jacques Floc’h entra en 1954 à l’École régionale d’agriculture à Yvetot dans le désir de devenir agriculteur, où il fit la rencontre de sa femme, secrétaire dans l’imprimerie de Témoignage chrétien. Sorti en juillet 1957 de ce vivier formateur de techniciens agricoles, il fut d’abord nommé à Reims pour s’occuper du service de protection des végétaux. Il effectua entre mai 1958 et août 1960 son service militaire dans l’armée de l’air en Algérie et au Maroc. Au retour d‘Afrique du Nord, il bénéficia des restructurations méthodologiques prônées par les réseaux ministériels de l’Agriculture. Recruté en compagnie d’une trentaine de techniciens agricoles, il devint attaché de l’INSEE en charge des connaissances agricoles. Effectuant en parallèle un cursus de trois ans comme statisticien, il débuta sa carrière d’attaché de l’INSEE en 1961 à Nantes, détaché au ministère de l’agriculture pour la Loire-Atlantique.

Militant CFDT à partir de 1964, il devint la même année secrétaire national du syndicat des statisticiens agricoles jusqu’en 1968. Très présent dans la campagne de Mitterrand* en 1965, il adhéra à la CIR en 1966, dont le noyau nantais était composé d’intellectuels et d’enseignants (dont le couple Broustal rejoint par Camille Durand). À vingt-huit ans, il s’avéra un des piliers du petit réseau de la CIR (trente militants). Actif dans le Mai 68 nantais comme de nombreux futurs élus PS, il occupa notamment les fonctions de secrétaire départemental de la CIR et vice-président de la FGDS en Loire-Atlantique, entamant une notabilisation précoce. Avec la presque totalité de la CIR, il adhéra en 1969 au NPS, ayant noué des relations assez étroites à Paris avec Alain Savary*. Adjoint puis secrétaire de section en 1970, il profita de la rétraction des réseaux militants de l’ex-SFIO dans ce bastion socialiste de Rezé où était implanté Maurice Thiéfaine (député en 1936), Arthur Boutin (maire et conseiller général dès 1945) puis Alexandre Plancher (maire à partir de 1959). Actif à la FCPE et militant Ligue des droits de l’Homme (LDH), Jacques Floc’h fut à l’origine d’un Centre culturel populaire à Rezé. Il avait aussi tissé des liens forts avec les nouvelles populations des quartiers neufs de la couronne populaire nantaises, notamment en tant que délégué d’immeuble HLM et président du syndicat des copropriétaires. Par ailleurs, sa femme, peu militante au plan politique, fut un soutien fort dans ses difficultés familiales (fils gravement handicapé), étant très investie au niveau départemental dans ce milieu associatif spécifique.

Quelques mois avant les élections municipales de 1971, Alexandre Plancher lui proposa d’intégrer sa liste comme numéro 2, assurant ainsi le relais des générations militantes. Premier adjoint chargé des finances et de la communication en 1971, il incarna à Rezé la seconde version de ce laboratoire politique à gauche, après le choix innovant de la grande coalition de 1959. À cette date, le PSU et les réseaux chrétiens sociaux (André Coutant), le PC bien implanté dans les milieux populaires étaient alliés avec la SFIO laïque, sous l’égide d’Alexandre Plancher. En 1971, Jacques Floc’h incarnait le renouveau et l’ouverture du milieu socialiste, par son âge et sa trajectoire sociale (pénétration dans les classes moyennes salariées urbaines). Représentant Rezé au nouveau conseil régional entre 1974 et 1978, il emporta le siège de conseiller général du nouveau canton de Bouaye contre le notable gaulliste Benoît Macquet, rejoignant Alexandre Plancher qui avait repris en 1973 le canton de Rezé à la droite. En 1978, la désignation interne aux législatives fut très tendue à Rezé comme à Nantes (duel entre Alain Chenard, maire depuis 1977, et Jean-Marc Ayrault, élu plus jeune conseiller général de France en 1976). Après le refus de la base de la candidature de Jean-Claude Routier-Preuvost (secrétaire fédéral et fils du molletiste André Routier-Preuvost), il fallut un arbitrage national pour départager François Autain (ex-PSU affilié au CERES, au contraire des réseaux rocardiens et chrétiens menés par Claude Évin, élu député de Saint-Nazaire en 1978) et Jacques Floc’h. Refusant d’être suppléant, Jacques Floc’h devait être le directeur de campagne du ticket Autain/Plancher dans cette circonscription de Nantes-Sud.

Mais la mort brutale d’Alexandre Plancher en février 1978 changea la donne : le nouveau maire de Rezé (Jacques Floc’h) devint suppléant de François Autain, élu député en mars. En 1981, il profita de l’entrée de François Autain au gouvernement pour devenir député suppléant, renforcé par le choix du médecin maire de Bouguenais, d’entrer au Sénat en 1983. Il abandonna son mandat de conseiller général en 1982, remplacé par Daniel Prin* (ancien responsable fédéral de la JOC, syndicaliste CFDT). En 1986, les guerres de courants entre poperenistes et rocardiens reléguèrent finalement le mitterrandien Jacques Floc’h à la 5e place, se rabattant sur un strapontin de conseiller régional jusqu’en 1988. En 1988, il retrouva son siège de député, avec Yves Laurent comme suppléant (conseiller général de Saint-Sébastien-sur-Loire en 1988). Relayé par son assistante parlementaire Michelle Charpentier (conseillère générale 1978-1992, militante ouvrière issue de la JOC), il conserva la circonscription de Rezé à gauche en 1993 avec Dominique Raimbourg comme suppléant (fils du comédien Bourvil, cet avocat passé par le PC fut de nouveau suppléant de Jacques Floc’h en 1997 et 2002 avant d’être élu député au renouvellement de 2007).

Dès 1981, son travail parlementaire se concentra sur le domaine de la justice. Marqué par le suicide d’Yves Laurent en pleine crise des financements du PS et par sa propre mise en cause dans l’affaire URBA entre 1991 et 1999, il entama une reconversion professionnelle, devenant avocat en 1998. L’année suivante, il passa la main à la mairie de Rezé à Gilles Retière (enseignant, ex PSU). Il remplaça le lorrain Masseret devenu sénateur au poste de secrétaire d’État aux Anciens Combattants dans le gouvernement Jospin entre septembre 2001 et mai 2002. Président de la FDSER à partir de 2002 à la suite de Jean-Marc Ayrault, il céda en 2007-2008 l’ensemble de ses responsabilités au sein du PS (Pascal Bolo, conseiller général de Nantes, le suppléa pour l’animation du réseau d’élus socialistes). Au final, la longévité de sa carrière politique fut représentative de cette nouvelle génération socialiste qui émergea au terme des années 68, en phase avec les mutations sociales profondes du Grand Ouest. Sa trajectoire traduisit la marginalisation du PC et de la droite, au sein d’un laboratoire politique rezéen, proche du renouvellement des pratiques militantes briochines impulsé par Antoine Mazier.

Jacques Le Floc’h s’était marié à Menton (Alpes-Maritimes) en août 1959 avec Colette Médrinal.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50490, notice FLOC'H Jacques, René, Roger par François Prigent, version mise en ligne le 3 juin 2009, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par François Prigent

SOURCES : Archives fédérales du PS 44 — Archives de l’OURS. — Articles de Ouest-France sur la vie socialiste locale (1968-2008). — Portrait dans Libération (20 juillet 2006). — Entretiens avec Jacques Floc’h, Dominique Raimbourg, Daniel Prin, François Autain et Pascal Bolo. — Jean Guiffan, « Le PSU en Loire-Atlantique (1969-1975), journée d’études du 8 février 2007, L’implantation du PSU en Bretagne : réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 50- années 80), à paraître. — François Prigent, « Contribution à l’analyse des « laboratoires » politiques. Le modèle des réseaux socialistes bretons depuis les années 60 », à paraître. — État civil de Bihorel.

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