GARLAN Yvon

Par Alain Prigent

Né le 16 juillet 1933 à Ploézal (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) ; professeur d’histoire ancienne à l’Université de Rennes II ; intellectuel marxiste ; militant communiste, secrétaire de la cellule de l’Île-Grande (Côtes-du-Nord), candidat PCF aux municipales (1971, 1977) de Pleumeur-Bodou (Côtes-du-Nord).

Yvon Garlan au XXe congrès du PCF en 1973, avec à sa droite Fabbi Briac et à sa gauche Guy Drouillard
Yvon Garlan au XXe congrès du PCF en 1973, avec à sa droite Fabbi Briac et à sa gauche Guy Drouillard
[Coll. privée Marcel Alory]

Instituteurs à l’école publique de Ploézal, ses parents étaient investis localement dans la mouvance laïque. Sympathisant SFIO, son père, Louis Garlan, était un ami d’Yves Henry*, syndicaliste paysan (CNP puis CGA), membre du CDL du Front National qui fut maire SFIO puis PSU de sa commune (1945-1967) et parlementaire (1945-1948).

Après l’école publique de Ploëzal, Yvon Garlan fit l’ensemble de sa scolarité au lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc, de la sixième au baccalauréat. En seconde, il fut profondément marqué par l’enseignement et la personnalité d’Édouard Prigent*, maire communiste de Saint-Brieuc au décès d’Antoine Mazier* en 1964. Professeur de lettres et ami de Louis Guilloux, Édouard Prigent influença toute une génération militante (socialiste et communiste), à l’instar d’Yvon Garlan éveillé aux lettres et au marxisme par son intermédiaire.

Yvon Garlan participa aux fêtes organisées par le Parti communiste dans le Trégor, à Tréguier et à Plougrescant à la fin des années 1940, en présence notamment de Frédéric Joliot-Curie* et de Marcel Cachin qui avaient des attaches dans la région de Paimpol. En hypokhâgne et en khâgne au lycée Lakanal puis au lycée Louis-le-Grand, il intégra l’ENS de la rue d’Ulm en 1955. Influencé par l’historien communiste Jean Bruhat, professeur au lycée Lakanal, il adhéra au PCF en 1955 à la cellule de la rue d’Ulm. Reçu à l’agrégation en 1960, il devint maître assistant à la Sorbonne, devenant très proche d’André Aymard, spécialiste de l’histoire de l’Antiquité.

Après trois ans passés à l’École française d’Athènes, il revint en France en 1967, comme assistant à la faculté de Lettres de Rennes. Adhérent sans responsabilités du SNESup, il vécut les événements de mai-juin 1968, nouant des liens avec plusieurs leaders étudiants rennais, dont Jean-Yves Le Drian*, président PS de la région Bretagne depuis 2004, et Ivan Le Noane*, militant communiste. À la demande de la fédération des Côtes-du-Nord du PCF, Yvon Garlan intervint à Saint-Brieuc le 28 mai 1968, présentant aux côtés de [Marcel Alory-9948], secrétaire de la fédération, la situation de l’université française dans un meeting qui rassembla plus de 500 auditeurs. Chargé d’enseignement d’histoire grecque à la faculté des lettres de Rennes, devenue Université de Haute-Bretagne, il soutint à Besançon sa thèse de doctorat d’État sur la poliorcétique grecque le 11 juin 1969.

Si le PSU disposait à Rennes d’un solide réseau universitaire (Charles Foulon, Serge Villeret, Pierre-Yves Heurtin), Yvon Garlan faisait partie quant à lui d’un groupe d’universitaires communistes d’une autre génération, parmi lesquels Alain Croix, Jean Rohou, Pierre Crépel, André Vacher et Tailleur.

Installé dans le Trégor avec son épouse Jacqueline, il fut élu secrétaire de la cellule de L’Île-Grande du PCF qui vit à partir de 1969 ses effectifs progresser passant d’une dizaine de membres à près de cinquante adhérents. Le PCF se développa sur le terreau d’un ancien îlot prolétarien, les carrières de granit rose. Il conduisit une liste du PCF aux élections municipales de 1971 à Pleumeur-Bodou, commune dirigée dès 1947 par l’instituteur Armand Lagain. À nouveau candidat en 1977 sur une liste d’union de la gauche, le système électoral, scrutin uninominal avec possibilité de panachage, ajouté aux difficiles relations avec le PS, lui barrèrent la route de la mairie, conservée par la droite locale (Corentin Penn), jusqu’au basculement de 1983 autour du socialiste Pierrick Perrin (conseiller général depuis 1998).

En 1973, Yvon Garlan fut élu au sein de la délégation de la fédération du PCF des Côtes-du-Nord au XXe congrès. Après avoir exprimé dans les instances locales son désaccord avec l’évolution du PCF (critique de l’appareil) et du mouvement communiste international, Yvon Garlan quitta le PCF en 1985.

En 1973-1974, répondant une sollicitation du journaliste de l’Humanité Jean Le Lagadec, candidat du PCF dans la circonscription de Lannion Paimpol, il reprit son mémoire secondaire soutenu à la Sorbonne, sur les révoltes populaires face à l’absolutisme de Louis XIV. Un ouvrage, rédigé en collaboration avec Claude Nières, professeur d’histoire moderne à l’université de Haute-Bretagne et militant communiste d’Ille-et-Vilaine, fut publié dans le cadre de la commémoration du tricentenaire de la révolte du papier timbré à Rennes en 1975. Publié dans la petite collection des Éditions sociales, cet ouvrage fut l’objet de rencontres-débats initiées par les fédérations du PCF de Bretagne, notamment à Carhaix en juin 1975 (une centaine de participants). Surtout, ces révoltes faisaient l’objet d’analyses antagonistes : une interprétation anticentralisatrice fut reprise par les milieux régionalistes qui s’appuyait sur une vision réductrice des travaux de Boris Porchnev, une lecture antifiscale développée par Roland Mousnier, la thèse portée par Yvon Garlan et Claude Nières assimilant ces configurations de 1675 à des préfigurations de 1789. Les recherches de Yves-Marie Bercé replacent désormais les apports de ce livre dans le cadre plus synthétique des révoltes à l’époque moderne.

Consacrant l’essentiel de son temps à ses recherches et à son activité professionnelle (chantiers de fouilles dans le bassin méditerranéen en particulier), Yvon Garlan participa aux activités du Centre d’études et de recherches marxistes (CERM) en liaison avec les chercheurs de l’Institut Gramsci à Rome. Sous la direction de Jean-Pierre Vernant, il participa aux débats passionnés autour des problématiques superstructure/infrastructure. Spécialiste reconnu de l’Antiquité grecque, il fut un proche de l’historien américain Moses I. Finley, professeur à Cambridge, qui quitta les États-Unis au moment du maccarthysme. En 1972, Yvon Garlan décida de revisiter un sujet peu étudié mais central dans la problématique marxiste, à savoir l’esclavage dans la Grèce ancienne. Critiquant la théorie stalinienne des cinq stades de développement, il proposa une re-lecture de l’oeuvre de Marx, en particulier le chapitre consacré « aux formes qui précèdent la production capitaliste » (les Formen), démontrant que dans les sociétés pré-capitalistes les rapports de production s’inscrivent dans un cadre juridico-politique doté d’une autonomie relative à milles lieues de toutes les interprétations dogmatiques. Cet ouvrage pionnier fut publié dans une collection Maspero dirigée par Pierre Vidal-Naquet*. Sans faire partie des cercles dirigeants de la revue La Nouvelle Critique, il rédigea une série d’articles qui furent publiées en 1972-1974. Professeur émérite à l’université de Haute-Bretagne, membre correspondant de l’Institut, Yvon Garlan est actuellement responsable de la Mission archéologique française à Sinope en Turquie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50441, notice GARLAN Yvon par Alain Prigent, version mise en ligne le 1er juin 2009, dernière modification le 15 août 2013.

Par Alain Prigent

Yvon Garlan au XXe congrès du PCF en 1973, avec à sa droite Fabbi Briac et à sa gauche Guy Drouillard
Yvon Garlan au XXe congrès du PCF en 1973, avec à sa droite Fabbi Briac et à sa gauche Guy Drouillard
[Coll. privée Marcel Alory]

ŒUVRE : Les révoltes bretonnes de 1675. Papier timbré et bonnets rouges (avec Claude Nieres), Éditions sociales, 1975, réédition en 2004 Bibliothèque historique Privat. — Participation à l’ouvrage dirigé par Jean-Pierre Schandeler et Pierre Crepel, Condorcet, tableau historique des progrès de l’esprit humain. Projets, esquisse, fragments et notes (1772-1794), Institut national d’études démographiques, 2004. — La Guerre dans l’Antiquité, Nathan, 1972. — Recherches de poliorcétique Grecque, École française d’Athènes, 1974. — Le siège de Rhodes, La Grèce ancienne (sous la dir. de Claude Mossé), p. 254–269, 1986. — Vin et amphores de Thasos, École française d’Athènes, 1988. — Guerre et économie en Grèce ancienne, La Découverte, 1989. — Les Esclaves en Grèce ancienne, La Découverte, 1995. — Esclavage, guerre, économie en Grèce ancienne, PUR, 1998. — Amphore et timbres amphoriques grecs. Entre érudition et idéologie, Inscriptions et Belles-Lettres, 2000. — Les timbres amphoriques de Thasos, t. 1 : Timbres Protothasiens et Thasiens Anciens, École française d’Athènes, 1999. — Articles dans l’Humanité, France Nouvelle, La Pensée, La Nouvelle Critique.

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 46 W 6. — Bretagne nouvelle, hebdomadaire des fédérations bretonnes du PCF. — Entretiens mars 2009. — Notes de François Prigent.

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