GAMBIER Paul, Henri

Par Odette Hardy-Hémery

Né le 28 janvier 1920 à Écaillon (Nord), mort en juin 2009 ; ouvrier du jour aux mines ; syndicaliste et militant communiste du Nord ; déporté ; maire d’Écaillon (1971-2001).

Le père de Paul Gambier, Eugène Gambier, mineur à la Compagnie d’Aniche après avoir été ouvrier agricole, était membre de la CGT et du Parti communiste. Tandis que son père était protestant, sa mère, Marie née Bégard, ménagère, pratiquait la religion catholique. Paul Gambier, son certificat d’études primaires obtenu, entra dans la vie active en 1934 : il travailla chez un marchand de cycles, à la verrerie Boussois d’Aniche, puis comme pointeur à l’embranchement de Somain d’où les wagons de la Compagnie d’Aniche étaient renvoyés dans le réseau du chemin de fer du Nord. Il adhéra à la CGT et aux Jeunesses communistes en 1936 et devint secrétaire de la cellule communiste d’Écaillon en 1937. À dix-huit ans ans, il voulut rejoindre les Brigades internationales mais ne fut pas accepté car il n’avait pas l’âge requis, vingt ans. Il se maria à Écaillon le 9 mars 1940 avec Éva Boniface.

Au début de l’Occupation, avec quelques camarades d’Aniche, de Masny et de Bruille (Jules Domisse, Paul Chantreau*, Apollinaire Gaspart*, Jules Cafart*, Auguste Dubray*, Edmons Landeau*), il forma un premier groupe de résistance et, dès fin août 1940, il confectionna des tracts sur des carnets de chef de train des mines d’Aniche, tracts qu’il passa dans une trentaine de maisons. Le 11 novembre 1940, avec trois jeunes non communistes d’Écaillon, il fleurit de drapeaux tricolores les poteaux électriques et le monument aux morts de la commune. Des appels à la résistance furent distribués clandestinement. Arrêté en novembre 1940, Paul Gambier dût effacer les inscriptions faites au goudron sur quelques murs du village et fût relâché peu après. Il fit partie du groupe Ferrari et fut responsable du secteur d’Aniche. Avec Édouard Gaillard, responsable du secteur de Somain, il participa au sabotage des wagons destinés à la machine de guerre allemande. Par affiches et par tracts, il appela avec ses camarades les mineurs à la grève de mai 1941. Repéré, il quitta son emploi et partit travailler à la SNCF au district mobile 5 d’Arras. Là encore, il participa à des sabotages avec les cheminots de « Résistance Fer ».

Arrêté sur dénonciation par la police française le 26 octobre 1941, il fut conduit à la prison de Douai puis transféré à la citadelle de Doullens (Somme) où il retrouva Victorien Beauvois entre autres. Il s’en évada en septembre 1942 mais fut aussitôt repris dans la gare de Roisel sur dénonciation d’un chef de train. Reconduit à la citadelle de Doullens, il fut transféré après la dissolution de ce camp à la prison d’Amiens, dans une cellule de droits communs puis au camp d’Écrouves près de Toul (Meuthe-et-Moselle) en avril 1943. Il fut emprisonné à ce camp avec Victorien Beauvois, le docteur Pierre Simonot, Oscar Carpentier et Gustave Casier. Plusieurs détenus – Édouard Gaillard, Victorien Beauvois – s’échappèrent de ce camp. Puis Paul Gambier fut envoyé au camp de Voves (Eure-et-Loir) où les prisonniers venant de partout étaient triés. Après l’évasion d’une quarantaine de prisonniers et le débarquement des troupes alliées se devinant proche, il fut remis avec de nombreux autres internés aux mains des Allemands pour être déporté en Allemagne en février 1944. Sur quarante-quatre mois d’emprisonnement, il allait passer un an et demi dans les camps d’extermination. Au camp de Neuengamme, il fut affecté au kommando Bremen-Farge à la construction d’une base sous-marine, puis envoyé à Hambourg fin janvier 1945 dans un nouveau kommando pour déterrer les bombes à retardement. Les bombardements étaient fréquents. Puis il fut évacué en avril 1945 de Hambourg à Sandbostel, véritable enfer où étaient également internés des prisonniers de guerre. Une partie des déportés et des kapos furent fusillés par les SS ne pouvant évacuer le camp. Le camp fut libéré par les Anglais le 28 avril 1945 et Paul Gambier revint en France le 30 mai.

Après une période d’hospitalisation et de soins, Paul Gambier reprit ses activités et entra aux PTT. Élu conseiller municipal en 1965, il devint maire d’Écaillon en 1971 et l’était encore lors du décès de François Mitterrand* en 1996 où il refusa de mettre les drapeaux en berne à la mairie d’Écaillon. Paul Gambier fit ce geste pour rendre hommage à tous ceux qui furent fusillés, déportés et assassinés dans les camps d’extermination par le gouvernement de Vichy. Il quitta son poste de maire en 2001.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50428, notice GAMBIER Paul, Henri par Odette Hardy-Hémery, version mise en ligne le 1er juin 2009, dernière modification le 28 mars 2010.

Par Odette Hardy-Hémery

ŒUVRE : Paul Gambier, Une tranche de vie, Imprimerie Lanciaux, Aniche, 1997, 32 p.

SOURCES : Arch. Musée de la Résistance à Denain. — Paul Gambier, Une tranche de vie, op. cit.. — La voix du Nord, juin 2009.— État civil d’Écaillon (2008).

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