GANDON Anne-Marie, Louise, Françoise

Par Michèle Rault

Née le 3 septembre 1914 à Reims (Marne) ; ouvrière agricole puis ouvrière d’usine ; fédérale jaciste, responsable d’une équipe missionnaire rurale féminine, militante d’Action catholique, syndicaliste CGT.

Les parents d’Anne-Marie Gandon exploitaient une ferme à La Neuville-Houssaye (Aisne). Ses grands-parents étaient eux-mêmes agriculteurs, les uns dans la région de Reims, les autres à Éparcy (Aisne), village dont son grand-père maternel était maire. La Première Guerre mondiale contraignit la mère d’Anne-Marie Gandon à quitter la ferme. Son mari étant mobilisé, elle prit le train en direction de Paris avec ses trois enfants, ses sœurs et ses neveux. Sur le point d’accoucher, elle quitta le convoi et se dirigea sur Reims, espérant en vain y trouver un lieu d’accueil. Ce fut dans ces circonstances que naquit Anne-Marie Gandon au cœur de Reims bombardée. De ville en ville, sa famille finit par trouver refuge dans une maison à Amboise (Indre-et-Loire). La guerre finie, celle-ci revint dans l’Aisne où, après la mort de son père en mars 1920, sa mère prit en charge la ferme familiale jusqu’en 1923, date à laquelle la famille s’établit à Reims.

Anne-Marie Gandon y suivit l’enseignement du cours Désir, tenu par un tiers-ordre religieux, jusqu’au brevet élémentaire qu’elle obtint en 1930. Vivant avec sa mère très pratiquante, elle fréquenta la paroisse et accepta d’enseigner le catéchisme. Elle décida de le faire à la paroisse Saint-Rémi, quartier ouvrier de la ville, milieu vers lequel elle se sentait attirée. En 1933, elle quitta Reims pour Bièvres (Aisne) puis pour Variscourt (Aisne), aidant son frère et sa mère à tenir une ferme. Elle entra alors en contact avec la JACF (Jeunesse agricole catholique féminine) récemment créée, participa à une session à Laon (Aisne) et devint responsable fédérale. À ce titre, elle participa au congrès de la JACF à Lourdes en 1938 et prit la parole devant les congressistes. Son activité de fédérale jaciste consistait à diffuser le journal du mouvement, à organiser des journées rurales, à structurer le département et à participer aux sessions régionales et aux rencontres nationales à Paris. Pour elle, qui ne connaissait de la vie religieuse que la vie cultuelle, ce fut une période d’ouverture qui la conduisit à rencontrer des non-chrétiens.

En 1939, son frère étant mobilisé, elle dut prendre en charge la ferme de Variscourt où travaillaient quatre ouvriers agricoles. Face à l’attaque allemande, en mai 1940, elle quitta la région avec sa famille durant quelques mois. Au retour, les bâtiments d’habitation ayant été détruits par un bombardement, elle vécut dans une maison ouvrière, continuant à travailler à la ferme dans des conditions que l’occupation allemande rendaient très difficiles. Dans cette zone frontalière, elle fut fréquemment sollicitée pour faire passer clandestinement des réfugiés qui voulaient retrouver leur domicile qui se trouvait en zone interdite. Anne-Marie Gandon continuait ses activités pour la JACF clandestine : diffusion de la presse, réunions et rencontres à Paris. Dans cette même période, avec Madeleine Ferté, cousine de l’abbé Jean Ferté, aumônier jaciste et frère de Jacques Ferté fondateur de la JAC, elle organisait avec le concours de la Chambre d’agriculture de l’Aisne des cours par correspondance dispensés à plusieurs centaines de jeunes filles.

Elle était sensibilisée au constat de la déchristianisation, qu’avaient mis en lumière les travaux de l’abbé Boulard, et avait lu La France pays de mission ? des abbés Godin et Yvan Daniel. L’abbé Ferté et François Laporte, alors directeur du séminaire de Reims (de 1937 à 1944) et aumônier d’action catholique, lui firent connaître une fédérale jociste rémoise, Émilienne Josset*, avec laquelle elle partageait une même aspiration : chercher les moyens à mettre en œuvre face à la déchristianisation du monde ouvrier et rural. Enthousiasmée par l’état d’esprit de la Mission de Paris que venait de créer le cardinal Suhard, elle rencontra ses membres dans la capitale ainsi que Madeleine Delbrêl qui avait formé à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) une communauté de femmes laïques. Elle se rendit plusieurs fois au séminaire de la Mission de France, créé en 1941 à Lisieux (Calvados), où son supérieur, le père Augros, lui exprima sa réticence à faire entrer des laïcs au sein même de la Mission. Avec Émilienne Josset et des militantes d’action catholique de toute la France, elle continua à réfléchir à la création d’un laïcat missionnaire féminin. En 1943, elle participa à plusieurs réunions parisiennes à ce sujet à Paris. Quelques mois plus tard, tandis qu’Émilienne Josset était chargée du monde ouvrier et créait la Mission de France féminine dans la banlieue de Paris, Anne-Marie Gandon se voyait confier une équipe rurale féminine. Avec Anne-Marie Rivenet, fédérale jaciste du Pas-de-Calais, et Simone Pourriot, fédérale jaciste du Loiret, elle forma une équipe de filles prêtes à partir en mission et à rompre avec leur milieu d’origine. Sollicitée par des prêtres de la Mission de France (MDF) pour venir à Graçay (Cher) où ils s’étaient installés en juillet 1944, elle arriva dans la commune en octobre 1946 et trouva immédiatement à s’embaucher comme bonne de ferme. Elle estimait que ce travail était pour elle le moyen le plus naturel d’appartenir à ce milieu, de s’y incarner et de devenir « l’une d’elles », à l’image de jeunes Bretonnes qui travaillaient dans la région comme employées agricoles. Cette idée d’incarnation était pour elle un motif essentiel d’engagement. Elle organisa une vie d’équipe avec ses compagnes qui l’avaient rejointe, se rencontrant dans leurs rares moments de loisirs, échangeant sur leur vie quotidienne et partageant leur salaire.

En juillet 1947, Anne-Marie Gandon se loua dans une ferme, à Genouilly (Cher) où elle travaillait quinze heures par jour et ne disposait quasiment pas de temps libre. Dans ces conditions, elle avait peu de disponibilité pour suivre les sessions qu’organisait Émilienne Josset pour la Mission de France féminine. Elle se détacha peu à peu de ce groupe, ne voulant rien créer d’institutionnel pour les jeunes femmes qui voulaient travailler dans le milieu rural. En juin 1949, sur l’incitation des prêtres de la MDF souhaitant que le groupe ait un lieu commun, elle s’installa à Poulaines (Indre). Avec Anne-Marie Rivenet, Marcelle Touche, Andrée Briet et Émilie Gloanec, elle habitait une partie du château du pays, multipliant les occasions de contact et d’entraide avec les gens du village tout en trouvant à s’embaucher occasionnellement. D’abord bonne dans une maison bourgeoise, elle fit ensuite des lessives à domicile et rendit service dans les familles. Elle voulait ainsi, avec ses compagnes, « être une présence d’Église [dans] des secteurs qui échappent à l’Église » et « partager le destin d’une communauté humaine (village-quartier), d’une classe sociale (ouvriers agricoles), d’un mouvement de population (Bretonnes immigrées) ». Avec Anne-Marie Rivenet, elle était responsable d’un groupe qui compta jusqu’à neuf membres mais dont le nombre diminua au fur et à mesure de départs pour d’autres régions où la Mission de France était implantée (Limousin, Haute-Marne…). Un projet de fusion avec une équipe de femmes saisonnières dans la région de Saumur (Maine-et-Loire) n’eut pas de suite. À plusieurs reprises, elle rencontra l’incompréhension devant le choix d’un apostolat qu’elle voulait « incarné et enfoui dans un milieu » et qui était jugé sans efficacité visible.

En 1953, Anne-Marie Gandon travailla dans une laiterie dont elle fut licenciée parce qu’elle était chrétienne, sous l’effet d’une forte pression anticléricale. Elle partit alors faire une campagne d’asperges en Sologne. De retour dans le Berry, elle trouva à travailler dans les champs (moisson, récolte des betteraves) et comme aide dans une ferme près de Vatan (Indre). En décembre 1954, très ébranlée par l’interdiction des prêtres-ouvriers (mars 1954) qui avait eu pour conséquence le départ des prêtres de la Mission de France de Poulaines, elle partit pour deux mois avec une co-équipière faire en stop un « tour de France », ce qui lui donna l’occasion de faire part de son expérience missionnaire. À son retour, elle éprouva le besoin de trouver un emploi plus stable. Vivant au village de Vatan avec Anne-Marie Rivenet, elle travailla dans deux fermes successives à la journée jusqu’en 1962 puis dans une laiterie et dans une fabrique de pinceaux. De 1963 à 1973, elle fut contrôleuse dans une entreprise de lampes où elle fut déléguée syndicale CGT quelque temps. Avec le concours d’ouvriers d’Issoudun, elle participa aux événements de Mai 68 et organisa grève et manifestation à Vatan. Elle termina sa vie professionnelle dans une fonderie de petite mécanique en 1977.

Abonnée à La Quinzaine puis à La Lettre, Anne-Marie Gandon participa à de nombreuses retraites au couvent dominicain de l’Arbresle (Rhône). Elle était également membre d’Amnesty international.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50382, notice GANDON Anne-Marie, Louise, Françoise par Michèle Rault, version mise en ligne le 29 mai 2009, dernière modification le 2 juillet 2009.

Par Michèle Rault

SOURCES : ANMT, Arch. de la Mission de France. — Nathalie Viet-Depaule, Tangi Cavalin, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire, 1941-2002, Karthala, 2007. — Témoignage d’Anne-Marie Gandon, 2008.

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