GAJER Jean, Joseph

Par Paul Boulland

Né le 11 mai 1931 à Paris (XVe arr.) ; dessinateur en bâtiment, permanent du PCF puis urbaniste ; secrétaire national des Jeunesses communistes ; membre du secrétariat de la fédération PCF de Paris (1976-1979) ; conseiller de Paris (1971-1983) ; membre des cabinets ministériels de Roger Quillot, Paul Quilès et Marcel Debarge.

Jean Gager, Christian Echard, Jean Portejoie au XIVe congrès du PCF.
Jean Gager, Christian Echard, Jean Portejoie au XIVe congrès du PCF.

Son père, Abraham Gajer, ouvrier tailleur, avait adhéré au PCF dès les années 1920. Sa mère, Tauba Gajer, ouvrière finisseuse dans la confection, aurait milité au Parti communiste en Pologne et en 1953, Jean Gajer la décrivait comme sympathisante communiste et militante UFF. Selon Philippe Robrieux, l’atmosphère du foyer fut marquée par l’athéisme et l’engagement communiste. Ils avaient obtenu la nationalité française avant la guerre. Début 1942, leur domicile fut perquisitionné et ils décidèrent de protéger leurs deux fils des persécutions antisémites en les plaçant à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne). Jean Gajer poursuivit ses études jusqu’au niveau de la première et, toujours selon Philippe Robrieux, brilla dans l’apprentissage du violon.

Jean Gajer rejoignit l’UJRF en mars 1946 et le Parti communiste en octobre 1948. Il débuta sa formation politique au sein de l’organisation de jeunesse où il suivit une école locale dès novembre 1946 et une école fédérale en octobre 1948. Devenu secrétaire du cercle UJRF du XVIIIe arrondissement en 1948, il entra l’année suivante au comité fédéral de la Seine. Dans le parti, son activité au sein de l’UJRF le faisait alors apparaître comme un « homme de masse » « au sens politique remarquable » selon son secrétaire de section. Promu au comité de la section XVIIIe-La Chapelle au début de l’année 1949, il participa à une école fédérale du PCF en septembre suivant. Cette même année, il se rendit au Festival mondial de la jeunesse de Budapest (Hongrie). Jean Gajer abandonna alors ses études secondaires et entra au centre d’apprentissage de la rue des Camélias (XIVe arr.) où il obtint un CAP de dessinateur spécialisé dans le béton armé. A l’issue de sa formation, il adhéra à la CGT, en octobre 1950.

Début 1950, Jean Gajer fut arrêté lors d’une manifestation contre la guerre d’Indochine devant la caserne de Clignancourt. Il passa plusieurs semaines en prison en compagnie de Jean Ellenstein* avec qui il noua des liens d’amitié durables. Peu après, il fut promu secrétaire fédéral de l’UJRF de la Seine. Il effectua ensuite son service militaire en Allemagne, comme sergent dans le génie. A son retour, il retrouva son poste à la tête de la fédération UJRF de la Seine et intégra le comité national. En 1955-1956, il suivit les cours d’une école centrale de quatre mois du PCF. En juin 1956, la fédération de Paris indiquait à la section de montée des cadres : « C’est un de nos jeunes militants parmi les plus populaires dans la jeunesse. Ses qualités politiques, son enthousiasme et sa constante bonne humeur, en font un dirigeant incontestable des jeunes communistes parisiens. » Le 30 juin 1956, il fut élu au comité fédéral de Paris.

Licencié de l’entreprise Schwartz-Haumont en 1957, Jean Gajer devint permanent des Jeunesses communistes qui avaient succédé à l’UJRF en décembre 1956. Toujours secrétaire fédéral des JC de Paris, il siégea à partir de 1959 au bureau national. Il fut notamment membre du comité chargé de la préparation du Festival mondial de la jeunesse d’Helsinki (Finlande), en 1962. Très proche du secrétaire général Paul Laurent*, il quitta ses responsabilités aux JC en 1962, pour se consacrer avec lui à la fédération de Paris.

Élu au bureau de la fédération PCF de Paris depuis 1959, Jean Gajer fut chargé à partir de 1962 du suivi des organisations de masse et de jeunesse, très présent contre les dissidences au sein de l’UEC. A partir de 1968, il se chargea des campagnes du PCF à Paris. A l’issue des élections municipales de mars 1971, Jean Gajer fut élu au conseil de Paris où il dirigea le groupe communiste. Au sein de la fédération, il se chargea des élus parisiens en 1972, puis des problèmes parisiens en 1974. La fédération le proposa au comité central à l’occasion du XXe congrès du PCF, en décembre 1972, mais sa candidature ne fut pas retenue. Le 25 janvier 1976, il fut élu au secrétariat de la fédération de Paris, comme responsable des entreprises. En 1977, la première élection du maire de Paris mit en avant la personnalité d’Henri Fiszbin*, premier secrétaire de la fédération, devancé de quelques milliers de voix au second tour. Jean Gajer, réélu conseiller, lui céda la tête du groupe communiste à l’hôtel de ville. Tous les témoins ayant connu Jean Gajer dans ses responsabilités militantes au cours des années 1960 et 1970 s’accordent sur le portrait d’un militant chaleureux et avenant, incarnation du Paris populaire par sa « gouaille » et son humour. Henri Fiszbin* soulignait également sa « capacité de travail étonnante » et son « expérience encyclopédique. »

Selon Jean Gajer, dès le mouvement de mai-juin 1968, la fédération de Paris fut critiquée pour sa trop grande proximité avec les étudiants. Au fil des années 1970, cette méfiance fut alimentée par la réflexion autonome et les initiatives des dirigeants parisiens qui, autour d’Henri Fiszbin*, s’efforçaient de répondre aux mutations sociologiques de la fédération. Dans cette atmosphère, Jean Gajer se consacra aux questions de transports et d’aménagement urbain, renouant avec sa formation professionnelle. Il rédigea de nombreux rapports sur ces questions et représenta le conseil de Paris au conseil d’administration du syndicat des transports parisiens (STP) et de la Société d’économie mixte d’aménagement des Halles (SEMAH).

Après l’échec du PCF aux législatives de 1978, les tensions avec la direction nationale éclatèrent au grand jour, jusqu’à atteindre leur point critique. Le 11 janvier 1979, les dirigeants de la fédération, dont Jean Gajer, Jean-Marie Argelès* et Henri Fiszbin*, furent convoqués devant le bureau politique. Critiqués pour leur « opportunisme » et « leur abandon du contenu de classe », les dirigeants parisiens restèrent sur leurs positions. Selon Henri Fiszbin*, cette situation fut particulièrement douloureuse pour Jean Gajer qui « pour la première fois de sa vie, [était] conduit à s’opposer à la direction » et à des proches comme Paul Laurent*. « Avec une émotion visible, » il réaffirma « son refus de se déjuger. » Malgré les efforts de Paul Laurent*, il refusa de se désolidariser de ses camarades, mais sans illusion. Au printemps 1979, la direction tenta à nouveau de le rallier en le faisant réélire au secrétariat fédéral tandis qu’Henri Fiszbin l’encourageait à profiter de cette tribune. Lors de la première réunion du secrétariat, désormais placé sous l’autorité d’Henri Malberg*, il démissionna. S’il manifesta à plusieurs reprises ses désaccords, notamment contre Georges Marchais*, Jean Gajer adopta progressivement une position de repli, dans puis hors du PCF. Il rompit avec l’ancienne équipe parisienne et ne participa pas au groupe de Rencontres communistes hebdo (RCH). Pourtant, en 1982, lors de la conférence fédérale de Paris, son exclusion du comité fédéral fut prononcée au motif de son « désaccord profond avec politique du parti » et de sa solidarité « avec l’activité fractionnelle de RCH ».

Évoquant son état d’esprit d’alors, Jean Gajer déclara « le parti avait peut-être contribué à me faire mais j’étais décidé à ce qu’il ne me défasse pas. » Il refusait notamment d’abandonner le statut d’intellectuel acquis comme permanent et responsable politique. Ses indemnités d’élu de Paris assurant encore ses revenus, il entreprit des études supérieures. Soutenu par Pierre Merlin, directeur de l’Institut d’urbanisme (Paris 8) qu’il avait connu dans ses fonctions de conseiller de Paris, il fut accepté en DEA sur un dossier de travaux élaborés à partir de son activité politique récente. Après son DEA, il entama, sous la direction de Pierre Merlin, une thèse d’urbanisme intitulée « Le RER : analyse de l’évolution des conceptions successives du réseau express », soutenue à peine un an plus tard, au printemps 1981.

L’ambition de Jean Gajer d’accéder, à l’issue de sa thèse, à un emploi de cadre à la RATP fut, selon lui, contredite par l’arrivée au ministère des Transports de Charles Fiterman*. Soutenu par Lionel Jospin qu’il avait côtoyé au conseil de Paris, et par Pierre Bérégovoy*, il fut chargé à partir de novembre 1981 d’une mission d’étude sur les problèmes du logement social en région parisienne auprès de Roger Quillot puis de Paul Quilès, ministres de l’Urbanisme et du Logement. Jean Gajer fut ensuite chargé de mission à la région Ile-de-France, responsable de l’aide financière aux municipalités pour la construction de logements. Ses rapports avec les maires communistes furent parfois tendus mais il conservait aussi de solides amitiés, comme avec Gaston Viens*, maire d’Orly. En 1989, il retrouva Paul Quilès au ministère des Postes, des Télécommunications et de l’espace, pour suivre la construction à Paris de 1 500 logements destinés aux jeunes postiers. Au début des années 1990, il fut à nouveau associé au cabinet de Marcel Debarge*, secrétaire d’Etat au Logement, avant de rejoindre le conseil général des Ponts et Chaussées.

Durablement marqué par sa rupture avec le PCF et par la satisfaction intellectuelle que lui procurèrent ses études puis son statut de haut fonctionnaire, Jean Gajer préféra la posture de l’expert à celle d’homme public. Malgré son insertion dans les réseaux socialistes et son accord politique, il refusa d’adhérer au PS ou de retrouver un poste d’élu. Revenant sur son parcours communiste, il déclarait avoir « perdu son temps » et regretter son adhésion.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50379, notice GAJER Jean, Joseph par Paul Boulland, version mise en ligne le 28 mai 2009, dernière modification le 21 décembre 2015.

Par Paul Boulland

Jean Gager, Christian Echard, Jean Portejoie au XIVe congrès du PCF.
Jean Gager, Christian Echard, Jean Portejoie au XIVe congrès du PCF.

ŒUVRE : « Le RER : analyse de l’évolution des conceptions successives du réseau express régional », thèse de doctorat d’urbanisme (Paris 8), 1981.— « Le réseau express régional : une innovation technique et d’organisation », Transports, n°267, novembre 1981.— « Les enjeux du nouveau schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de l’Ile-de-France », Espaces et sociétés, n°36-37, janvier-juin 1981.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Dossier CCCP « Henri Fiszbin », Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 261/J6/17-18). — H. Fiszbin (avec M. Goldring et J.-J. Rosat), Les bouches s’ouvrent, Grasset, 1980. — B. Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, op. cit.. — P. Robrieux, Histoire intérieure du PCF, op. cit. — A. Brun, Rupture et reconversion des dirigeants de la fédération de Paris du PCF des années 1970-1980, mémoire de maîtrise (Paris 1), 1999.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément