GALLON Henri, Claude, Marius

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 8 septembre 1924 à Izieux (Loire) ; OS tourneur, serrurier ; responsable fédéral JOC, prêtre de la Mission de France (1956) ; délégué suppléant CGT dans le bâtiment.

Fils d’un employé qui devint contremaître à la Soie artificielle d’Izieux, Henri Gallon, aîné de cinq enfants (dont Pierre Gallon), entra dans la vie professionnelle comme OS tourneur lorsque son père fut mobilisé en septembre 1939. Il avait adhéré en 1938, dans sa ville natale, à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) où il avait découvert le militantisme catholique dont l’essor, porté par des slogans tels que « Sois fier ouvrier », « Marchons à la conquête » et « Nous referons chrétiens nos frères », allait le conduire, après un apprentissage de serrurier, à assumer la responsabilité de la fédération de la vallée de Gier de 1942 à 1944. Il dira plus tard pour expliquer son parcours que c’était l’Église qui l’avait « mis dans une situation de proximité vis-à-vis d’un monde dans lequel il se situait à part entière ».

En mars 1944, Henri Gallon fut réquisitionné par le Service du travail obligatoire (STO) comme tourneur aux aciéries de la Marine. Il rejoignit en août 1944 les Forces françaises de l’intérieur (FFI) et s’engagea dans la Première Armée française : campagne d’Alsace, Rhin-Danube puis l’Indochine où il fit l’amer constat de la torture et des ravages du colonialisme. À son retour en mars 1948, il décida d’entrer au séminaire des vocations tardives à Chessy-les-Mines (Rhône). Il intégra en 1950 le grand séminaire de Lyon à Francheville (Rhône) et choisit, en 1954, de terminer ses études au séminaire de la Mission de France à Pontigny (Yonne) dans la perspective de vivre son sacerdoce dans la vie ouvrière. Il utilisa d’ailleurs ses vacances pour faire des stages ouvriers : mineur sur l’autoroute Lyon-Saint-Étienne, peintre de poteaux électriques (haute tension), manœuvre dans l’emballage et dans la fabrication d’objets en plastique. Ordonné prêtre de la Mission de France le 24 juin 1956, il fut envoyé à Saint-Michel de Marseille (Bouches-du-Rhône), une paroisse du centre ville dont Philippe de Fontanges était curé.

À Marseille, Henri Gallon, tout en exerçant ses fonctions de vicaire, commença en septembre 1958 à travailler à temps partiel chez un artisan ferronnier qu’il dut quitter après l’interdiction romaine faite à tout prêtre, en juillet 1959, d’avoir une activité salariée. Il avait adhéré au Mouvement de la paix, mais il préféra s’investir dans la lutte contre la guerre d’Algérie. Quand Nicolas Obermeyer*, également prêtre de la Mission de France, fut rappelé en juin 1958 dans la même unité que son frère, Pierre Gallon, il fut contacté par le réseau Jeanson. Il succédait en quelque sorte à Nicolas Obermeyer qui l’avait introduit dans ce réseau d’aide au FLN. On vint le débarrasser d’une valise quelques jours avant une perquisition des CRS au presbytère.

En 1960, Henri Gallon quitta la cité phocéenne pour rejoindre l’équipe de Saint-Louis d’Alfortville (Seine, Val-de-Marne). Il devint maçon, quai Blanqui, travaillant vingt à vingt-sept heures par semaine avec la possibilité de fixer ses horaires sur une machine à fabriquer des parpaings dans une cour voisine de la chapelle Saint-Louis. Ayant des contacts avec l’Association générale des travailleurs algériens (AGTA), il fit avec Nicolas Obermeyer, qui était revenu d’Algérie, s’était entre-temps marié et habitait Chevilly-Larue, des espaces attenants à la chapelle (12 rue du Pont d’Ivry) non seulement un lieu de rencontre et d’alphabétisation pour les Algériens, mais aussi de stockage pour des journaux de différentes langues que diffusait le réseau de Robert Davezies.

Lorsque la Mission de France décida de quitter Alfortville en 1965, elle proposa à Henri Gallon de faire partie de l’équipe de Gennevilliers (Seine-Saint-Denis) mais, déconcerté par sa charte qui devait s’inscrire dans les orientations de la Mission ouvrière, il refusa. Bien que non désigné comme candidat pour devenir prêtre-ouvrier dans la foulée du concile Vatican II, il travailla comme OS dans une manufacture de plastique, puis fit une formation professionnelle pour adultes de serrurier (octobre 1965-mars 1966) à l’Hardy (Essonne). Il s’embaucha ensuite à plein temps dans le bâtiment pour une entreprise parisienne qui l’envoya sur différents chantiers. Autorisé officiellement à poursuivre son travail en décembre 1966 par Robert Frossard, délégué interdiocésain à la Mission ouvrière parisienne et vicaire général de Paris, et par Jean Rémond, responsable régional de la Mission de France, il fut affecté à l’équipe de la Mission de Paris, dans le XIIIe arrondissement. Après avoir passé quelque temps dans une entreprise de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), il devint en 1978 serrurier d’entretien au Comptoir Lyon-Allemand jusqu’à sa retraite en 1984. Syndiqué à la CGT, il avait été délégué suppléant du personnel.

Mal à l’aise au sein de la Mission de France, Henri Gallon s’était progressivement éloigné, à partir de 1967, de l’institution ecclésiale, puis s’était marié le 20 septembre 1980 avec Marie-Claude Najac, agent GDF qu’il avait rencontrée en 1975 et qui mourut en 2000.

En 2009, s’il tient à rappeler les distances qu’il a prises avec l’Église, il se dit néanmoins toujours chrétien.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50362, notice GALLON Henri, Claude, Marius par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 28 mai 2009, dernière modification le 16 octobre 2009.

Par Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. de la Mission de France, Le Perreux. — AHAP, Fonds Frossard, 2 D1 2, 10 ; 1 D XVI. — CNAEF, 113 CE 58. — Paul Valet, Prêtre-ouvrier, itinéraire d’un ancien jociste, Karthala, 2008. — Entretien avec Henri Gallon et lettre du 5 avril 2009.

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