GAMONET Huguette, Raymonde, Gabrielle, Marie

Par Michèle Rault

Née le 27 décembre 1920 à Marseille (Bouches-du-Rhône), morte le 26 août 1990 à Paris (XIVe arr.) ; ouvrière, secrétaire administrative, conseillère à l’emploi ; responsable d’une communauté de femmes chrétiennes laïques à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; militante syndicale et associative.

Fille d’André Gamonet, ingénieur, journaliste au Soleil, et de Gilberte Mazan, Huguette Gamonet vécut son enfance, entre Marseille et Aix-en-Provence, dans un milieu chrétien et cultivé. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, elle suivait des cours de comptabilité et de sténo-dactylo et obtint une capacité en droit. Engagée dans une œuvre d’entraide aux familles de soldats et de prisonniers, elle prit conscience des difficultés que la guerre déclenchait dans les familles populaires de Marseille. Elle découvrit la misère et le dénuement du monde ouvrier. La vie religieuse qu’elle souhaitait mener prit alors la forme d’une recherche d’apostolat ouvrier qu’elle nourrit par des lectures et notamment par celle de l’essai des abbés Godin et Daniel, La France pays de Mission ? Au couvent des Trinitaires de Sainte-Marthe de Marseille, où ses parents l’avaient incitée à entrer en septembre 1943, elle fit le projet de créer une communauté laïque avec Anne de Gasquet, Marie-Thérèse Romet et Jacqueline Sergent qui partageaient les mêmes aspirations.

Aidée dans sa réflexion par Jean-Baptiste Duchamp, jésuite, Huguette Gamonet quitta le couvent le 16 octobre 1944 et s’installa dans les semaines qui suivirent, rue de la Croix, dans un ancien entrepôt du Marseille populaire. Elle chercha un emploi en usine et trouva à s’employer comme conditionneuse dans une entreprise de produits chimiques. Elle devint alors responsable de la communauté dénommée « communautés ouvrières ». Elle prit en charge la formation des équipières dont la vocation se définissait par le choix d’un travail salarié peu qualifié, le partage des conditions de vie des ouvriers, l’engagement syndical et militant, et enfin la vie en équipe. Ces orientations la rendaient très proche des prêtres-ouvriers. Elle avait fait la connaissance du jésuite Charles Monier*, ouvrier dans une raffinerie marseillaise, avec lequel la communauté n’allait cesser d’être liée par un partage d’expériences, des engagements syndicaux, de nombreuses récollections et une abondante correspondance.

En janvier 1946, Huguette Gamonet se rendit en banlieue parisienne et put comparer sa propre expérience de vie communautaire à celles de Madeleine Delbrêl et d’Émilienne Josset* qui, elles aussi, étaient responsables de communautés de femmes laïques. Elle s’en démarquait par un ancrage dans la spiritualité ignacienne et un compagnonnage avec de nombreux jésuites tels que Joseph de Lorgeril*, prêtre-ouvrier à Paris, dans le XIIIe arrondissement. En 1950, elle se rendit à Rome avec l’idée d’une éventuelle reconnaissance de la communauté comme institut séculier, mais le projet n’aboutit pas. Avec ses compagnes, elle pensait que cette reconnaissance officielle pouvait mettre à mal leur indépendance.

Son départ de Marseille, où elle avait été successivement aide familiale puis ouvrière dans une raffinerie, date de 1954. Elle rejoignit plusieurs femmes de la communauté venues s’installer à Paris après s’être affrontées à l’incompréhension des patrons chrétiens devant leur engagement à la CGT et au Mouvement de la paix. Elle vécut dans le quartier de Belleville et travailla comme OS dans la métallurgie puis dans l’électronique. Elle milita à l’union locale CGT du XXe arrondissement de Paris et fut trésorière de la section syndicale de l’entreprise d’électronique TRT où elle travailla en 1958.

Elle participa avec les membres de la communauté – au nombre de dix en 1961 réparties en trois équipes – à la lutte pour la paix en Algérie et s’engagea dans la création d’une équipe à Alger. À partir de 1963, elle n’était plus responsable de la communauté et vint vivre à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) en 1965, tout en continuant à travailler en usine. Elle fut à l’origine dans cette commune de la création de l’Association pour le soutien des travailleurs immigrés (ASPTI). En 1966, elle travailla comme secrétaire administrative de l’Union locale des ingénieurs puis elle occupa, de 1968 à sa retraite en 1981, les fonctions de conseillère à l’emploi pour les ASSEDIC où elle milita à la CFDT.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50357, notice GAMONET Huguette, Raymonde, Gabrielle, Marie par Michèle Rault, version mise en ligne le 28 mai 2009, dernière modification le 27 octobre 2009.

Par Michèle Rault

SOURCES : Arch. des communautés ouvrières, CAMT-Roubaix. — Michèle Rault, « En mission dans le monde ouvrier, dans les années 1940-1970, « Chrétiennes », Clio, 2002, p. 135-145. — « Femmes missionnaires en banlieue rouge », Histoire et Missions chrétiennes, n° 9, mars 2009, p. 43-55.

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