VALLET (ou VALET) Georges [Pseudonyme dans la résistance : Raoul, Ludovic]

Par Daniel Grason, René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 5 novembre 1912 à Paris (XXe arr.), fusillé le 9 juillet 1943 au stand de tir du ministère de l’Air à Paris (XVe arr.) ; employé dans la confection ; militant syndicaliste ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant FTPF.

Georges Vallet
Georges Vallet

Les parents de Georges Vallet, qui travaillaient dans les fleurs artificielles, étaient membres du Parti socialiste SFIO (tendance Paul Faure). Georges Vallet obtint à onze ans et demi son certificat d’études primaires et commença à travailler dans le tissu en 1925. D’abord employé dans une maison de l’avenue de l’Opéra (Paris), il travailla, après son retour du régiment, où il fut brigadier dans la cavalerie, à la libraire Hachette, avant d’être drapier dans la confection pour dames ; il devint chef de service. Sa femme Yvonne, dont le père, Georges, était retraité des Eaux et Forêts, était manutentionnaire également dans la confection pour dames. Ils avaient en 1938 un garçon de huit ans.
Georges Vallet, qui avait participé au mouvement de février 1934, fut surtout actif lors des grèves de 1936. Il disait, dans son autobiographie, « n’avoir reçu aucune instruction politique » et s’être « trouvé en 1936 dans le bain [...] Depuis les grèves de juin je suis devenu un militant alors qu’avant [...] je ne savais pas ce qu’était un syndicat ». Il devint alors secrétaire permanent du Syndicat des ouvriers et ouvrières de la confection pour dames, puis secrétaire de l’Union des travailleurs de l’habillement. Il reprit ce poste, qui n’était plus rémunéré, à son retour d’Espagne.
Il adhéra au Parti communiste en septembre 1936, « ayant vu dans [son] syndicat l’attitude des communistes et des socialistes, [il] sut vite où était l’intérêt des masses ». Il militait dans une cellule du XIXe arrondissement de Paris, dont le secrétaire était Paul Kesterman. La guerre d’Espagne le marqua fortement. Lors de l’offensive franquiste en Aragon, une assemblée de section du XIXe arrondissement se tint en présence de Pierre Georges (futur colonel Fabien). Georges Vallet se porta volontaire (suivi par Pierre Andrieux) et partit le 26 avril 1938. Il fut commissaire politique de bataillon dans les Brigades internationales et milita dans la Jeunesse socialiste unifiée (JSU) où il présidait la Commission internationale de la Jeunesse. Il adhéra à son retour en France, en novembre, à la Jeunesse communiste de France. Il avait été blessé à la jambe.
De novembre 1938 à la guerre, Georges Vallet fut souvent délégué de sa cellule aux assemblées d’information, en particulier à la conférence de Paris-Ville fin 1938. Il s’occupait surtout de l’Association des volontaires en Espagne républicaine (AVER), qu’il représentait au comité de Front populaire du XIXe arrondissement. La commission de cadres qui le notait AS mentionnait ses « très bonnes notes d’Espagne » et précisait qu’il était « très courageux, sérieux, intelligent ».
Il était collaborateur du comité central du Parti communiste et secrétaire de la Fédération de l’Habillement lorsqu’il fut mobilisé. Du recrutement de Versailles, classe 1930, mobilisé le 26 août 1939 à Epernay (Marne), il fut prisonnier le 20 juin 1940, interné au stalag A III près de Berlin ou 3 D, il s’en évada le 10 octobre 1941.
En 1942 il intégra les Francs-tireurs et partisans (FTP). Il fut chargé de la protection armée des manifestations des ménagères de Buci (VIe arr.) le 31 mai 1942 avec Madeleine Marzin et de celle de la rue Daguerre (XIVe arr.) le 1er août 1942 avec Lise Ricol. Membre du Comité militaire des FTP, il remplaça, le même mois, le colonel Dumont dans le Nord et le Pas-de-Calais. Le 16 mai 1942, une rafle chez les FTP ayant décimé l’organisation, Henri Tanguy reforma un triangle de direction dans la Région parisienne, mais, ayant été muté dans la région Anjou-Poitou, Georges Vallet le remplaça aux côtés de Roger Linet et Raymond Colin. Puis il fut lui-même remplacé par Albert Ouzoulias à cette fonction.
Georges Vallet fut repéré par des policiers des Renseignements généraux lors des manifestations de la rue de Buci et de la rue Daguerre. La Direction des Renseignements généraux diffusa un avis de recherche : « Il y a lieu de rechercher très activement et d’arrêter Vallet Georges né le 5 novembre 1912 à Paris, ayant demeuré 44 rue de la Mouzaïa (19ème arr.). »
« Signalement : 1m 80, cheveux châtain moyen, coupés courts et plaqués ; visage allongé, osseux ; yeux marron, lèvre inférieure pendante avec cicatrice au milieu, svelte, allure sportive. »
« Il s’agit d’un ancien milicien des brigades internationales, dangereux chef terroriste, surnommé « Raoul ». En cas de découverte, prendre toutes précautions. Se sachant recherché est toujours armé. Il pourrait être assisté d’un groupe de protection armé. Doit être en possession de fausses pièces d’identité à un nom qui n’est pas connu. »
Les numéros de téléphone de la Direction générale des Renseignements généraux de la Préfecture de Police suivaient. La note était signée du Directeur André Baillet.
Le 1er avril 1943 vers 19 heures 15, deux inspecteurs des Renseignements généraux les armes à la main interpellaient Georges Vallet et son amie Simone Rousseau à une vingtaine de mètres de l’angle de la rue du Cloitre Notre-Dame et du parvis de Notre-Dame.
Selon les deux policiers, Georges Vallet porta rapidement sa main droite à l’intérieur de sa canadienne, et prenait la fuite en direction de la rue d’Arcole. Quelques mètres plus loin, il se retourna, l’inspecteur principal adjoint Le M… tira à cinq reprises dans sa direction en visant ses jambes. Georges Vallet parcourut quelques mètres avant de tomber à terre à l’angle de la rue du Cloitre Notre-Dame et du parvis de Notre-Dame. Georges Vallet ne portait aucune arme, Simone Rousseau fut également appréhendée.
Georges Vallet a été conduit à l’hôpital de la Pitié. Lors de la fouille de ses habits les policiers saisissaient : une fausse carte d’identité au nom de Jacques, Henri Bordier, deux feuilles de papier à en-tête de « La Ligue Française d’Entr’aide Sociale et de Collaboration Européenne portant la signature de Pierre Costantini, fondateur et chef de cette formation qui collaborait avec les allemands. Cette lettre mentionnait le nom de Pierre G… ; un bon d’achat libellé en allemand, un feuillet de papier portant le nom de Marmelstain à Villeurbanne (Rhône), et un fragment de papier bleu portant le nom de mademoiselle Nicole chez mademoiselle Richter 3 rue de Douai à Paris (IXe arr.)
Il entra dans la clandestinité fin décembre 1941 en qualité de responsable à l’organisation militaire de l’Organisation spéciale. Il fut chargé d’organiser des groupes de combattants. Il rencontra « Rivière », Roger Linet et le responsable du matériel « Alexandre ». Il affirma « Je n’ai participé qu’à une seule action, rue Daguerre où je n’ai pas eu de rôle spécial, je faisais nombre et je n’étais pas armé. » Il fut nommé responsable Militaire national des FTP une très courte période, puis redevint responsable de l’Inter-région parisienne.
Il affirma aux policiers que d’août à décembre 1942, il n’eut qu’un rôle d’intermédiaire entre les régions et « Rivière » à qui il transmettait le résultat. « J’ai eu ainsi connaissance de tous les attentats qui se sont produits pendant cette période dans Paris, la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne. Je vous répète qu’à part la rue Daguerre je n’ai assisté ni perpétré un attentat. »
Les policiers qui l’interrogeaient voulaient obtenir davantage d’informations, Georges Vallet a été frappé à plusieurs reprises. Il affirma savoir « que le Parti devait décider la formation de groupes spéciaux. Ces groupes dépendaient de l’Inter-Région, sans passer par moi. J’ignore qui était leur chef. » Il déclara « Je n’ai jamais eu d’armes en ma possession. » Selon ses déclarations obtenues sous les coups, il n’était plus en activité depuis décembre 1942. « On m’a prié de rester chez moi car je restais un danger et j’ai été coupé de tous mes camarades. » Il affirma ignorer tout autant l’adresse de son amie Simone Rousseau.
Dans le sac de Simone Rousseau les policiers saisirent un carnet de notes, des tickets de rationnement, un billet de location de places de la SNCF, deux trousseaux de clefs.
Le logement que Georges Vallet occupait au 6 rue de Pontoise dans le Ve arrondissement sous le nom de Bordier a été perquisitionné. Une pièce dépourvue d’éclairage située au cinquième étage. En fait Georges Vallet n’y habitait plus.
Le logement de Simone Rousseau loué sous le nom de Bertrand situé au 43 rue du capitaine Guynemer à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine) était situé au 2ème étage, il était composé d’une salle à manger cuisine et d’une chambre à coucher. La perquisition a été fructueuse, les policiers saisissaient : un pistolet automatique Webley et Scott calibre 7,65 mm, ayant une balle dans le canon avec un chargeur garni de huit cartouches, quatre livres de documentation militaire, six brochures éditées par le Parti communiste clandestin : « Le Maréchal a dit », « Problème de l’heure », « La Défense passive », « Renseignements et liaisons », « Avis aux futurs engagés de la Légion », « Ce que j’ai vu en Russie Soviétique ». Une documentation qui était composée de vingt-sept chemises : « B. A Voir », « Armée d’occupation », « Etudes » une documentation manuscrite et de des rapports d’organisation, « Organisation R.P. » une documentation sur l’organisation militaire, « C.P.I.R.-R.P. » des lettres manuscrites qui étaient adressées à Roger Linet, « 2ème Front – R.P. » des documents relatifs à la grève générale et à l’insurrection nationale, « R.N.P. » des adresses des locaux, « B – R.P. » des noms de rues de Paris avec des papiers sur des futurs attentats, « P.P.F. » sur le siège du parti collaborationniste et l’emploi du temps de Jacques Doriot, « À voir et répartir » du matériel récupéré, « R.P. » le bilan des attentats exécutés sur plusieurs régions dont P1 et P2, « F » documentation sur la récupération des armes, « Prisons et Camps » documentation, « C.M.N. » une liste des industries occupées par les allemands, « M – R.P. » documentation sur les numéros matricules, « Police » sur les policiers à « abattre », « Direction militaire » concernait les activités militaires, « C.M.I.R. en cours » les arrestations et la répression, « Documentation politique » une documentation sur la vie du Parti communiste, « Divers » des tracts et des papiers manuscrits, enfin quatre agendas de poche ayant appartenu au mari de Simone Rousseau.
L’inspecteur principal adjoint (IPA) François Le M… toucha une prime de 500 francs pour l’arrestation de Georges Vallet qualifié de « chef terroriste redoutable ».

Georges Vallet fut détenu à Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et livré aux Allemands. Il fut condamné à mort le 27 mai 1943 par le tribunal allemand du Gross Paris. Il a été fusillé le 9 juillet suivant, au stand de tir du ministère de l’Air, et inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Georges Vallet fut déclaré « Mort pour la France » et deux plaques commémoratives, dans le XIXe arr de Paris, portent son nom, avec ceux de Lucien Sampaix et André Biver.
L’IPA François Le M… comparut devant la commission d’épuration de la police. Il était qualifié d’ « Élément servile anti-français, tortionnaire, volontaire des perquisitions pouvant donner l’occasion d’un pillage. […] Sur son initiative personnelle et en dehors du service a procédé à l’arrestation du patriote Valet [Vallet] dit Raoul, le blessant avec son arme, alors que Valet [Vallet] non armé, tentait de fuir. »
« L’IPA Le M…, son service terminé regagnait son domicile vers 19 heures 15, passant sur le pont Aux Doubles vers 19 heures 15, il reconnaissait parmi les passants Georges Vallet. Il fit appel à l’inspecteur P… qui passait sur le pont et fit appel à lui. Il interpella Vallet « Raoult, police, hauts les mains ! », Vallet prenait la fuite portant la main à sa poche intérieure. Le M… tira. Le commissaire L… réfuta cette approche des faits, il fit observer que l’inspecteur Le M… n’avait « pas fait preuve d’initiative, n’ayant exécuté qu’un mandat d’arrêt délivré contre Vallet. »
Le Président de la 12e Section de la Cour de Justice de la Seine déclara : « Si je dois requérir des peines sévères contre certains policiers, je dois dire que dans le dossier Le M… il y a des faits qui militent en sa faveur et en conséquence, il doit bénéficier de circonstances atténuantes. » Il concluait : «  Je m’en rapporte à votre sagesse et à votre prudence ; vous rendrez, j’en suis sûr, une décision impartiale. » Il n’a pas été suivi, l’IPA François Le M… fut condamné à vingt ans de travaux forcés.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50284, notice VALLET (ou VALET) Georges [Pseudonyme dans la résistance : Raoul, Ludovic] par Daniel Grason, René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 14 octobre 2018, dernière modification le 3 janvier 2019.

Par Daniel Grason, René Lemarquis, Claude Pennetier

Georges Vallet
Georges Vallet

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. André Marty, S 1, E VIII, E XII. – Arch. RGASPI, Moscou, 545/6. – RGASPI, Moscou, 495 270 5877, autobiographie de décembre 1938. – Arch. PPo. GB 131 (transmis par Gérard Larue), 77W 5362, KB 67, BA 1849. – Bureau Résistance GR 16 P 583570 – Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse. Les Jeunes dans la Résistance, Paris, Éd. Sociales, 1969. – David Diamant, Combattants juifs dans l’armée républicaine espagnole, 1936-1939, Éd. Renouveau, 1979. – Les Plaques commémoratives des rues de Paris, La Documentation française, 1981. – Stéphane Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, 1939-1944, Thèse de 3e cycle, Nanterre, 1978. – ANACR, 1940-1945. La Résistance dans le XIXe arrondissement de Paris, Le Temps des Cerises, 2005 (avec une iconographie).

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