KURELLA Alfred. Pseudonymes : BERNARD Alfred, ZIEGLER B., RÖBIG Viktor (version Dictionnaire biographique du Komintern)

Par Michel Dreyfus, avec la collaboration de Nathalie Raoux.

Né le 2 mai 1895 à Brieg (Haute-Silésie), mort le 12 juin 1975 à Berlin-Est ; militant communiste, membre de l’appareil du Komintern.

Fils d’un médecin et d’une mère appartenant à la petite aristocratie polonaise terrienne, Alfred Kurella engagé volontaire dans l’armée allemande en août 1914, combattit sur le front deux mois plus tard et fut libéré en 1916, semble-t-il, après s’être fait réformer. Militant depuis 1910 dans un mouvement de jeunesse, il adhéra durant la guerre aux Jeunesses socialistes, se rangea dans leur aile gauche et participa en 1917-1918 à la diffusion de littérature illégale à Berlin, Leipzig et Dresde, ce qui le fit remarquer par la police. Responsable de la Freie sozialistiche Jugend de Munich en 1918, il partit pour Moscou où il arriva le dimanche de Pâques 1919 et y resta plusieurs mois.

À partir du mois d’août, en liaison avec la direction de l’IC, il travailla à la préparation du Ier congrès de l’Internationale communiste des jeunes (ICJ), tenu à Moscou en novembre 1919. Il fut le secrétaire du premier Comité exécutif de l’ICJ, d’abord à Berlin, ensuite à Moscou. Puis, ayant adhéré au KPD (Parti communiste d’Allemagne), il commença une carrière de responsable communiste international. Membre de la délégation de l’ICJ au 2e plénum du Comité exécutif (CE) de l’Internationale en juin 1922, représentant de l’ICJ au IVe congrès de l’IC, il fut élu au Comité exécutif de l’ICJ puis fut réélu à ce poste de son IIIe congrès en décembre 1922 jusqu’au IVe congrès de l’ICJ en 1924. Il fit de nombreuses missions à Moscou, en Italie, en Tchécoslovaquie et dans les Pays scandinaves. À l’issue du IVe congrès de l’ICJ (1924), il passa au service du Komintern après avoir adhéré au Parti communiste d’Union soviétique. Il devait y rester jusqu’en 1929.

Envoyé en France, il dirigea, auprès du PC jus-qu’au printemps 1925, la première école de cadres communistes à Bobigny, puis après un bref voyage à Moscou durant l’été 1925, il reprit ses fonctions à la direction de la 2e École centrale du PC (Clichy) jusqu’au printemps 1926. Ces responsabilités l’amenèrent à publier sous le pseudonyme d’Alfred Bernard, L’ABC de la politique communiste, et Rôle et méthode de l’enseignement léniniste. L’enquête réalisée auprès de vingt-deux de ses élèves lui permit de publier en janvier 1925 La génération léniniste du prolétariat français, précieux document biographique et historique. De 1923 à 1936, Kurella appartint au Syndicat des gens de lettres allemands (Schutzverband Deutscher Schriftsteller) puis, à partir de cette date, au Syndicat des écrivains soviétiques. Au printemps 1939, il participa à un congrès de cette organisation.

Revenu à Moscou, il fut jusqu’en janvier 1928 dirigeant adjoint de la section de l’Agit-Prop. Il critiqua la réorganisation du Secrétariat de l’IC engagée depuis mars 1926 comme « un travail superflu ». Selon son témoignage, il n’aurait pas eu de responsabilités internationales du printemps 1928 à l’automne 1929 : faut-il voir là une conséquence de son soutien aux positions de Boukharine qu’évoque V. Fay* ? Selon d’autres sources, il aurait représenté l’IC au 5e congrès du PC de Tchécoslovaquie en février 1929 et y serait intervenu sous le nom de Ziegler. Au même moment, la police française pensait l’identifier comme Kellen David, Karl dit Ziegler, né le 2 mai 1895 à Stockholm en Suède.

Revenu à sa demande en Allemagne en octobre 1929, en accord avec le secrétariat du KPD, il refusa des responsabilités nationales, fut responsable de l’agit-prop du Comité international des Amis de l’URSS, dirigea plusieurs publications du KPD, notamment l’AIZ et donna des cours à la Marxistische Arbeiterschule (Masch). Ayant lors d’une conférence du KPD en juin 1932 évoqué un « échec du Parti », il fut sanctionné par un avertissement et son éviction de sa direction.

Sans doute est-ce la raison pour laquelle il fut envoyé en France par le Komintern en octobre 1932. Il devint alors secrétaire du Comité international contre la guerre et le fascisme. Au printemps 1933, Kurella aurait soutenu avec Willy Münzenberg*, l’initiative prise par Henri Barbusse* et le socialiste belge Albert Marteaux en vue d’une conférence des deux internationales ouvrières en faveur de l’unité antifasciste mais Staline* averti de cette initiative par O. Piatnitsky* s’y opposa ; Münzenberg* et Kurella furent blâmés. D’octobre 1933 à janvier 1934, Kurella dirigea Monde, le journal de Barbusse*.

Rappelé à Moscou en janvier 1934, il fut rédacteur en chef du journal Isdat puis, deux mois plus tard, devint le secrétaire de G. Dimitrov*. D’août à octobre 1934, il alla à Paris réorganiser les Éditions sociales internationales (ESI) et collabora à plusieurs revues françaises (Commune) ou publiées par des exilés allemands (Internationale Literatur, Die Sammlung, Das Wort).

Revenu à Moscou auprès de Dimitrov*, il devint le responsable de la section « Littératures étrangères » de la Bibliothèque de Moscou dont il dirigea le travail bibliographique, de 1935 à 1941 ; il fut la cheville ouvrière de la revue Das Wort qui défendit l’orientation du Front populaire dans l’art et la littérature. Il put traverser, sans qu’on sache trop comment, la période des purges. Toutefois, en 1936, ayant participé à une réunion d’anciens dirigeants de l’ICJ, il aurait tenu des propos contraires à la ligne : aussi, par décision de la Commission de contrôle politique du 29 juillet 1936, il fut éloigné du travail du Komintern. En juin 1937, il fut arrêté par le NKVD, suite à une dénonciation, faite sous la torture, de W. Knorine*. Son frère, Heinrich, qui avait été un des collaborateurs de La Correspondance internationale fut une des victimes des purges.

Durant la guerre, Kurella servit dans les sections de l’agit-prop de l’Armée Rouge, appartint au Comité national de l’Allemagne libre et occupa le poste de rédacteur en chef suppléant du journal Freies Deutschland. Il avait pris la nationalité soviétique en 1941.

Revenu en Allemagne de l’Est en 1954, il devint un des responsables de la politique culturelle du SED, le Parti communiste d’Allemagne de l’Est. Directeur de l’Institut de littérature de Leipzig en 1955, il fut élu au comité central et suppléant au BP du SED lors de son 5e congrès en juillet 1958. En 1969, il assista à Moscou, au titre des vétérans, à la commémoration du 50e anniversaire de la fondation du Komintern.

Dabord marié à la fille d’un des fondateurs du Parti communiste des Pays-Bas, David Wijnkoop, il épousa ensuite une communiste allemande, Elfrida Kon-Fossen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50270, notice KURELLA Alfred. Pseudonymes : BERNARD Alfred, ZIEGLER B., RÖBIG Viktor (version Dictionnaire biographique du Komintern) par Michel Dreyfus, avec la collaboration de Nathalie Raoux., version mise en ligne le 18 mai 2009, dernière modification le 18 mai 2009.

Par Michel Dreyfus, avec la collaboration de Nathalie Raoux.

ŒUVRE CHOISIE : La révolution culturelle : les conditions préalables et les premiers pas d’une culture socialiste de masse en Union soviétique, Bureau d’éditions, 1931. — Mussolini ohne Maske. Der erste Reporter bereist Italien, Berlin, NeuerDeutscher Verlag, 1931. — Ich lebe in Moskau, BerlinVolk und Welt, 1947.

SOURCES : RGASPI, 495 19 248, cité par K. Shirinia, « The Comintern : A World Party and itsNational Sections », in Centre and Periphery. TheHistory of the Comintern in the Light of NewDocuments, ed. by M. Narinsky and J. Rojahn, Amsterdam, International Institute of Social History, 1996 ainsi que 495 205 6339, autobiographie du 27 octobre 1934 et témoignage à la Commission de contrôle du 29 juillet 1936. — D. Tartakowsky, Les premiers communistes…, op. cit. — Notice par S. Cosseron in Allemagne. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international sous la dir. de J. Droz. — Arch. Nat., F7/13091 — V. Fay, La Flamme et la cendre…, op. cit. — P. Huber, « Les organes dirigeants… », op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit.

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