ESCURAT Bernard, Auguste

Par Claude Geslin, François Prigent

Né le 11 décembre 1865 à Sainte-Marie-Lapanouze (Corrèze), mort le 2 février 1962 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; instituteur ; conseiller d’arrondissement SFIO (1919-1937) de Saint-Nazaire ; premier adjoint SFIO (1925-1941), maire (1941) et conseiller municipal SFIO (1945-1947) de Saint-Nazaire ; candidat SFIO aux élections sénatoriales de 1924, 1932, 1936 ; candidat SFIO aux élections législatives de 1924 ; dirigeant départemental du SNI et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; militant laïque et coopérateur ; militant de la FSB ; franc-maçon.

Son père Michel Escurat, qui avait cinq enfants, était un petit propriétaire agricole exerçant le métier de cordonnier itinérant la moitié de l’année. Passé par les écoles laïques, Bernard Escurat fréquenta le lycée d’Angoulême puis l’école d’agriculture des Plaines en Corrèze.

Au terme de son service militaire, il devint instituteur en 1890, occupant son premier poste dans une zone blanche de Loire-Inférieure à Plessé (dans le hameau de Dresny), à 20 kilomètres au sud de Redon. Il fut successivement instituteur à Blain (1891-1897) puis Couëron (1897-1898), avant d’être nommé à Saint-Nazaire, où il enseigna notamment à l’école Jules Ferry entre 1900 et 1923. Investi dans les différentes filières laïques locales, il fut très actif lors des différentes campagnes électorales, en soutenant les candidats républicains, comme Auguste Pouplard qui devint maire laïque de Blain en 1892. Il se maria en avril 1901 à Thouaré (Loire-Inférieure).

En 1904-1905, Bernard Escurat faisait partie des dix-sept instituteurs qui fondèrent le Syndicat départemental des Instituteurs. Par la suite, il fut actif dans les réseaux syndicaux jusqu’à sa retraite en janvier 1923.
Dès 1905, il faisait partie des réseaux socialistes pionniers de la FSB, au sein du groupe nazairien de L’Union Socialiste, aux côtés de Henri Gautier*, premier conseiller général SFIO élu en Loire-Inférieure en 1919, et de Pédron*, le secrétaire de section. En 1907, il adhéra à la SFIO lors de la départementalisation de la FSB, qui fut une structure socialiste régionale originale entre 1900 et 1907, impulsée par Charles Brunellière*.

Militant LDH dès sa fondation locale en 1901, Bernard Escurat fut trésorier et secrétaire de la section LDH de Saint-Nazaire, dont il fut le président entre 1909 et 1919. Il fut ensuite relayé jusqu’en 1929 par Maurice Maumenée*, syndicaliste dans la métallurgie et conseiller municipal SFIO entre 1919 et 1932. Militant coopérateur de premier plan, Bernard Escurat avait notamment contribué au développement de l’Union à partir de 1901 (vice-président en 1920) et de La Ruche à partir de 1903.

Co-fondateur du Travailleur de l’Ouest, Bernard Escurat figurait en 1919 sur la liste SFIO menée par Henri Gautier, qui obtint neuf élus. Son élection fut annulée car il était inéligible. Dans le même temps, il devint à cinquante-quatre ans le premier conseiller d’arrondissement SFIO en 1919, symbole du développement de la fédération SFIO de Loire-Inférieure, dirigée par Ernest Dalby*, conseiller général de Nantes entre 1925 et 1935.

En janvier 1924, il se présenta aux élections sénatoriales en compagnie de Raymond Laporte* et Francis Mouillé*. La même année, Bernard Escurat fut candidat SFIO aux élections législatives. Réélu conseiller d’arrondissement, il devint en 1925 le premier adjoint de François Blancho*, qui le considérait comme un véritable guide politique.
Symbole du socialisme municipal dans une ville dirigée sans discontinuer par les socialistes depuis 1925, il seconda François Blancho, en mettant l’accent sur les réalisations dans le domaine de l’enseignement laïque (par exemple avec l’école de plein air de Heinleix), du logement, des loisirs à destination des classes populaires et du soutien aux réseaux syndicaux et coopératifs.

Réélu en 1929, ce proche de Albert Vinçon*, secrétaire fédéral de la SFIO depuis 1928, fut à nouveau reconduit comme conseiller d’arrondissement en 1931, avant d’être rejoint en 1934 dans la seconde assemblée départementale par un deuxième élu SFIO, Alexandre Fourny* dans le canton de Nantes 4. En octobre 1932, cette figure des réseaux d’élus socialistes de Loire-Inférieure figurait à nouveau sur la liste SFIO aux élections sénatoriales, composée de Ernest Dalby, Jules Lefort* (maire de Saint-Jean-du-Boiseau en 1925-1929 et 1935-1945), Julien Lambot et Edouard Juradeau*. Toujours premier adjoint, il fut à nouveau candidat lors d’une sénatoriale partielle en novembre 1936.

Proche d’Émile Broodcorens* et de Prosper Toupen*, également adjoints de François Blancho, Bernard Escurat se concentra sur ses tâches d’administrateur municipal à partir de 1936, laissant la place de conseiller d’arrondissement en 1937 à Julien Lambot*, maire SFIO de Trignac entre 1919 et 1947. Dans les faits, Bernard Escurat faisait office de maire de Saint-Nazaire, remplaçant François Blancho, membre du gouvernement entre juin 1936 et avril 1938, puis en mars-mai 1940.
Maire socialiste de Saint-Nazaire en 1941, Bernard Escurat demeura un fidèle de François Blancho, exclu de la SFIO jusqu’en 1950 en raison de son vote du 10 juillet 1940. Doyen du conseil municipal en 1945, Bernard Escurat avait conservé une influence majeure sur la puissante section SFIO de Saint-Nazaire, signe de l’absence de renouvellement des cadres partisans. Bernard Escurat faisait partie des soutiens les plus proches du nouveau leader SFIO de Saint-Nazaire, Jean Guitton*, député (1945-1958) et conseiller général (1945-1967). En 1947, il n’était pas sur la liste socialiste nazairienne, qui permit à François Blancho de retrouver son fauteuil de maire. En janvier 1950, il fut mis à l’honneur lors du trentième anniversaire de la section de Saint-Nazaire, lors d’une réunion rassemblant plus de 400 personnes, sous la présidence de Joseph Paul-Boncour. Demeuré adhérent SFIO, ce franc-maçon mourut au printemps 1962. Le nom de Bernard Escurat a été donné à une école primaire de Saint-Nazaire.

Bernard Escurat était chevalier de la Légion d’honneur (1938).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50229, notice ESCURAT Bernard, Auguste par Claude Geslin, François Prigent , version mise en ligne le 14 mai 2009, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Claude Geslin, François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Loire-Atlantique. — Arch. Mun. Saint-Nazaire. — Arch. OURS, dossiers Loire-Inférieure. — Arch. du CHT de Nantes. — Arch. Fédérales du PS de Loire-Atlantique. — Le Travailleur de l’Ouest. — Presse locale et presse militante. – Mairies de Saint-Nazaire et de Sainte-Marie-Lapanouze. — Yves Laurent et François Naud, Le cœur et la passion, éd. Crocus, Saint-Sébastien-sur-Loire, 1988. — François Prigent, « Les élus socialistes en Bretagne : réseaux, trajectoires et identités des années 30 aux années 80 », in Christian Bougeard (dir), Un siècle de socialismes en Bretagne. De la SFIO au PS (1905-2005), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 207-220. — État civil de Saint-Nazaire (acte de décès).

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