FULÉRO Guy

Par Paul Boulland

Né le 14 avril 1927 à Tenay (Ain) ; manœuvre puis métallurgiste ; secrétaire du syndicat CGT de l’usine Citroën de de Paris-XVe arr. (1956-1963) ; membre du secrétariat de la fédération PCF de Paris (1968-1972), collaborateur du comité central du PCF (1972-1987).

Les parents de Guy Fuléro, Auguste et Marie Fuléro, étaient tous deux ouvriers du textile, électeurs du PCF. Son père, ancien combattant de la Première guerre mondiale, mourut en 1933 des suites des blessures reçues au front. En 1940, Guy Fuléro fut reçu parmi les premiers du canton au certificat d’études primaires mais dans le contexte de la drôle de guerre, l’attribution des bourses était désorganisée et il dut abandonner ses études. À l’âge de treize ans, il fut placé comme commis dans une ferme, sans autre salaire que le gîte et le couvert. Il vécut la période de la guerre dans un grand isolement, seulement rompu par sa rencontre avec un groupe de FTP. Auprès d’eux, il adhéra au Parti communiste en juin 1944. En septembre suivant, il quitta la ferme pour rejoindre sa ville natale de Tenay. Il y occupa divers emploi et formalisa son adhésion au PCF et à l’UJRF. Il fut exempté de service militaire comme soutien de famille. Envoyé à Paris pour suivre un stage de formation UJRF, il choisit de s’y établir en 1946, avec l’aide de réseaux militants et amicaux.

À Paris, Guy Fuléro suivit brièvement des cours du soir pour devenir opérateur radio et occupa divers emplois, notamment comme coursier à l’Union nationale des intellectuels, avant de devenir emballeur chez Hachette (VIe arrondissement) où il fut secrétaire de cellule. En 1949, il devint secrétaire à l’organisation de la section PCF du VIe arrondissement, dirigée par Guy Perlican*. Il suivit une école de section en 1949 puis une école fédérale permanente en février 1950. Peu après, la direction du parti l’envisagea pour un poste de permanent, comme comptable dans la presse communiste, mais le secrétaire de section du VIe arrondissement exprima ses réticences à voir partir « un excellent militant, capable, dévoué » et « appelé à avoir des responsabilités nouvelles » dans la section. Il assuma de fait la direction de la section mais ne fut nullement informé des procédures engagées contre les militants de la cellule Saint-Benoît, qui conduisirent à l’exclusion de plusieurs intellectuels (voir notamment Robert Antelme, Marguerite Duras, Dyonis Mascolo) au début de l’année 1950. À la tête de la section du VIe, il contribua à la réussite de la campagne en faveur de l’Appel de Stockholm et à la constitution d’un très large comité de Paix. Lors de la conférence fédérale de la Seine, en décembre 1951, Guy Fuléro présenta cette activité, dont les succès furent soulignés par André Souquière. Son intervention revenait également sur les accusations erronées d’opportunisme portées contre cette activité par Annie Besse (voir Annie Kriegel), responsable fédérale des intellectuels. Guy Fuléro fut réélu au comité fédéral de la Seine jusqu’en mars 1953. À son insu, Guy Fuléro se trouvait alors au cœur des tensions interpersonnelles consécutives à la crise de la cellule Saint-Benoît, dans un contexte de vigilance et de sectarisme exacerbés. Ecarté du comité fédéral, après la décentralisation de la fédération de la Seine, il resta cependant au secrétariat de la section jusqu’en 1956. Contraint de quitter son domicile du VIe arrondissement, il vint habiter dans un HLM du XVe arrondissement. Grâce aux conseils d’André Tollet, il suivit une formation de fraiseur au centre FPA d’Issy-les-Moulineaux d’avril à octobre 1953. Il travailla ensuite dans diverses entreprises, où il constitua la CGT, avant d’entrer chez Hoeltgen et cie (XXe arr.), comme ouvrier P1. Il en fut licencié en mars 1955 pour faits de grève. Il fut à nouveau élu au comité fédéral de Paris en juin 1956.

En octobre 1956, Guy Fuléro entra à l’usine Citroën du quai de Grenelle (Paris, XVe arr.) comme fraiseur-outilleur avec le statut d’ouvrier qualifié P2. Chez Citroën, il fut élu délégué du personnel en 1957 puis au comité d’entreprise et fut secrétaire du syndicat CGT pour le XVe arrondissement, de 1956 à 1963. Dans cette entreprise marquée par la faiblesse et les difficultés de l’activité syndicale, notamment face à la répression patronale, Guy Fuléro se concentra sur son mandat de délégué durant les trois premières années de son activité chez Citroën. Il parvint à initier plusieurs débrayages majoritaires au sein de son atelier, en particulier en 1958 contre l’arrivée au pouvoir du général De Gaulle. Par la suite, il chercha le moyen de conquérir un espace d’action et de visibilité pour la CGT. Pour ce faire, il défendit la gestion des œuvres sociales par la CGT, décidée en 1963 et effective en 1964. Cette période permit également d’obtenir la liberté de diffusion de tracts aux portes de l’usine. Au cours des années suivantes, la conquête d’une nouvelle sociabilité, à travers les restaurants d’entreprise, les colonies de vacances, les permanences culturelles et sportives contribua à transformer le climat syndical et politique chez Citroën, comme l’illustre la signature massive d’une pétition revendicative au cours de l’année 1967 et surtout la grève de six semaines en mai-juin 1968, au cours de laquelle Guy Fuléro fut membre du comité central de grève des usines Citroën.

Durement éprouvé par les conditions de l’activité professionnelle et syndicale chez Citroën, Guy Fuléro fut victime d’une dépression nerveuse. Après un long arrêt de travail, les médecins lui interdirent de reprendre son activité sur machine en 1963. Soutenu par Paul Laurent*, il choisit alors de quitter l’usine, pour devenir secrétaire permanent de la section communiste Citroën, nouvellement créée. Il continua de participer aux activités du syndicat, ouvert aux anciens salariés de Citroën. Guy Fuléro fit son entrée au bureau de la fédération de Paris en mai 1964. Malgré plusieurs candidatures à partir de 1951, il ne suivit l’école centrale d’un mois du PCF qu’en juin-juillet 1963. Les évaluateurs relevèrent son intelligence, son expérience et son « haut esprit de responsabilité ». Ils soulignèrent également ses « possibilités de développement certaines » et le recommandèrent pour l’école centrale de quatre mois. Il suivit celle-ci d’octobre 1965 à février 1966 et fut jugé comme « le meilleur élève à tout point de vue ».

En décembre 1968, Guy Fuléro fut élu au secrétariat de la fédération de Paris, en charge de l’organisation. Il succédait à Henri Fiszbin, qui se consacrait désormais au travail des arrondissements, et siégeait aux côtés de Paul Laurent, Alfred Gerson et Rolande Perlican*. Appelé comme collaborateur de la section d’organisation lorsque Paul Laurent devint secrétaire du parti à l’organisation, il quitta le secrétariat fédéral en mars 1972 et fut ramené au comité fédéral. Ses nouvelles responsabilités le rendant moins disponible, il ne fut pas réélu en octobre 1974. Dans ses fonctions à la section d’organisation, Guy Fuléro se consacra particulièrement à l’implantation du PCF dans les entreprises. Il rendit notamment compte de l’activité chez Citroën lors des journées d’études consacrées à ces questions en 1973, aux côtés de Claude Poperen*, intervention publiée en février 1974 dans la revue Économie et politique. Il soutint également les enquêtes de sociologie politique menées à la fin des années 1970 sur les adhérents du PCF. En novembre 1985, il passa au secteur « santé » du comité central. Il prit sa retraite en 1987.

À l’Union nationale des intellectuels, Guy Fuléro avait rencontré celle qui devint son épouse, Lucette Fuléro, secrétaire puis employée au laboratoire national des Ponts-et-Chaussées, qui fut également membre du PCF. Ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50194, notice FULÉRO Guy par Paul Boulland, version mise en ligne le 11 mai 2009, dernière modification le 14 septembre 2013.

Par Paul Boulland

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Économie et politique, n°235, février 1974 — Entretiens avec Guy Fuléro (avril et juin 2013). — Citroën par ceux qui l’ont fait, Éditions de l’Atelier, 2013, p. 101, avec photo.

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