VINCI Claude [CAILLAUT Claude dit ]

Par Claude Pennetier

Né le 27 mai 1932 à Frédille (Indre), mort le 7 mars 2012 à Paris ; chanteur « rive gauche », parolier ; militant communiste ; déserteur pendant la Guerre d’Algérie ; militant CGT du syndicat français des artistes.

Fils de l’instituteur communiste de l’Indre Roger Caillaut et de Raymonde Caillaut née Guillot, ménagère, Claude Caillaut fut très marqué par l’expérience politique de son père, ancien pacifiste et militant communiste clandestin de 1942 à la Libération. Élève au lycée de Châteauroux, membre d’une troupe théâtrale, il partit en octobre 1950 faire des études de chimie à Paris, études vite interrompues par la passion du sport et de la chanson.

Footballeur à La Berrichonne de Châteauroux puis, à Paris, membre de l’équipe de France junior et stagiaire professionnel, membre du Parti communiste, il fit connaissance, en 1953, grâce au gardien de but René Vignal, d’Yves Montand qui fut écrit-il « mon maître, mon parrain, puis mon grand ami, mon grand frère choisi, mon second papa choisi » (Plateaux, novembre 1991). C’est celui-ci qui lui donna son nom de scène à la consonance italienne : Claude Vinci. Grand lecteur de poésie, il orienta son activité vers la chanson à texte. Chanteur professionnel depuis 1958, il signa son premier contrat avec une maison de disques en 1963 et se produisit dans les cabarets de la Rive gauche, l’Écluse, le Port du Salut, l’Échelle de Jacob, la Colombe, le Cheval d’Or, la Chanson Galande.... ainsi que dans le circuit associatif (MJC, Léo Lagrange, Ligue de l’enseignement). Il fit en particulier une « tournée de l’UNEF » avec Anne Sylvestre.

Rappelé en Algérie en 1956, il déserta sur place et rentra en France par l’intermédiaire d’amis pieds-noirs. Il resta planqué pendant près d’un an, la plupart du temps chez Yves Montand dans sa maison d’Autheuil (Eure), puis ignoré des autorités militaires et, en 1958, convoqué par son régiment pour démobilisation car sa désertion n’ayant pas été enregistrée officiellement. Il toucha même le retard de solde.

Le Parti communiste, tenu au courant par lui de sa désertion en Algérie, l’avait mis à l’écart. Il demanda sa réintégration en juillet 1962 et après plusieurs convocations devant la CCCP (Commission centrale de contrôle politique), il fut réadmis deux ans plus tard alors que son deuxième album, « Vingt ans déjà » (à propos de la Libération) emportait un grand succès. Son père avait accueilli sa désertion « formidablement » : « Qu’est-ce que ça avait pu lui faire plaisir ! […] Il m’a couvé pendant un an » (témoignage oral).

Avec Yves Montand* et Simone Signoret*, il passait des soirées à discuter politique et assista à la rupture douloureuse du chanteur populaire d’avec le mouvement communiste. En novembre 1991, c’est lui qui rendit hommage à la mémoire de Montand dans la revue du syndicat français des artistes, Plateaux. Avec d’autres chanteurs « engagés » comme Joël Holmès*, Pia Colombo, Maurice Fanon*, Christine Sèvres et Jean Ferrat*, il militait activement au SFA (syndicat français des artistes), affilié à la Fédération CGT du Spectacle et à la FIA (Fédération internationale des acteurs) où, pendant quelques années, il fut coordinateur pour l’Afrique et le groupe des pays méditerranéens. Il semble cependant avoir été un des rares chanteurs « rive gauche » des années soixante à être resté durablement membre du Parti communiste.

Il s’éloigna un temps de la chanson au profit du cinéma italien entre 1984 et 1993.

Celui qui aimait se définir comme « anarcoco », évoquait en 1993, dans son album intitulé « Racines », la chute du mur de Berlin et terminait le disque par ces vers :

« Je retourne à mes utopies

Romantiques

Je retrouve mon anarchie

Historique. »

En 1980, l’Algérie lui attribua la distinction de Moudjahid d’honneur. En octobre 2008, il fut l’invité de la wilaya de Bordj-Bou-Arréridj, lieu de sa désertion, où fut projeté le film documentaire de M’Barek Menad, Non de Vinci.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50160, notice VINCI Claude [CAILLAUT Claude dit ] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 9 mai 2009, dernière modification le 31 mars 2012.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : La trop courte vie d’Adrien, récit, Le Temps des cerises, 1995, 99 p. – Textes de certaines chansons de sa discographie.
Discographie : Claude Vinci chante Paul Éluard, 1963, Philips ; 20 ans déjà, 1964, Collection « Airs de France » ; Claude Vinci chante Anne Sylvestre, 1963, Vinci ; Chansons pour vivre, 1966, Le Chant du monde ; Demain, 1967, CBS ; Chanson de la grande patience, 1969, Festival ; Je revendique, 1971, BAM ; Faire le point, 1972, BAM ; Racines, 1993, EPM.

SOURCES : Je chante ! Discographie n° 12, automne 1993. — Entretien avec Claude Vinci, 14 avril 1998. — Dossier de presse et préfaces des disques de Claude Vinci. — Marie-Joëlle Rupp, Le Soir d’Algérie, 10 mars 2012. — Tramor Quemeneur, Une guerre sans « non » ? Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), thèse de doctorat, Saint-Denis : Université Paris VIII, 2007.

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