FERTÉ Jacques, Marie

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Né le 31 octobre 1898 à Soissons (Aisne), mort le 6 avril 1967 à Troyes (Aube) ; agriculteur ; premier président de la JAC, membre du bureau national du Mouvement familial rural (MFR) ; maire de Passy-en-Valois (Aisne).

Fils d’un notaire qui possédait des terres et des vignes, Jacques Ferté, aîné d’une famille profondément chrétienne composée de douze enfants, fut élevé à Beaumont-sur-Vesle (Marne) où son père exerçait sa profession. Il bénéficia d’abord de l’enseignement d’une institutrice à domicile puis fut, en 1907, pensionnaire au collège Saint-Joseph, tenu par des jésuites à Reims. Bachelier en 1916, il fit deux stages agricoles à Dammard et près d’Oulchy-le-Château (Aisne) avant de s’engager le 21 décembre dans l’artillerie. Il termina la guerre comme lieutenant, faisant partie de l’armée d’Orient qui occupait la Turquie.

À son retour en France, en décembre 1919, il décida, sans doute à cause du maréchal Lyautey, de s’établir au Maroc dans la perspective de développer une exploitation agricole. Cette tentative se solda par un échec. Son père, Jean Ferté, lui proposa alors de diriger une ferme dans le Soissonnais, située sur un domaine agricole qu’il venait d’acquérir à Passy-en-Valois (Aisne). Ce dernier se consacrait depuis 1918 à la reconstruction agricole et allait créer en 1927 l’Office central de comptabilité agricole de Soissons, puis en 1937 l’Union des offices de comptabilité agricole. Fondateur de la première caisse d’allocations familiales agricoles de la région de Soissons, il fut élu à l’Académie d’agriculture en 1943.

Placé à la tête de l’exploitation, Jacques Ferté s’affirma peu à peu comme un agriculteur novateur et engagé. Dès 1922, il entra à la Société des agriculteurs de France et au conseil municipal de Passy qui l’élut maire en 1925, fonction qu’il allait assumer durant vingt-sept ans. Ses engagements dans l’agriculture furent vite indissociables de ses engagements religieux. Très lié à son frère cadet, Jean Ferté, alors étudiant au séminaire des Carmes à Paris et futur aumônier de l’Action catholique agricole, lisant des ouvrages sur ses conseils, notamment la vie du Père de Foucauld d’Henri Bazin dont la parution en 1921 avait révélé l’importance de l’ermite, Jacques Ferté milita dans le cadre de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF). Ayant fondé en octobre 1923 le groupe interparoissial de Neuilly-Saint-Front (Aisne) dont il était le président, il allait, sur le modèle de l’Action catholique spécialisée, faire valoir la composante rurale à l’intérieur de l’ACJF. Il accepta, en 1927, de présider la commission rurale de l’ACJF et de faire partie, en 1928, du comité de l’Union catholique de la France agricole (UCFA). Ce fut dans cette perspective qu’il fonda le groupe des Jeunes agriculteurs du Soissonnais, sorte de prémisse de la Jeunesse agricole catholique (JAC).

En 1929, sur la base d’un rapport établi par Jacques Ferté, le conseil fédéral de l’ACJF réuni le 17 mars décida, en présence de François de Menthon*, son président général, d’organiser un secrétariat rural et de lancer un périodique : ACJF – Bulletin des ruraux. La création de la JAC eut lieu officiellement le 24 novembre 1929, dans le diocèse de Nancy (Meurthe-et-Moselle), avec pour aumônier le jésuite Alfred Foreau* et pour président Jacques Ferté : « Si l’appartenance à l’ACJF est réaffirmée, l’autonomie du mouvement le prouve : il a des cadres, un aumônier, un insigne, des cotisations, son bulletin de militants qui en février 1930 sortira à 15 000 exemplaires, son journal de masse : La Jeunesse agricole. », écrira le chanoine Féron dans son Manuel de la JAC. Jacques Ferté assuma pendant un an la présidence de la JAC, puis il en fut proclamé président d’honneur.

Jusqu’à la guerre, il se consacra à l’UCFA dont il était devenu le secrétaire national. Mesurant le caractère traditionnel de l’UCFA (réservée seulement aux hommes, la plupart patrons de la grande culture) et le risque de voir la Ligue agricole catholique (LAC) – qu’il présidait – devenir un mouvement concurrentiel, Jacques Ferté fit en sorte que l’unité du monde rural soit privilégiée et aboutisse en 1941 à la création du Mouvement familial rural (MFR). Mais la guerre et, ensuite, le gouvernement de Vichy l’amenèrent à s’inscrire dans une autre logique qui consista à faire partie de deux organismes : le Centre de coordination et d’action des mouvements familiaux (CNC), pour lequel il écrivit en collaboration avec le chanoine Féron* Pour un programme d’action familiale rurale, et le Centre national de la famille rurale (CNFR) dans le but de s’opposer à la Corporation paysanne.

Après la Libération, Jacques Ferté, tout en continuant à assurer la modernisation technique de son domaine, fut sensible aux recherches des dominicains Louis Lebret* (Économie et Humanisme) et Georges-Louis Allo (Centre national d’études rurales). Il s’interrogeait sur les éventuelles transformations des grandes exploitations agricoles en communautés de travail, mais ne franchit pas le pas. Il se consacrait essentiellement au MFR dont il était membre du bureau national. En 1954, il accepta d’entrer au Centre français du patronat chrétien (CFPC) en vue de grouper dans un effort commun le patronat de grande culture. Il s’agissait de créer les conditions d’union, de coordination et de collaboration des divers organismes pour tendre vers une agriculture moderne qui assurerait la prospérité à tous dans des conditions sociales respectueuses de toute personne humaine. Ce dernier engagement le conduisit à adhérer à l’Union internationale des associations patronales catholiques (UNIAPAC). Il allait jusqu’à sa mort dépenser l’essentiel de son activité au sein de ces deux organisations.

En 1961, Jacques Ferté se rendit à Rome pour assister au soixante-dixième anniversaire de l’encyclique Rerum Novarum. La présentation de Mater et Magistra, la nouvelle encyclique de Jean XXIII, l’ébranla : l’évocation de la situation de l’agriculture des pays dits sous-développés, plus globalement de la misère dans le monde, l’incita à s’intéresser aux problèmes de développement et de solidarité internationale. Il fit plusieurs voyages en Amérique latine et mit en place l’accueil d’agriculteurs latino-américains qui souhaitaient faire un stage pour confronter leurs expériences avec les réalisations européennes. En 1964, il participa à la fondation du Centre des chefs d’entreprises (CENAG) dont l’objectif était « d’affirmer la réalité humaine et économique de l’agriculture d’entreprise, de promouvoir une politique sélective selon la volonté d’évolution, enfin d’accélérer l’insertion de l’agriculture dans l’économie générale ».

Bien que sa santé se dégradât à partir de 1965, Jacques Ferté poursuivit ses activités, liant son engagement de chrétien à ceux qu’il assumait dans l’agriculture : il voyait une complémentarité dans « l’Action catholique type MFR et l’action patronale type CFPC ». De plus en plus affaibli par la maladie, il vit dans l’encyclique Populorum progressio (aide aux pays en voie de développement), annoncée quelques jours avant sa mort, la justification du combat qu’il avait mené « pour la transformation du monde par une nouvelle mentalité et une nouvelle manière de vivre les structures de leurs entreprises de productions agricoles ».

Il s’était marié le 25 avril 1924 à Châtillon-sur-Seine avec Henriette Maitre, dont il eut six enfants. En 1970, la ville de Soissons attribua le nom de Jacques Ferté à l’un des squares de la ville, rendant ainsi hommage à celui qui avait présidé depuis 1950 la Société anonyme coopérative des habitations à bon marché de Soissons et de l’Aisne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50135, notice FERTÉ Jacques, Marie par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 8 mai 2009, dernière modification le 1er juillet 2009.

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Nombreux articles et rapports. — Pour un programme d’action familiale rurale, juin 1941.

SOURCES : Hugues Beylard, La foi dans les actes, Casterman, 1971. — Dictionnaire de biographie française, XIII, 1975, notice rédigée par Hugues Beylard. — François Leprieur, La JAC et le MRJC aux prises avec la modernité, rapport, 1981. — Jean-Loup Ducasse, Guy Lafon, Philippe Latour et Joël Morlet, Chrétiens dans le monde rural. — LAC-MFR-CMR 50 ans d’histoire, Les Éditions ouvrières, 1989. — « De la Corporation paysanne aux associations familiales rurales 1940-1945 », Les Cahiers du GRMF, n° 8, 1995. — Geneviève Poujol, Madeleine Romer, De l’éducation populaire à l’action culturelle, Dictionnaire biographique des militants XIXe-XXe siècles, L’Harmattan, 1995, p. 142-143. — Alain-René Michel, Catholiques en démocratie, Le Cerf, 2006. — Notes d’André Caudron.

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