PLISSONNIER Gaston, Désiré

Par Claude Willard

Né le 11 juillet 1913 à Bantanges (Saône-et-Loire), mort le 16 mai 1995 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) ; artisan chaisier ; militant communiste, membre du bureau politique et secrétaire du comité central du Parti communiste français ; un des principaux responsables du Parti communiste dans les années soixante et soixante-dix.

D’une vieille famille bressane, dont on retrouve les traces à Bantanges au XVIe siècle, son père, artisan chaisier, eut d’autant plus de mal à élever ses sept enfants que ceux-ci étaient, dès 1926, orphelins de leur mère, morte de la tuberculose. Le foyer manquant de ressources, Gaston Plissonnier* fut retiré de l’école à douze ans et travailla comme chaisier chez son père. Parfois, faute de travail, il dut s’embaucher aux environs comme salarié, journalier. Et ceci jusqu’en 1939.
Son père était « communiste de cœur ». Gaston Plissonnier* assista tout jeune à des réunions publiques du Parti communiste et de la Jeunesse communiste. Il participa à sa première manifestation le 12 février 1934 au chef-lieu de canton. Il adhéra au Parti communiste français au début de 1935 et commença aussitôt à organiser des réunions dans la région de Louhans et dans son canton rural (Montpont, canton natal de Waldeck Rochet* dont Gaston Plissonnier* fut l’ami intime). Délégué au congrès national de la Jeunesse communiste en juillet 1937, il participa cette même année au congrès constitutif de l’Union des Jeunesses agricoles de France. Secrétaire adjoint de l’UJAF de Saône-et-Loire, Plissonnier contribua à créer de nombreux cercles dans le département. Après une « école paysanne » d’un mois, que dirigeait Bernard Paumier à Arcueil, en 1938, le parti lui demanda d’abandonner l’UJAF pour devenir secrétaire de la section communiste de Louhans (vingt-neuf adhérents dispersés) et siéger au Bureau régional, plus spécialement chargé de la commission paysanne. En janvier 1939, il fut délégué à la conférence nationale de Gennevilliers. Il fut désigné pour participer à une école centrale de six mois qui devait s’ouvrir le 1er septembre 1939.

Réformé, mais la police ayant perquisitionné chez ses parents, il dut se soustraire à la police pendant la drôle de guerre. Au début, sans contact avec les échelons supérieurs de la fédération, il participa avec quelques camarades à un travail de propagande clandestine. Après la débâcle, il s’attacha à rétablir, dès l’été 1940, les liaisons entre les communistes et à reconstituer l’organisation illégale du parti, dans la partie non occupée de Saône-et-Loire. À partir du début de 1942, il exerça des activités d’importance croissante : membre du triangle de la direction de la région lyonnaise (chargé de la propagande et, très vite, des cadres), puis, durant quelques mois, membre de la direction de la région Allier-Cher-Indre. En mars 1943, il fut responsable des cadres pour l’inter-région du Sud-Ouest et, fin 1943, conjointement avec l’inter-région du Limousin et du Languedoc-Roussillon, et en mai-juin 1944, de l’inter-région Centre. Il participa ainsi à l’évasion des internés du camp de Saint-Sulpice-La-Pointe (Tarn), en juillet 1943, et joua un rôle très important dans la libération du Sud-Ouest, tout particulièrement de Toulouse, avec comme grade celui de commandant FTP (homologué capitaine FFI).

En septembre 1944, il continua à être permanent du parti. Il fut affecté d’abord à la section agraire du Comité central. Tout en animant le travail paysan des fédérations, il fut activement engagé dans le développement des Comités de défense et d’action paysanne nés dans la clandestinité et, aux côtés de Waldeck Rochet* ainsi que d’autres militants agraires, dont Tanguy Prigent, ministre de l’Agriculture, il prit une part importante à la création de la Confédération générale de l’agriculture née au congrès de Paris en janvier 1945. Fin 1945, il se consacra à la section d’organisation, allant au nom du Comité central, aider les fédérations à régler leurs problèmes, notamment de direction. Désireux d’exercer une responsabilité plus personnelle, plus directe, il fut, de mai 1948 à novembre 1953, secrétaire de la Fédération communiste du Loir-et-Cher. Élu membre du Comité central en 1950, il fut secrétaire de la commission de contrôle politique du Parti communiste français de 1952 à 1954.

En 1954, la direction du Parti communiste français le fit revenir du Loir-et-Cher, officiellement pour devenir l’adjoint de Lecœur à l’organisation. Mais Jacques Duclos* lui confia qu’une enquête était alors menée sur les activités de Lecœur, qu’on lui enlevait le « suivi » des fédérations, suivi assumé par Plissonnier qui devait en rendre compte directement au secrétariat. Désigné comme secrétaire administratif du Parti communiste français en juin 1954, il participa dès lors aux réunions du secrétariat et du Bureau politique. Il fut élu en 1956 au secrétariat du Comité central, puis en 1964 au Bureau politique. Il mena de front ou successivement plusieurs responsabilités : le travail paysan, les élections, les organisations de masse, la responsabilité des cadres. Après 1959, rapporteur de la commission politique des congrès (qui s’appela par la suite commission des candidatures), il annonça en 1964 le choix de Waldeck Rochet* comme secrétaire général du PCF. Il participa à de très nombreux congrès de Partis communistes étrangers et assuma la tâche de l’aide aux Partis communistes illégaux d’Europe (Portugal, Espagne, Grèce), de certains pays d’Afrique (Angola), d’Amérique latine et d’Asie (Iran). Il connut ainsi personnellement de très nombreux dirigeants du mouvement communiste mondial, ce qui explique son prestige international. Il suivit les affaires financières avec Jean Jérôme.

Gaston Plissonnier* a été fait officier de la Légion d’honneur pour son rôle dans la Résistance.

Il quitta le secrétariat et le bureau politique, en raison de son âge, fin 1990.Affecté par la mort de sa femme, Juliette, au moment même où il abandonnait les responsabilités, frappé par un cancer, il fut jusqu’au bout l’homme qui veillait sur les archives et la mémoire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50127, notice PLISSONNIER Gaston, Désiré par Claude Willard, version mise en ligne le 8 mai 2009, dernière modification le 6 août 2017.

Par Claude Willard

SOURCES : G. Plissonnier, Une vie pour lutter, Messidor, 1984. — Olivier Wieviorka, Nous entrerons dans la carrière. De la Résistance à l’exercice du pouvoir, 1993, Seuil. — Interview de l’intéressé, février 1989. — Parmi les articles publiés après son décès : l’Humanité, 17 mai 1995 ; Le Monde, 18 mai 1995.